Par jean.devalon le 08/01/14

Un dossier au tribunal d'instance de Marseille, là-bas, dans la caserne du Muy.

Un dossier, allez, de m... Cette chose dans laquelle on peut marcher sur les trottoirs quand sont passés les mémés à chienchiens ou les politiciens locaux.

Des vendeurs d'une chambre de bonne (on ne doit plus dire ça, maintenant, je suppose) qui ne veulent pas restituer un dépôt de garantie après avoir, pourtant, décidé de ne plus vendre.

Un dossier pour lequel cependant intervenait un avocat de Paris.

Il avait développé, par écrit, des exceptions d'incompétence quelque peu surprenantes.

Du style, pour le lectorat de la basoche, de soutenir que le taux du ressort était dépassé, en y incluant cependant la somme demandée au titre de l'article 700.

Moi, gentil, dès le mois de juillet je lui avais signalé sa fragilité argumentaire et lui avais, surtout, demandé de conclure sur le fond.

Il n'a pas voulu.

Il a plaidé.

À l'audience de ce jour, j'ai alors rappelé, doctement pour les stagiaires de troisième envahissant les tribunaux les principes de compétence et ceux de la procédure orale qui demandent de s'expliquer sur le fond une fois devant le juge, comme en famille.

Alors, il s'est expliqué; le greffier a noté, dont c'est le rôle.

Et je ne sais pourquoi le parisien confrère s'est soudainement lancé dans une curieuse anaphore.

Vous connaissez cette formule de style répétitif dont le dernier exemple connu fut : Moi président...

Lui, cela a été : Ne jouissez pas Maître de Valon.

Ben oui.

Les oreilles des confères et consoeurs dans la salle se sont soudainement dressées.

Les avocats et avocates, c'est que des vicieux et vicieuses.

Je peux dire des noms!

Moi, méchant, de lui rétorquer : je ne jouis pas, pas avec vous.

Non, mais!

Enfin, estimant ne devoir rendre que le minimum financier à mes clients, il a quand même demandé leur condamnation à... une amende civile.

Comment dire, les sourires ont fusé.

J'avoue,finalement j'ai intellectuellement joui, tant il m'avait ulcéré, le bougre, avec son arrogance.

Je me demande si le greffier a noté cette volonté maligne de m'interdire toute jouissance.

Par jean.devalon le 08/01/14

Dieudonné est un salaud abyssal.

Non pas en raison de ses pensées, la bêtise ou la folie, la méchanceté aussi, sont inhérentes à l'humain.

Mais parce qu'il fait de l'antisémitisme un fonds de commerce, forçant le trait, jouant la provocation et la victimisation, prenant soin d'organiser son insolvabilité en envoyant, semble-t-il, l'argent ainsi obtenu, au prix de la haine du juif, à l'étranger.

Il semble même qu'il appelle aux dons pour payer des amendes qu'il ne paierait pas.

Pauvre juif.

Il est peuple martyr, avec d'ailleurs le peuple Rom.

L'antisémitisme est toujours là, c'est effrayant.

De l'enfant qui passe, descriptif, en parlant de la rue des juifs.

Descriptif, pour l'instant.

De celui qui dit que tous les juifs sont riches et, d'ailleurs, ils sont banquiers.

À ceux-là, il faut apprendre l'histoire et d'abord celle des racines chrétiennes de la France.

Quelle absurdité de nier les racines chrétiennes, alors même que celles-ci expliquent une part de l'antisémitisme.

Parce que sous l'ancien régime les catholiques n'avaient pas droit au prêt à intérêt.

Parce que l'on a inventé l'imaginaire peuple déicide malgré les canons de l'Eglise.

Et que dans l'inconscient collectif, désolé cela existe, ces choses-là sont ancrées qui ne demandent qu'à resurgir.

Comment les combattre : par l'enseignement restauré de l'histoire!

J'avoue ici n'être pas convaincu par les lois de pénalisation, celles qui font condamner celui qui nie un fait historique, générant par la même la théorie du complot.

Et voici donc maintenant l'hystérie dieudonnesque !

Un magasin qui reçoit des menaces de mort parce qu'en vitrine est un mannequin, de ces mannequins désuets, qui fait un geste qui peut s'assimiler à la quenelle.

Va-t-on, demain, briser la vitrine ?

Des enfants traduits devant le conseil de discipline de leur école parce qu'ils auraient fait une quenelle, ce geste dit anti système détourné, semble-t-il aujourd'hui par les sbires de Dieudonné.

Mais, ça n'est tant le geste qui compte, que le sens que l'on lui donne.

Si j'ai bien compris, la quenelle est une sorte de bras d'honneur.

