Jan
24
Prud'hommes : l'État condamné à cause des lenteurs de la Justice

Il y près d'un an, j'avais évoqué sur ce blog (ici ), l'action engagée par les avocats du Saf contre les lenteurs de la justice dans les procédures prud'homales.

Les premiers jugements viennent d'être rendus par le Tribunal de grande Instance de Paris qui condamne l'État à indemniser les salariés victimes de ces lenteurs.

Voici le communiqué du Saf qui rend compte de ces décisions.

"L'ETAT  CONDAMNE A INDEMNISER

LES SALARIES VICTIMES DES DELAIS EXCESSIFS DE PROCEDURE

DES  CONSEILS  DE  PRUD'HOMMES  ASPHYXIES

PAR  LE  MANQUE  DE  MOYENS  QUE  LEUR  ACCORDE  L'ETAT

Par seize jugements à la motivation implacable, le Tribunal de Grande Instance de Paris  a  condamné  l'Etat  à  verser  des  dommages  et  intérêts allant  de  1.500  à  8.500  euros,   outre   une   indemnité   de   2.000 euros;   pour   les   frais   de   procédure   engagés, à des salariés victimes  de  procès  prud'homaux  aux  délais  déraisonnables :

"Il relève du devoir de l'État de mettre à la disposition des juridictions les moyens nécessaires à assurer le service de la justice dans des délais raisonnables et ce délai résulte   manifestement   du   manque   de   moyens   alloués   à   la   juridiction   prud'homale.   Le   déni de justice invoqué par le demandeur est caractérisé"

Ces 16 plaintes, qui aboutissent  déjà  à  plus  de  100.000  euros  de  condamnations  contre  l'Etat, sont les premières tranchées sur les 71 assignations qui ont été placées le 15 février 2011 devant le  Tribunal  de  Grande  Instance  de  Paris  saisi  de  plaintes  déposées  contre  l'Etat  par  des salariés confrontés   à   des   délais   de   procédure   qui   ne   leur   permettent   pas   d'être   entendus   dans   des   délais   raisonnables.

Leurs avocats, tous membres du Syndicat des Avocats de France, dénoncent le manque de moyen dont pâtit la justice sociale, réduite à imposer aux justiciables des procès excessivement longs au point  d'aggraver  encore  le  préjudice  déjà  subi  par  leurs  clients.

Le SAF, les syndicats de salariés CGT, FO, CFDT, Solidaires et UNSA, le Syndicat de la Magistrature et les Ordres des Avocats de Seine Saint Denis, des Hauts de Seine et de Paris Barreaux, interviennent aux côtés de ces salariés victimes.

La prochaine audience au cours de laquelle les dossiers suivants seront plaidés, avec les interventions volontaires des Syndicats et des Ordres,se tiendra le 15 février prochain à 13h30.

Un an après le dépôt des 71 assignations, quatre ans après la réforme de la carte judiciaire et de  la  décision  de  supprimer  62  Conseils  de  prud'hommes  en  France...  

Il est important que cette audience bénéficie de l'écho  qu'elle  mérite.

Justiciables,  Syndicats,  Avocats,  Magistrats,  Conseillers  prud'hommes : Tous présents au Palais de Justice de Paris le 15 février prochain, pour  rappeler  à  l'Etat  que  la  justice  sociale   est  une  priorité  qu'il  ne  peut  continuer  à ignorer !

POURQUOI DENONCER LES DELAIS EXCESSIFS DE PROCEDURE :

Alors  que  le  procès  prud'homal  doit  permettre  aux  salariés  de  défendre leurs droits au regard de créances alimentaires nécessaires au quotidien ou  de  leur  privation  d'emploi, l'accès  au  juge  ne  leur  est plus assuré qu'aux  termes  de longs mois de procédure,  qui  se  muent  bien  souvent  en  longues  années  d'attente :`

Un cadre attend plus de 2 ans pour que son affaire soit entendue à Nanterre.

Pour plaider de nouveau son dossier devant le juge départiteur, un travailleur de la Seine Saint de Denis attend entre 2 ans et demi et 3 ans.

