laurent.epailly

Par laurent.epailly le 28/02/08
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Rien d'historique en dépit du titre, quoi que.

Comme le savent tous ceux qui ne l'ignorent pas, "la petite reine", c'est la bicyclette et "les forçats" (de la route), ce sont les cyclistes : sport donc très démocratique, où les forçats ont le droit de monter une reine (1% culturel).

Tout ça pour vous dire qu'après de nombreux atermoiements, les équipes cyclistes professionnelles, quoi que menacées d'excommunication par l'Union Cycliste Internationale (UCI) ont décidé de participer au futur Paris-Nice (départ le 9 mars), organisé par Amaury Sport Organisation (ASO, qui organise aussi le Tour de France) laquelle a placé l'épreuve, qui n'existe plus dans le calendrier international, sous le giron de la Fédération Française de Cyclisme (FFC).

Les Tours de France, d'Espagne (Vuelta) et d'Italie (Giro), excusez du peu, n'y figurent plus non plus...

Bref, pour ceux qui ont mal compris, c'est du même tonneau que la célèbre phrase : "Mimile, tu diras à René que la clé du bahut est chez Marcel !!!".

Mais alors, le droit dans tout ça ?

Le droit, il est partout dans cette affaire.

D'abord le motif de la divergence, au delà des problèmes de gros sous : le contrôle du dopage. Ces grandes épreuves, et spécialement les deux françaises et l'Italienne, se déroulent sous des conditions de contrôle strictes (bon, en tout cas, bien plus que celles du pro tour organisé par l'UCI, avec plein de soussous dans la popoche), avec intervention des autorités judiciaires étatiques, dés lors que le dopage est traîté comme une infraction sur les stupéfiants...(droit pénal et droit du sport).

L'UCI, évidemment, est en retard d'un peloton et demi, puisqu'elle avait même essayé d'obtenir un statut de quasi extra territorialité pour ses coureurs, se prétendant organisation internationale, alors que ce n'est jamais qu'une association privée d'intérêts économiques (droit international public et un peu privé). L'UCI pour qui, la seule doctrine anti dopage semble être "si tu te fais prendre, tant pis...".

Et puis les coureurs, les pauvres et pourtant sur lesquels repose tout le spectacle, et bien, ils font ce que leur employeur leur dit et ils ont d'ailleurs un contrat de travail et des objectifs...(droit du travail). Alors c'est sur que quand on a la pression du sponsor et qu'en plus, il y en a qui vous grimpent l'Alpe d'Huez comme des hélicoptères, on est tenté. D'autant que les Toulouse-Mazamet, avec arrivée à 750 m, par 40° degrés à l'ombre pendant 8 heures, faut quand même se les appuyer. C'est pour ça que le public est toujours indulgent avec celui qui est pris la seringue dans le bras, mais à la condition sine qua non qu'il avoue, parce que le gars qui arrive à 5H00 du matin, bob et marcel repassés et canettes au frais, pour voir passer les coureurs pendant 5 minutes à 15H00, il n'aime pas qu'on se fiche de lui !!!

Coureurs placés entre un choix impossible, comme le résume leur Président "syndical" : "l'illégalité au profit de la sauvegarde de l'histoire ou la légalité au profit de l'absurdité."

Il aurait du être avocat, celui-ci.

Comme le disait mon frère le Blaireau*, "Si l'UCI continue à pédaler avec les oreilles, y a plus qu'à se mettre en danseuse, tirer un peu sur la meule et ils vont se prendre un éclat". (je lance un concours de traduction...2°% culturel).

* NDLR : Bernard HINAULT, quintuple vainqueur du Tour de France, était surnommé le blaireau...

fév
26

Le bon motif

Par laurent.epailly le 26/02/08
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Ce qu'on appellait, naguère, "le bon motif", c'était lorsque l'on était contraint d'épouser une ex-jeune fille qui se retrouvait enceinte de vos oeuvres...

Rien à voir avec ce qui suit, mais c'était pour le 1% culturel.

Le 23 janvier 2008, la Chambre Sociale de la Cour de Cassation vient de confirmer l'interprétation de la Cour d'Appel de Montpellier, laquelle avait jugé qu'un CDD ne pouvait avoir qu'un seul et unique motif de recours (Soc. 06-41.536).

Dans les faits, une personne est embauchée par un CDD de un an prévoyant, au titre de sa motivation que les six premiers mois, c'était pour remplacer une salariée absente pour cause de maternité et les six suivants, pour un surcroît d'activité consistant en la réorganisation planifiée du service comptable.