Voulez-vous parier que demain,devant les camps de la mort où l'Espérance même a vacillé, des êtres glauques viendront faire un bras d'honneur.

Ira-t-on alors interdire le bras d'honneur.

Et après lui, quelle autre geste interdira-t-on ?

Le signe de la croix, si ...?

Les monstres déjà ricanent.

Dieudonné est un salaud intégral, il se nourrit de la haine qui se développe dans la société.

La haine n'a jamais été éteinte par les interdits ; les interdits, à l'inverse la font grandir.

Pour combattre Dieudonné, que n'envoie-t-on à chaque spectacle un huissier chargé de constater ce qui est dit ? Que ne poursuit-on alors systématiquement les dérives de la haine ? Que ne cherche-t-on à comprendre les circuits financiers ?

Mais lancer l'interdiction d'un geste, l'interdiction de spectacles est une insulte dangereuse à l'avenir.

Et demain ?

Après tout, ce Bedos, qui à chaque spectacle insultait Mme Morano en la traitant de conne ?

Atteinte à la dignité des femmes !

Après tout, chaque spectacle peut donner lieu à quelque chose qui déplaît, un jour, à celui qui demain sera au pouvoir mais dont la pensée sera autre celle d'aujourd'hui.

Autrefois, peut-être, la religion, tout à la fois le pire et le meilleur contrebalançait la haine.

Nos sociétés démocratiques ont, contre elle, érigé le rempart du droit.

Droit à la parole, droit de réunion.

On a le sentiment, aujourd'hui, dans notre société administrée que l'importance de la défense de la liberté d'expression, érigée en principe s'appliquant à tous, est sous-estimée dans les conséquences que son altération peut, à l'avenir, avoir.

J'ai entendu, de rares voix résistantes, Philippe Bilger et Me Eolas.

Mais sur les écrans de télévision, quel impressionnant unanimisme convenu aujourd'hui pour considérer qu'il n'y a aucun problème à interdire !

Désolé d'être juriste puriste, mais il ne faut pas en l'espèce interdire préalablement mais punir rétrospectivement, nos libertés futures en dépendent.

Désolé, encore, si certains vont s'étrangler ; mais rappelez-vous ce poème :

« Quand ils sont venus chercher les communistes... »

Il faut y penser, même devant Dieudonné.

Malgré Dieudonné.

Par jean.devalon le 02/01/14

Une belle histoire racontée par la Cour de cassation

"M. X..., qui connaissait la configuration des lieux puisqu'il y pratiquait la chasse, se rendait le 8 novembre 2008 au matin à la ferme d'Ozon en empruntant le chemin de terre traversant obligatoirement la rivière du même nom, de sorte que l'on comprend pourquoi, selon l'attestation établie par le garagiste venu le dépanner le lendemain, "une sortie de route n'était pas envisageable", puisque la route conduisait directement dans la rivière que M. X... s'était cru autoriser à emprunter ; que si une première tentative de dépannage effectué par le fermier des environs avait permis le déplacement du véhicule afin d'éviter l'immersion de l'habitacle, d'une part, il était impossible de considérer que la rivière avait débordé sur le chemin comme le laissait entendre M. X..., et, d'autre part, lors de l'arrivée de ce témoin, le véhicule était déjà immergé dans la rivière où celui-ci avait « calé », ce qui a eu pour conséquence le blocage hydraulique du moteur par pénétration de l'eau dans le filtre à air et la nécessité de remplacer les pièces endommagées ; qu'il est ainsi établi que M. X... avait, en toute connaissance de la topographie des lieux, engagé son véhicule dans une rivière, ce qui non seulement ne correspond pas à la déclaration de sinistre effectuée auprès de la société d'assurance dans laquelle il indique qu'en raison du caractère « détrempé de la voie de circulation, il a dérapé et fini sa course dans une mare d'eau », mais révèle une prise de risque volontaire dans l'utilisation d'un véhicule non conçu pour cet usage ; que ceci implique que, bien que n'ayant pas recherché les conséquences dommageables qui en sont résultées , M. X... a commis une faute justifiant l'exclusion de garantie en ce qu'elle faussait l'élément aléatoire attaché à la couverture du risque ;"

Ici le dol est considéré comme la malhonnêteté de l'assuré à l'égard de l'assureur, même s'il n'a pas recherché les conséquences dommageables intervenues

Par jean.devalon le 30/12/13

"Je suis trop curieux, trop voué aux questions, trop exubérant pour me satisfaire d'une réponse grosse comme le poing. Dieu est une réponse grossière, une indélicatesse à l'égard de nous autres penseurs, - au fond, c'est même une grossière interdiction qui nous est faite : vous ne penserez point". (Ecce Homo: Comment on devient ce que l'on est de Friedrich Nietzsche)

Pensez Dieu nous éloigne de Dieudonné et de sa quenelle rassise et ambigue .