Plus   généralement,   il   est   monnaie   courante   que   s'écoulent   au   moins   10   à   12   mois   entre   l'audience   de   conciliation  et  l'audience  de  jugement,  et  après  les  plaidoiries,  il faut encore patienter des mois pour obtenir le prononcé de la décision (il  n'est  pas  rare  que  les  délibérés  soient  plusieurs  fois  prorogés),  puis  l'envoi  du   jugement, qui prend encore le plus souvent plusieurs semaines.

Un salarié qui demande la requalification de son contrat à durée déterminée en contrat à durée indéterminée n'a   pratiquement  aucune  chance  d'obtenir  un  jugement  avant  la  fin  de  son  contrat  et,  exclu  de  l'entreprise,  ne  peut   exiger  son  maintien  dans  l'emploi  et  doit  se  contenter  d'une  indemnisation,  alors que le code du travail prévoit qu'il   devrait   être   entendu   en   urgence   dans   un   délai   d'un   mois   qui   n'est   presque   jamais   respecté,   à   défaut   de   sanction.

De   même,   les   Conseils   des   prud'hommes   ne   sont   que   trop   rarement   en   mesure   de   trancher   les   contestations portant sur les licenciements économiques dans le délai de 7 mois prévu par la Loi, délai qui reste là encore théorique et sans sanction.

Devant  la  Cour  d'appel,  les  délais  sont  souvent  de  deux  années pour  qu'une  affaire  soit  entendue,  en étant le plus souvent convoqué devant un juge unique et non en audience collégiale,  l'exception  devenant  la  règle   dans  la  pratique  des  cours  d'appel  qui  manquent  de  magistrats.

Cette lenteur extrême des procès a un effet pervers évident sur les perspectives de négociation, les employeurs   n'ayant   aucune   motivation   à   régler   vite   des   conflits   qui   s'éternisent   et   leur   donnent   du   temps,   certains  faisant  d'ailleurs  l'objet  d'un  redressement  judiciaire  ou  d'une  faillite,  avant  qu'une  décision  de  justice   n'intervienne...

Si négociation il y a, les salariés confrontés aux situations de précarités les plus lourdes se trouvent contraints de transiger bien en-deçà de leurs droits pour obtenir un règlement plus rapide.

Les exemples de délais excessifs sont si nombreux : devant certains Conseils, ils sont même devenus la règle, tant leur engorgement et leur manque de moyens peuvent être aigus.  A  l'occasion  de  leurs  rentrées   solennelles, nombre de Présidents de Conseils le soulignent ainsi chaque année dans leurs discours, déplorant l'allongement dramatique des délais de procédure.

Certains Tribunaux des Affaires de Sécurité Sociale connaissent eux aussi les mêmes dérives, avec des procédures de 2, voire 3 ans,  alors  qu'ils  sont  là  encore  saisis  par  des  salariés  confrontés  à  des  drames  humains et financiers critiques, notamment en cas de maladie professionnelle ou accident du travail.

L'article   6-1   de   la   Convention   Européenne   de   Sauvegarde   des   Droits   de   l'Homme   et des Libertés Fondamentales garantit pourtant que : « Toute personne à droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial», la Cour Européenne rappelant que les conflit du travail « portant  sur  des  points  qui  sont  d'une  importance  capitale  pour  la situation professionnelle  d'une  personne  doivent  être  résolus  avec  une  célérité  particulière ».

De   nombreux   salariés   contestent   donc   ce   déni   de   justice   en   engageant   la   responsabilité   de   l'Etat   puisque   l'article  L.  141-1  du  code  de  l'organisation  judiciaire énonce que «L'Etat est tenu de réparer le dommage causé par le fonctionnement défectueux du service de la justice».

Par  le  passé,  plusieurs  condamnations  de  l'Etat  sont  intervenues.  Mais  il  est  temps  que  ces  actions  sortent   de  l'isolement  et  de  la  confidentialité  et  que  le  débat  s'ouvre  collectivement  et  publiquement sur ces délais excessifs  qui  ne  sont  que  la  conséquence  du  manque  de  moyens  matériels  et  humains  de  la  justice  prud'homale.

Ces 71 justiciables,  leurs  avocats,  et  l'ensemble  de  ces  organisations  professionnelles,  rappellent  ainsi  leur   profond attachement à l'institution prud'homale, et leur volonté de réclamer que la Juridiction perdure et fonctionne avec les moyens qu'elle mérite.

Source : Site du SAF

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