Oct
11
Plaider sa dernière dent

Mourir, cela n'est rien, chantait Brel dont les amours cependant avaient mal aux dents.

Le temps qui passe nous préoccupe, c'est ainsi.

Lors d'une expertise dont le sujet, pourtant, n'était jamais qu'une indemnité d'éviction, l'expert a évoqué l'Asie où, là-bas les vieux étaient respectés.

Ici, disait-elle, à quarante-cinq ans, on est fini.

Un confrère de spécifier que pour les avocats le gouffre apparaissait à 55 ans.

Gloup, il me reste quelques jours.

Une consoeur de dire, chevrotante, que l'on avait la clientèle de son âge, elle qui a prêté serment en 1973.

C'est pas joyeux, tout ça.

Heureusement, à midi, au restaurant, une vieille dame alerte s'en allant, guillerette, vers les commodités de la digestion d'expliquer à mes voisins de table qu'elle avait 93 ans.

Le vieil homme, à côté de moi, de préciser que la vieille dame qui l'accompagnait également.

Ces deux membres de la rude espèce féminine, ma foi, paraissaient en forme.

Le mari de la première est venu saluer, également.

L'autre, une fois son départ, de susurrer, aimable : « il a pris un coup de vieux »

Je l'avais remarqué, lui-même, en me faisant la même observation, alors que c'est un jeunot qui n'a pas dû atteindre les 85 ans.

Tout ça pour dire, ma foi, que l'âge n'est jamais que dans sa tête et que nous qui devrons travailler tard serons, je le pense, en pleine forme quand nous plaiderons dans la verdeur de nos cent ans

Ou terminer sa course

La nuit de ses cent ans

Vieillard tonitruant

Soulevé par quelques femmes

Cloué à la Grande Ourse

Plaider sa dernière dent

En chantant "Amsterdam"

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