Mais une députée veut faire voter une loi l'interdisant

Alors, il y aura un autre geste, bientôt un autre et puis un autre encore.

Pourquoi pas le bras d'honneur, après tout qui est injurieux ?

Et d'interdiction en interdiction , c'est la démocratie que l'on ligotera.

Et si l'on cessait de faire la publicité de Dieudonné qui, grâce à nos politiques, peut se passer de campagne de pub ?

Par jean.devalon le 28/12/13

La loi de programmation militaire contient des dispositions permettant l'intrusion dans la vie privée des français sans contrôle d'un juge, mais l'indignation fût timorée.

De temps à autre des textes apparaissent limitant, pour raisons d'économie, des voies de recours, mais peu leur chaut, à nos élus.

Pourtant, c'est la démocratie qui se fend jour après jour.

La démocratie, c'est un principe de liberté.

S'il y a abus, le juge est là pour ça.

Regardez Guy Bedos, s'il injurie, il est poursuivi.

Alors, Manuel Valls veut interdire les spectacles de Dieudonné.

Reprenons, mon enfant : si tu ne respectes pas les règles du jeu, tu seras puni.

Mais je n'ai pas à t'interdire de jouer.

Dieudonné est antisémite ? Qui peut croire qu'interdire par anticipation un spectacle empêchera l'antisémitisme.

Au contraire, d'ailleurs, cette victimisation de l'infâme ne fait que le nourrir.

Mais entre taxations et interdictions, les mamelles de la France font peine à voir.

On oublie un peu vite que la France est régulièrement condamnée par la CEDH pour atteinte à la liberté d'expression.

Ainsi pour avoir notamment condamné le gars qui avait une affichette casse-toi pov'con.

Il devrait y réfléchir Manuel Valls

Par jean.devalon le 24/12/13

LES TROIS MESSES BASSES.

conte de noël.

I

-- Deux dindes truffées, Garrigou ?...

-- Oui, mon révérend, deux dindes magnifiques bourrées de truffes. J'en sais quelque chose, puisque c'est moi qui ai aidé à les remplir. On aurait dit que leur peau allait craquer en rôtissant, tellement elle était tendue...

-- Jésus-Maria ! moi qui aime tant les truffes !... Donne-moi vite mon surplis, Garrigou... Et avec les dindes, qu'est-ce que tu as encore aperçu à la cuisine ?...

-- Oh ! toutes sortes de bonnes choses... Depuis midi nous n'avons fait que plumer des faisans, des huppes, des gelinottes, des coqs de bruyère. La plume en volait partout... Puis de l'étang on a apporté des anguilles, des carpes dorées, des truites, des...

-- Grosses comment, les truites, Garrigou ?

-- Grosses comme ça, mon révérend... Énormes !...

-- Oh ! Dieu ! il me semble que je les vois... As-tu mis le vin dans les burettes ?

-- Oui, mon révérend, j'ai mis le vin dans les burettes... Mais dame ! il ne vaut pas celui que vous boirez tout à l'heure en sortant de la messe de minuit. Si vous voyiez cela dans la salle à manger du château, toutes ces carafes qui flambent pleines de vins de toutes les couleurs... Et la vaisselle d'argent, les surtouts ciselés, les fleurs, les candélabres !... Jamais il ne se sera vu un réveillon pareil. Monsieur le marquis a invité tous les seigneurs du voisinage. Vous serez au moins quarante à table, sans compter le bailli ni le tabellion... Ah ! vous êtes bien heureux d'en être, mon révérend !... Rien que d'avoir flairé ces belles dindes, l'odeur des truffes me suit partout... Meuh !...

-- Allons, allons, mon enfant. Gardons-nous du péché de gourmandise, surtout la nuit de la Nativité... Va bien vite allumer les cierges et sonner le premier coup de la messe ; car voilà que minuit est proche, et il ne faut pas nous mettre en retard...

Cette conversation se tenait une nuit de Noël de l'an de grâce mil six cent et tant, entre le révérend dom Balaguère, ancien prieur des Barnabites, présentement chapelain gagé des sires de Trinquelage, et son petit clerc Garrigou, ou du moins ce qu'il croyait être le petit clerc Garrigou, car vous saurez que le diable, ce soir-là, avait pris la face ronde et les traits indécis du jeune sacristain pour mieux induire le révérend père en tentation et lui faire commettre un épouvantable péché de gourmandise. Donc, pendant que le soi-disant Garrigou (hum ! hum !) faisait à tour de bras carillonner les cloches de la chapelle seigneuriale. Le révérend achevait de revêtir sa chasuble dans la petite sacristie du château ; et, l'esprit déjà troublé par toutes ces descriptions gastronomiques, il se répétait à lui-même en s'habillant :

-- Des dindes rôties... des carpes dorées... des truites grosses comme ça !...