La Cour d'Appel avait jugé qu'un CDD ne devant avoir qu'un seul motif de conclusion (il aurait donc fallu en signer deux successivement), il y avait lieu à requalification en CDI et, naturellement, la rupture intervenue au terme du CDD s'analysait en un licenciement sans cause réelle ni sérieuse.

Position validée par la Cour de Cassation au visa des articles L 122-1, L 122-3-1 et L 122-3-11 du Code du Travail.

Rappelons, à toutes fins utiles, que seul le salarié (et le CGEA AGS en cas de fraude) a la possibilité de solliciter une requalification d'un CDD en CDI qui n'est nullement d'ordre public,à l'exclusion de l'employeur. Celà a évidemment un intérêt, parfois capital, sur l'indemnisation de la rupture, selon le moment de celle-ci, avant le terme ou à l'échéance : avant le terme, vous avez droit à tous les salaires restant à courir. Après, il faut démontrer son préjudice, le plus souvent sur un CDD de quelques mois....

"L'avocat porte l'habit de frère le corbeau, mais est rusé comme frère le renard", disait souvent Little Big Dog (2% culturel...).

Par laurent.epailly le 26/02/08
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Selon un sondage publié par Le Figaro,

* 80% des français approuvent le principe de la rétention de sûreté

* 64% souhaitent qu'elle s'applique immédiatement, donc, aux personnes déjà condamnées

On comprend mieux pourquoi, à part les professionnels du droit et quelques citoyens impliqués, l'initiative du Président de tenter de contourner la décision du Conseil Constitutionnel (on parle d'une réécriture de la Loi, d'ailleurs possible dans le respect de la décision, d'un énième changement de la Constitution, voire d'un référendum au résultat sans surprise...) ne choque pas.

Même, dans les cafés, ou autour de la table familiale, les conversations ne doivent pas être tendres avec notamment les "avocats", ces "défenseurs de voyous".

C'est que nous sommes simplement sur un malentendu.

D'une part, il faut bien comprendre que vous ne trouverez aucun avocat qui accepte l'idée qu'une personnalité pathologique puisse, en effet, être libérée sans contrôle. D'ailleurs, nous les connaissons bien mieux que les lecteurs de la presse, pour les avoir défendus.

Mais comme nous vous le rappelons régulièrement, la "rétention de sûreté" pour les gens dangereux sur le plan psychiatrique, ça existe déjà et depuis très longtemps : c'est l'internement psychiatrique à l'initiative du Préfet.

Mais évidemment, on doit alors se demander ce que ces gens font en prison, s'il faut les interner en psychiatrie à la sortie.

D'autre part, ce que conteste le Conseil Constitutionnel, c'est le caractère rétroactif de la Loi et spécialement alors que l'on sait qu'il n'existe aucune prise en charge psychiatrique réelle dans le milieu carcéral (toujours le manque de moyens...) : en réalité, on ne soigne pas ces gens et lorsqu'ils sortent, on se sert de l'absence de prise en charge, dont ils ne sont pas responsables, pour leur infliger une rétention à durée indéterminée.

Surtout, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que l'on ne peut céder sur les questions de principe : si vous acceptez, aujourd'hui, de revenir sur la non-rétroactivité d'une mesure sur un problème grave, qui ne peut pas être traîtée de manière populiste, vous acceptez, demain, qu'on vous annule rétroactivement le permis de conduire, par exemple, parce que vous aurez été condamnés il y a un an, par exemple toujours, pour conduite en état alcoolique.

Et vous savez très bien que lorsque l'on donne son doigt à l'Etat, il vous grignotte le bras.

Par laurent.epailly le 25/02/08
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Pour beaucoup d'observateurs, le récent procés de l'Erika qui a vu la responsabilité de Total engagée, y compris sur le "préjudice écologique", est une première de nos juridictions.

Or, ce préjudice écologique a été reconnu et indemnisé la première fois par le TGI de Narbonnes, le 4 octobre 2007, sur la demande de notre consoeur Chantal Gil (barreau de Montpellier).

Le 10 décembre 2004, une usine de produits phytosanitaires de Port la Nouvelle déverse accidentellement un volume très important d'insecticide dans un ruisseau situé en amont de l'étang de Barges, site situé dans le périmètre du parc naturel régional de la Narbonnaise.

Tous les amateurs d'aquariums connaissent la redoutable "efficacité" du simple emploi d'un aérosol insecticide non loin de leurs amis poissons.