Dehors, le vent de la nuit soufflait en éparpillant la musique des cloches, et, à mesure, des lumières apparaissaient dans l'ombre aux flancs du mont Ventoux, en haut duquel s'élevaient les vieilles tours de Trinquelage. C'étaient des familles de métayers qui venaient entendre la messe de minuit au château. Ils grimpaient la côte en chantant par groupes de cinq ou six, le père en avant, la lanterne en main, les femmes enveloppées dans leurs grandes mantes brunes où les enfants se serraient et s'abritaient. Malgré l'heure et le froid, tout ce brave peuple marchait allègrement, soutenu par l'idée qu'au sortir de la messe il y aurait, comme tous les ans, table mise pour eux en bas dans les cuisines. De temps en temps, sur la rude montée, le carrosse d'un seigneur précédé de porteurs de torches, faisait miroiter ses glaces au clair de lune, ou bien une mule trottait en agitant ses sonnailles, et à la lueur des falots enveloppés de brume, les métayers reconnaissaient leur bailli et le saluaient au passage :

-- Bonsoir, bonsoir, maître Arnoton !

-- Bonsoir, bonsoir, mes enfants !

La nuit était claire, les étoiles avivées de froid ; la bise piquait, et un fin grésil, glissant sur les vêtements sans les mouiller, gardait fidèlement la tradition des Noëls blancs de neige. Tout en haut de la côte, le château apparaissait comme le but, avec sa masse énorme de tours, de pignons, le clocher de sa chapelle montant dans le ciel bleu noir, et une foule de petites lumières qui clignotaient, allaient, venaient, s'agitaient à toutes les fenêtres, et ressemblaient, sur le fond sombre du bâtiment, aux étincelles courant dans des cendres de papier brûlé... Passé le pont-levis et la poterne, il fallait, pour se rendre à la chapelle, traverser la première cour, pleine de carrosses, de valets, de chaises à porteurs, toute claire du feu des torches et de la flambée des cuisines. On entendait le tintement des tournebroches, le fracas des casseroles, le choc des cristaux et de l'argenterie remués dans les apprêts d'un repas ; par là-dessus, une vapeur tiède, qui sentait bon les chairs rôties et les herbes fortes des sauces compliquées, faisait dire aux métayers comme au chapelain, comme au bailli, comme à tout le monde :

-- Quel bon réveillon nous allons faire après la messe !

II

Drelindin din !... Drelindin din !...

C'est la messe de minuit qui commence. Dans la chapelle du château, une cathédrale en miniature, aux arceaux entrecroisés, aux boiseries de chêne, montant jusqu'à hauteur des murs, les tapisseries ont été tendues, tous les cierges allumés. Et que de monde ! Et que de toilettes ! Voici d'abord, assis dans les stalles sculptées qui entourent le choeur, le sire de Trinquelage, en habit de taffetas saumon, et près de lui tous les nobles seigneurs invités. En face, sur des prie-Dieu garnis de velours, ont pris place la vieille marquise douairière dans sa robe de brocart couleur de feu et la jeune dame de Trinquelage, coiffée d'une haute tour de dentelle gaufrée à la dernière mode de la cour de France. Plus bas on voit, vêtus de noir avec de vastes perruques en pointe et des visages rasés, le bailli Thomas Arnoton et le tabellion maître Ambroy, deux notes graves parmi les soies voyantes et les damas brochés. Puis viennent les gras majordomes, les pages, les piqueurs, les intendants, dame Barbe, toutes ses clefs pendues sur le côté à un clavier d'argent fin. Au fond, sur les bancs, c'est le bas office, les servantes, les métayers avec leurs familles ; et enfin, là-bas, tout contre la porte qu'ils entr'ouvrent et referment discrètement, messieurs les marmitons qui viennent entre deux sauces prendre un petit air de messe et apporter une odeur de réveillon dans l'église toute en fête et tiède de tant de cierges allumés.

Est-ce la vue de ces petites barrettes blanches qui donne des distractions à l'officiant ? Ne serait-ce pas plutôt la sonnette de Garrigou, cette enragée petite sonnette qui s'agite au pied de l'autel avec une précipitation infernale et semble dire tout le temps :

-- Dépêchons-nous, dépêchons-nous... Plus tôt nous aurons fini, plus tôt nous serons à table.

Le fait est que chaque fois qu'elle tinte, cette sonnette du diable, le chapelain oublie sa messe et ne pense plus qu'au réveillon. Il se figure les cuisiniers en rumeur, les fourneaux où brûle un feu de forge, la buée qui monte des couvercles entr'ouverts, et dans cette buée deux dindes magnifiques, bourrées, tendues, marbrées de truffes...

Ou bien encore il voit passer des files de pages portant des plats enveloppés de vapeurs tentantes, et avec eux il entre dans la grande salle déjà prête pour le festin. Ô délices ! voilà l'immense table toute chargée et flamboyante, les paons habillés de leurs plumes, les faisans écartant leurs ailes mordorées, les flacons couleur de rubis, les pyramides de fruits éclatants parmi les branches vertes, et ces merveilleux poissons dont parlait Garrigou (ah ! bien oui, Garrigou !) étalés sur un lit de fenouil, l'écaille nacrée comme s'ils sortaient de l'eau, avec un bouquet d'herbes odorantes dans leurs narines de monstres. Si vive est la vision de ces merveilles, qu'il semble à dom Balaguère que tous ces plats mirifiques sont servis devant lui sur les broderies de la nappe d'autel, et deux ou trois fois, au lieu de Dominus vobiscum ! il se surprend à dire le Benedicite. À part ces légères méprises, le digne homme débite son office très consciencieusement, sans passer une ligne, sans omettre une génuflexion ; et tout marche assez bien jusqu'à la fin de la première messe ; car vous savez que le jour de Noël le même officiant doit célébrer trois messes consécutives.

-- Et d'une ! se dit le chapelain avec un soupir de soulagement ; puis, sans perdre une minute, il fait signe à son clerc ou celui qu'il croit être son clerc, et...

Drelindin din !... Drelindin din !

C'est la seconde messe qui commence, et avec elle commence aussi le péché de dom Balaguère.

-- Vite, vite, dépêchons-nous, lui crie de sa petite voix aigrelette la sonnette de Garrigou, et cette fois le malheureux officiant, tout abandonné au démon de gourmandise, se rue sur le missel et dévore les pages avec l'avidité de son appétit en surexcitation. Frénétiquement il se baisse, se relève, esquisse les signes de croix, les génuflexions, raccourcit tous ses gestes pour avoir plus tôt fini. À peine s'il étend ses bras à l'Évangile, s'il frappe sa poitrine au Confiteor. Entre le clerc et lui c'est à qui bredouillera le plus vite. Versets et répons se précipitent, se bousculent. Les mots à moitié prononcés, sans ouvrir la bouche, ce qui prendrait trop de temps, s'achèvent en murmures incompréhensibles.

Oremus ps... ps... ps...

Mea culpa... pa... pa...

Pareils à des vendangeurs pressés foulant le raisin de la cuve, tous deux barbotent dans le latin de la messe, en envoyant des éclaboussures de tous les côtés.

Dom... scum !... dit Balaguère.

... Stutuo !... répond Garrigou ; et tout le temps la damnée petite sonnette est là qui tinte à leurs oreilles, comme ces grelots qu'on met aux chevaux de poste pour les faire galoper à la grande vitesse. Pensez que de ce train-là une messe basse est vite expédiée.

-- Et de deux ! dit le chapelain tout essoufflé ; puis sans prendre le temps de respirer, rouge, suant, il dégringole les marches de l'autel et...

Drelindin din !... Drelindin din !...

C'est la troisième messe qui commence. Il n'y a plus que quelques pas à faire pour arriver à la salle à manger ; mais, hélas ! à mesure que le réveillon approche, l'infortuné Balaguère se sent pris d'une folie d'impatience et de gourmandise. Sa vision s'accentue, les carpes dorées, les dindes rôties, sont là, là... Il les touche ;... il les... Oh ! Dieu !... Les plats fument, les vins embaument ; et secouant son grelot enragé, la petite sonnette lui crie :

-- Vite, vite, encore plus vite !...

Mais comment pourrait-il aller plus vite ? Ses lèvres remuent à peine. Il ne prononce plus les mots... À moins de tricher tout à fait le bon Dieu et de lui escamoter sa messe... Et c'est ce qu'il fait, le malheureux !... De tentation en tentation il commence par sauter un verset, puis deux. Puis l'épître est trop longue, il ne la finit pas, effleure l'évangile, passe devant le Credo sans entrer, saute le Pater, salue de loin la préface, et par bonds et par élans se précipite ainsi dans la damnation éternelle, toujours suivi de l'infâme Garrigou (vade retro, Satanas !) qui le seconde avec une merveilleuse entente, lui relève sa chasuble, tourne les feuillets deux par deux, bouscule les pupitres, renverse les burettes, et sans cesse secoue la petite sonnette de plus en plus fort, de plus en plus vite.