En l'occurence, la très grande majorité des poissons de l'étang meurt, entraînant un déséquilibre extrêmement préoccupant de l'écosystème du site.

Maître Gil, en charge des intérêts notamment du parc naturel sollicite et obtient une double indemnisation au titre du "préjudice écologique", dont la mise en oeuvre se heurtait, jusque là, à une difficulté majeure, ainsi résumée par notre consoeur : "comment apprécier en terme monétaire la valeur d'une mouette, d'une plage ou d'une forêt?" :

* le préjudice écologique subi par le patrimoine du parc naturel est évalué à la somme de 10.000 Euros

* la société responsable de la pollution se voit enjoindre de dépolluer le site, ce qu'elle fait nonobstant son appel, pour une somme avoisinant 500.000 Euros.

Une première jurisprudence provinciale, renforcée et reprise par celle de la capitale et promue à un bel avenir. Hélàs !

Et bravo à chantal qui se fait rare au Palais. Mais nous sommes comme ça, à Montpellier : bons mais modestes.

Par laurent.epailly le 24/02/08
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...à toutes celles et ceux qui sont passés me fêter mon anniversaire. Pour Dominique, qui ne manquera pas de se tenir informée, j'ai donc 41 ans aujourd'hui et même que ça ne me déprime pas.

Ce matin, j'étais chez le fleuriste, sur le parking d'un quelconque supermarché, puisque j'allais manger la bonne paella maison de maman Epailly, lorsque je vis une camionnette de professionnel se garer précipitamment sur une place réservée aux handicapés (normal, c'est la plus proche de l'entrée).

Sa compagnecubinepouse, je ne sais, en descendit précipitamment et entra dans le magasin.

Chouette, me dis-je, un goujat à raisonner en ce dimanche. On ne se refait pas : on est avocat à temps plein.

D'autant que le temps que je m'approche, il venait d'appliquer deux gifles magistrales à une petite gamine blonde assise à côté et qui ne pleurait même pas, preuve qu'elle avait manifestement l'habitude...

Technique de communication non-violente en bandoulière, je m'approche avec mon plus grand sourire, quoi que l'oeil consterné, afin d'essayer de lui faire comprendre qu'en une minute, il venait de faire deux choses qui ne se font pas...

"Gros citron", je crois, fut sa réponse, mais peut-être ai-je mis trop de lettres...

Une deuxième tentative n'eut pas plus de succés.

Ma troisème avorta par le retour de la dame et le départ précipité du Monsieur, sur les chapeaux de roues, manquant d'emboutir un véhicule arrivant de sa droite.

Victoire à la Pyhrus, puisque je ne restai guère que maître du terrain (et de moi même), mais du moins, je puis rappeller que :

* le stationnement sur une place réservée aux personnes handicapées est puni de la contravention de IV° classe, Article R417-11 du Code de la Route, 750 Euros au plus, donc.

* la violence volontaire par ascendant sur mineur de 15 ans est punie de 3 ans de prison, au plus et 45.000 Euros d'amende au plus.

* sur un parking de supermarché ouvert au public, c'est le Code de la Route qui s'applique.

Et cet après midi, visite à un oncle de mon épouse, malheureusement handicapé suite à un accident. Il est dans une annexe spécialisée de l'hôpital de Nîmes, près de la mer, où un personnel dévoué et évidemment insuffisant obtient des résultats remarquables de rééducation.

Au-delà de la vision de tous ces gens, souvent jeunes, injustement frappés, je me disais, en observant ce centre, un peu vétuste, mais très proprement tenu, que c'est quand même une pitié que des chambres donnant plein sud, ne soient encore équipées que d'un simple vitrage, parfois fendu, les chassis métalliques rongés par l'air marin.

Rapide calcul (une amie venant de rénover chez elle, ses menuiseries), il y en a pour 30.000 Euros au plus pour tout changer, à peine le prix d'une première étude pour la réalisation d'un rond-point de plus au milieu de nulle part...

Bon, ce monde étant vraiment "merveilleux", à tout point de vue, je vous offre la chanson idoine, dont il paraît que la première fois qu'elle a été chantée était le jour de ma naissance.

Une version très poétique.

Par laurent.epailly le 23/02/08
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Sitôt rendue sa décision sur la constitutionnalité de la loi sur la rétention de sûreté, décision dont le caractère fort peu révolutionnaire n'aura échappé à quiconque de bonne foi, Notre Conseil Constitutionnel (NCC) est débordé sur sa droite par Notre Prince Président (NPP), lequel, in petto, sollicite le Premier Président de la Cour de Cassation (PPCC) aux fins de lui trouver le moyen juridique de contourner la non-rétroactivité de ladite mesure de sûreté...