Il faut voir la figure effarée que font tous les assistants ! Obligés de suivre à la mimique du prêtre cette messe dont ils n'entendent pas un mot, les uns se lèvent quand les autres s'agenouillent, s'asseyent quand les autres sont debout ; et toutes les phases de ce singulier office se confondent sur les bancs dans une foule d'attitudes diverses. L'étoile de Noël en route dans les chemins du ciel, là-bas, vers la petite étable, pâlit d'épouvante en voyant cette confusion...

-- L'abbé va trop vite... On ne peut pas suivre, murmure la vieille douairière en agitant sa coiffe avec égarement.

Maître Arnoton, ses grandes lunettes d'acier sur le nez, cherche dans son paroissien où diantre on peut bien en être. Mais au fond, tous ces braves gens, qui eux aussi pensent à réveillonner, ne sont pas fâchés que la messe aille ce train de poste ; et quand dom Balaguère, la figure rayonnante, se tourne vers l'assistance en criant de toutes ses forces : Ite, missa est, il n'y a qu'une voix dans la chapelle pour lui répondre un Deo gratias si joyeux, si entraînant, qu'on se croirait déjà à table au premier toast du réveillon.

III

Cinq minutes après, la foule des seigneurs s'asseyait dans la grande salle, le chapelain au milieu d'eux. Le château, illuminé de haut en bas, retentissait de chants, de cris, de rires, de rumeurs ; et le vénérable dom Balaguère plantait sa fourchette dans une aile de gelinotte, noyant le remords de son péché sous des flots de vin du pape et de bons jus de viandes. Tant il but et mangea, le pauvre saint homme, qu'il mourut dans la nuit d'une terrible attaque, sans avoir eu seulement le temps de se repentir ; puis, au matin, il arriva dans le ciel encore tout en rumeur des fêtes de la nuit, et je vous laisse à penser comme il y fut reçu.

-- Retire-toi de mes yeux, mauvais chrétien ! lui dit le souverain Juge, notre maître à tous. Ta faute est assez grande pour effacer toute une vie de vertu... Ah ! tu m'as volé une messe de nuit... Eh bien ! tu m'en payeras trois cents en place, et tu n'entreras en paradis que quand tu auras célébré dans ta propre chapelle ces trois cents messes de Noël en présence de tous ceux qui ont péché par ta faute et avec toi...

... Et voilà la vraie légende de dom Balaguère comme on la raconte au pays des olives. Aujourd'hui le château de Trinquelage n'existe plus, mais la chapelle se tient encore droite tout en haut du mont Ventoux, dans un bouquet de chênes verts. Le vent fait battre sa porte disjointe, l'herbe encombre le seuil ; il y a des nids aux angles de l'autel et dans l'embrasure des hautes croisées dont les vitraux coloriés ont disparu depuis longtemps. Cependant il paraît que tous les ans, à Noël, une lumière surnaturelle erre parmi ces ruines, et qu'en allant aux messes et aux réveillons, les paysans aperçoivent ce spectre de chapelle éclairé de cierges invisibles qui brûlent au grand air, même sous la neige et le vent. Vous en rirez si vous voulez, mais un vigneron de l'endroit, nommé Garrigue, sans doute un descendant de Garrigou, m'a affirmé qu'un soir de Noël, se trouvant un peu en ribote, il s'était perdu dans la montagne du côté de Trinquelage ; et voici ce qu'il avait vu... Jusqu'à onze heures, rien. Tout était silencieux, éteint, inanimé. Soudain, vers minuit, un carillon sonna tout en haut du clocher, un vieux, vieux carillon qui avait l'air d'être à dix lieues. Bientôt, dans le chemin qui monte, Garrigue vit trembler des feux, s'agiter des ombres indécises. Sous le porche de la chapelle, on marchait, on chuchotait :

-- Bonsoir, maître Arnoton !

-- Bonsoir, bonsoir, mes enfants !...

Quand tout le monde fut entré, mon vigneron, qui était très brave, s'approcha doucement, et regardant par la porte cassée eut un singulier spectacle. Tous ces gens qu'il avait vus passer étaient rangés autour du choeur, dans la nef en ruine, comme si les anciens bancs existaient encore. De belles dames en brocart avec des coiffes de dentelle, des seigneurs chamarrés du haut en bas, des paysans en jaquettes fleuries ainsi qu'en avaient nos grands-pères, tous l'air vieux, fané, poussiéreux, fatigué. De temps en temps, des oiseaux de nuit, hôtes habituels de la chapelle, réveillés par toutes ces lumières, venaient rôder autour des cierges dont la flamme montait droite et vague comme si elle avait brûlé derrière une gaze ; et ce qui amusait beaucoup Garrigue, c'était un certain personnage à grandes lunettes d'acier, qui secouait à chaque instant sa haute perruque noire sur laquelle un de ces oiseaux se tenait droit tout empêtré en battant silencieusement des ailes...