A la chancellerie, on ne s'étonne même pas du caractère pour le moins incongru de la démarche...

Bon, à quelques semaines des municipales, vouloir récupérer quelques électeurs déçus qui avaient été séduits par un discours sécuritaire, ma foi, sur le principe, on dira viril mais correct. D'autant que tous les Présidents de la République de la V° République, de gauche comme de droite, sont toujours intervenus dans les débats électoraux.

Mais là, on vous parle quand même du garant de Nos Institutions à Nous (NIN), le gars qui a le collier rouge et or sur la photo, les codes nucléaires, qui signe en bas à droite les lois importantes, le gars qui a quand même été élu par une majorité de citoyens et si on aurait pardonné d'entendre de sa bouche "qu'il était déçu que sa loi n'ait pas entièrement été validée, patati patata", on aurait apprécié d'entendre que, "mais naturellement, il prenait acte de la décision et la mettait en oeuvre".

Au lieu de celà, on a une réaction de gamin de maternelle à qui on a retiré son joujou...

Quant au sondage qui suit, c'est pour rire, vous répondez si vous voulez.

Par laurent.epailly le 21/02/08
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Le temps de contempler mon "oeuvre" précédente (je ris), je tombe sur la première page de mon FAI : le Conseil Constitutionnel valide la rétention de sûreté, se contentant d'aménager sur la rétroactivité.

Bref, ce que l'on en attendait sans surprise (voir articles précédents...).

Donc, après avoir réalisé "Lettre de Cachet II, le retour", puis "Le désert du judiciaire", la prochaine production sera : "PVB" (Patrons Voyous Blanchis).

J'exagère, ça sera plus subtil.

Par laurent.epailly le 21/02/08
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Il est 19H22 quand je commence à écrire ici. Je viens de rentrer de la Cour d'Appel, où j'attendais depuis 14H00 l'occasion de défendre avec le même acharnement qu'on la poursuit, et à l'aide juridictionnelle (11 UV à 23 Euros l'UV), une pauvre femme dont j'avais obtenu la relaxe en première instance et accusée d'avoir fraudé la CPAM pour 300 Euros environs. Dangereuse criminelle, donc.

Fraude pas très bien établie et reposant plus sur la conviction que sur la preuve, mais "il n'y a pas de petites affaires", a dit l'Avocat Général...Sur le principe, il a d'ailleurs raison.

Bref, j'ai attendu aussi longtemps car, malgré mon ancienneté toute relative, les Catalans et les Audois étaient venus nombreux : prioritaires, puisque venant de loin.

J'ai ainsi pu me régaler à l'écoute de la plaidoirie d'un jeune confrère de Perpignan, défendant avec un beau brio un homme également relaxé (c'était séance de rattrapage du parquet aujourd'hui...) en première instance, pour des faits assez ambigus de tapotage de cucul, et de mains baladeuses, sur sa nièce de 12 ans.

Rassurez-vous, je ne minimise rien : s'il est coupable, il doit être condamné.

Mais là, dans le dossier, trois expertises psychiasociométalogiques qui trouvent le moyen d'arriver à trois conclusions différentes. Des affirmations claires de la petite avec une exagération finale (pour être mieux crue ?) et quasi mensongère qui passe mal. Une reconnaissance partielle et minimisée du prévenu chez les gendarmes qui nie tout en bloc après...

Bref, au "vous êtes surement coupable quelque part", lancé par l'avocat général (concept juridique intéressant...) répond une plaidoirie argumentée et habile du confrère, qui esquive les points moins brillants. A voir : son délibéré tombe en même temps que le mien.

Alors, pourquoi l'ombre d'un doute ?

Ha oui, parce qu'en allumant l'ordinateur, je lis que Le Parisien a publié la liste de 32 condamnés sexuels qui devraient bientôt sortir de prison, établie par la Chancellerie et qui aurait été transmise au Conseil Constitutionnel...

Lequel Conseil Constitutionnel va bientôt statuer sur le recours déposé contre la Loi sur la rétention de sûreté.

On a compris la manoeuvre : voyez vous, Ô Juges Suprêmes, les dangereux criminels qui s'apprêtent à sortir et que de non moins dangereux idéalistes voudraient voir sortir librement alors que nous avons réinventé la Bastille ?