Dans le fond, un petit vieillard de taille enfantine, à genoux au milieu du choeur, agitait désespérément une sonnette sans grelot et sans voix, pendant qu'un prêtre, habillé de vieil or, allait, venait devant l'autel en récitant des oraisons dont on n'entendait pas un mot... Bien sûr c'était dom Balaguère, en train de dire sa troisième messe basse.

Lettres de mon moulin

Alphonse Daudet

Mais Joyeux Noël quand même

Par jean.devalon le 21/12/13

Brive la Gaillarde et Tulle la Paillarde avaient chacune leur tribunal et leur Ordre des avocats.

Mais un seul tribunal a été institué à Brive et les ordres des avocats ont fusionné.

Devenus le barreau de la Corrèze {sans référence aucune à la vivacité de l'ancien président de la république)

Par la grâce de Saint François le hollandais, Tulle retrouve son tribunal.

Problème : les ordres doivent divorcer dit la Chancellerie.

Peut-être pour mieux se remarier ensuite.

Gaspillage de temps et d'argent.

Barreau Ikea à démonter et remonter.

Je connais une avocate de Tulle ; je me demande s'ils vont la démonter aussi

Par jean.devalon le 18/12/13

Bernard KUCHUKIAN est avocat au barreau de Marseille.

C'est un personnage d'exception et un brillant juriste.

Le terme brillant est singulièrement galvaudé puisque que dès que quelqu'un se met en avant, il se qualifie de brillant quand bien même serait-il terne comme l'ennui, l'insipide.

Mais, en l'espèce il s'agit de la brillance au sens de l'éclat de l'intelligence, rare .

Bernard Kuchukian vient donc d'obtenir le 13 décembre une décision du Conseil d'État qui autorise, de facto, simplement, le démarchage à la profession d'avocat.

« « La décision du 23 juillet 2012 du garde des sceaux, ministre de la justice, est annulée en tant qu'elle refuse d'abroger les mots « dès lors qu'elle est exclusive de toute forme de démarchage »,

Les dispositions du texte attaqué annulées sont décrites ci-après.

Art. 15. La publicité est permise à l'avocat si elle procure une information au public et si sa mise en oeuvre respecte les principes essentiels de la profession (1er alinéa inchangé).

La publicité inclut la diffusion d'informations sur la nature des prestations de services proposées, dès lors qu'elle est exclusive de toute forme de démarchage (2ème alinéa, amputé de la partie en italique).

Toute offre de service personnalisée adressée à un client potentiel reste interdite à l'avocat (3ème alinéa, totalement annulé)

Le lecteur ira lire directement Bernard Kuchukian.

Que l'on me permette quelques considérations.

Autrefois, le nombre d'avocats était limité, ce qui pouvait être considéré comme normal pour une profession dont le rôle était essentiellement d'être auxiliaire de justice.

C'était un temps où, par exemple, il y avait un avocat par club de Lions, de Rotary, par loge maçonnique ; c'était autrefois ; un monde disparu.

Le nombre d'avocats ayant augmenté de 40 % depuis 10 ans, il y en a aujourd'hui autant que de taxes.

Est-ce un bien, est-ce un mal ?

Chacun se fera son opinion.

Simplement, si la profession d'avocat est soumise à la concurrence dure, elle doit pouvoir, alors disposer des armes lui permettant d'affronter cette concurrence et les limitations déontologiques peuvent alors, malheureusement, ressembler à la corde du pendu.

Il y a un vrai choix à faire, traité parfois, semble-t-il, par les hautes instances avec la virtualité des hautes sphères venteuses et par les candidats locaux avec la prudence du politicien de village qui veut se faire élire par les jeunes avocats.

Qu'en pensent nos candidats marseillais au Conseil de l'Ordre ?

(Nous sommes entre deux tours ; l'occasion pour eux de faire part de leurs réflexions)

Parfois il me semble devoir revêtir une armure, ajuster le heaume et l'écu, sortir l'épée.

Mais, voyez-vous, il y a mieux au temps de la guerre des drones...

Oui, Bernard Kuchukian a raison et bravo à lui !

Par jean.devalon le 15/12/13

Il me faut manier le propos avec grande prudence si je ne veux avoir sur les dos une foultitude de ces associations fleurissant comme chardons.

Mais, bon ; les avocates...

Elles sont bien sûr diverses.

Mais, que voulez-vous, certaines font que la grande peste de 1720 dans notre bonne ville de Marseille semble, à coté d'elles, petit rhume des foins.

Pas de noms, désolé.

D'autres, à l'inverse, souriantes et compétentes, apparaissent bise rafraichissante.

Et voilà que l'une d'entre elles est passée de l'autre coté, a franchi la barrière !

Hein ?

Mais non, elle n'est pas morte ; devenue juge seulement ; c'est différent, je crois.

Choisissant peut-être une forme de stabilité et de sécurité quand notre profession voit arriver de grandes tempêtes .

Nous conserverons donc les pestes marseillaises.

A toi qui t'en vas, que les vents te soient favorables ...et que l'ennui te soit évité.

Et comme tu sais les réalités de notre profession, tu seras la Mère-Noëlle des articles 700 que tes nouveaux collègues évaluent à l'heure des techniciens de surface

Par jean.devalon le 07/12/13

Le barreau de Marseille a donc élu son Dauphin, celui qui deviendra Bâtonnier après une élection, en principe de pure forme.

Le terme de dauphin ne veut pas dire que les avocats vont porter à leur tête une sorte de mammifère marin ; c'est un terme qui vient du passé comme le terme bâtonnier, quand le bâtonnier avait un grand bâton, si je puis oser, sans porter atteinte à l'honneur des bâtonniers de ce temps.

En 1995, le barreau de Marseille comptait 800 avocats ; 2000 aujourd'hui.

Parallèlement entre 1999 et 2010, la population marseillaise passait d'environ 850 000 habitants à 900 000, soit une augmentation de 7 % environ.

Quant à la richesse de la ville ...

Madame le Bâtonnier de Paris vient de lancer un cri d'alarme qui résonne fort dans nos campagnes

Il y a une explosion du nombre d'avocats alors que la profession est une profession règlementée, c'est-à-dire que son secteur d'activité est limité par la loi et encadré par la déontologie de la profession.

Par exemple, vous pouvez être mandataire immobilier, mais pas apporteur d'affaires à un agent immobilier ; etc. ...

Si vous le faites, vous serez punis !

Les revenus des avocats ont chuté de 10 à 12 % en 2013 dit le barreau de Paris, à mon sens sous l'effet conjugué de la grande mutation économique et du nombre grandissant, trop rapidement, des avocats pour que la profession le digère.

Il y a, mathématiquement un problème majeur.

Or, pour être respectée et forte, la profession a besoin d'être économiquement en situation de puissance, déjà que la vanité des hommes la rend incapable d'avoir une représentation efficace, morcelée stupidement entre Conférence des Bâtonniers, CNB, voire Barreau de Paris.

Un Ordre national ; un homme une voix ; sans réservation syndicale ou ordinale, car la situation actuelle participe de la vanité des ceux qui voulaient ouvrir grand les portes pour le plaisir des firmes cherchant de la piétaille ou croyant naïvement que cela allait accroitre la puissance de la profession, ou de leur syndicat.

Rendez la parole aux avocats, tout simplement, sans prétendre parler en leur nom ; les sottises ; ça suffit, non ?

Je n'ai pas vu cette question désormais majeure, du nombre, dans les professions de foi des candidats qui sont toujours les mêmes depuis des décennies ; des bons sentiments n'effarouchant pas l'électorat, le flattant plutôt.

Non, candidats; la robe d'avocat, ce n'est pas le costume de superman ou de wonderwoman, ça se saurait.

Il existe aujourd'hui, si on veut éviter une précarisation de ceux que l'on fait entrer de manière irréfléchie dans l'entonnoir de la profession, une alternative :

- Soit la réalité économique et règlementaire est prise en compte et le nombre d'arrivants est modulé en fonction des possibilités d'intégration.

- Soit, et les néolibéraux de Bruxelles seraient heureux, on considère que le carcan de la règlementation des sphères d'activité doit être annihilé.

Mais c'est l'un ou l'autre pour les années qui viennent, sauf à fabriquer de la précarisation.

Il est normal que les avocats, comme les autres, aient à se battre ; mais alors, il faut leur en donner les moyens et, c'est vrai, il faut, aussi, que l'Etat fonctionnaire cesse de mépriser une profession qui n'a pour lui, d'autre tort qu'une liberté de pensée qui, pour le logiciel énarchique, ne peut être qu'un bug à éradiquer.

En tous cas, je salue bien bas Madame Christiane Feral-Schuhl et ne doute aucunement que le dauphin de Marseille nous évitera d'avoir à muter en requins pour survivre et la lira attentivement.

Mais, au cas où, je m'en vais aiguiser mes vieilles dents.