Je vois aussi, qu'une seconde liste comprennant 200 noms de plus, mais libérables plus tard, a également été constituée.

Sans le savoir, je suis certain qu'un de mes clients y figure, condamné en récidive de récidive, si j'ose dire, de viols sur mineurs à la perpétuité, peine ramenée en appel à 20 ans assortis de 15 ans de sûreté.

Alors, peut être l'effet d'une fatigue passagère, j'ai l'ombre d'un doute et je me dis que si rien n'a changé lorsqu'il sortira, je souhaite de tout coeur qu'il ne croise pas la route d'un autre enfant et que peut être... Mais encore...Et si...

Mais au-delà du fait que l'internement psychiatrique existe déjà et qu'il est à même de prendre en charge les cas le nécessitant, sous contrôle médical, et pas sur décision d'un Préfet dont la marge d'autonomie est faible...Je me dis in petto qu'il est des questions de principe auquel on ne peut pas déroger.

Et surtout, que si l'on abandonne progressivement, par faiblesse, désintérêt ou couardise, par petits bouts, les libertés que nos anciens ont obtenu pour nous, non seulement on les insulte, mais on se prépare un avenir où il y aura d'un côté les moutons (le gros tas) et de l'autres les loups (forcément moins nombreux).

Certes, les avocats feront les chiens de berger au milieu, mais ça ne sera quand même pas bien drôle pour les moutons.

Par laurent.epailly le 20/02/08
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J'étais en Correctionnelle, ce matin, pour défendre une femme ayant menacé le père de son enfant qu'il ne voulait pas reconnaître, avec un couteau. La routine.

Attendant mon tour, j'ai assisté à une affaire remarquable à tous points de vue que je vais essayer de vous relater au mieux.

Etaient prévenus la femme et l'homme, aujourd'hui divorcés, d'avoir obtenus le RMI couple avec enfants, en produisant de faux éléments de ressources. Jusque là, de l'ordinaire. Encore un drame social, me dis-je par devers moi.

Et bien non ! Le couple était alors marié et propriétaire de 5 appartements (plus le leur, donc 6), tous loués (les locations payant le crédit immobilier de chacun des appartements) et louait, également, une licence IV.

Le système était même extrêmement bien pensé, puisque chaque locataire avait droit à l'APL qui était versée directement aux propriétaires bailleurs, tandis que ces locations ne générant, charges et emprunts déduits que 3.000 Euros par an au total, environ, la modicité des ressources justifiait, en effet, l'allocation du RMI.

La boucle est bouclée lorsque l'on sait, qu'en plus, les locataires étaient tous de la famille des propriétaires, se logeant donc à peu de frais, tandis que la CAF assurait donc la plus grosse partie du remboursement des crédit du petit empire immobilier, via l'APL et, de l'autre côté, la subistance de la famille, via le RMI et ses avantages attachés (gratuité de certains transports, taxe d'habitation réduite...).

Là, on se dit, c'est choquant.

Et comment ne pas adhérer au réquisitoire très fin et très équilibré du Procureur de la République, lequel stigmatise, d'abord, "les prédateurs de l'aide sociale", possédant tant de biens immobiliers, quand tant de nécessiteux, mal informés vivent si chichement ? Et de stigmatiser, ensuite, la négligence fautive de la CAF (dont il faut reconnaître -mais les inspecteurs sont ils assez nombreux?- que les contrôles sont insuffisants), CAF dont les représentants ne sont d'ailleurs pas présents en partie civile. Et de demander 6 mois avec sursis (je sais, beaucoup trouveront insuffisant...).

C'est jusqu'à la plaidoirie de l'un de mes confrères, pour l'homme.

Il prend la précaution de rappeler que, moralement, ça le gêne : il a raison, on sent tous qu'il y a un truc qui cloche dans ce montage. Mais que nous sommes là pour faire du droit et pas de la morale et spécialement en matière pénale.

Mais il prouve aussi, pièces à l'appui, que l'intégralité des immeubles possédés par le ménage apparaît bien dans les documents déposés à la CAF. Que l'intégralité des revenus de toute nature et des bénéfices issus de ces locations y figurent aussi. Que c'est donc sur la base de ces documents, correspondants aux différentes déclarations de revenus fonciers ou autres, que la CAF va attribuer le RMI qu'ils ont demandé.

Qu'en conséquence, la CAF n'a jamais été trompée et qu'il n'y a pas de délit. Donc, il demande logiquement la relaxe.

Sur le plan de l'application stricte du droit pénal, ça paraît juste.

Sur le plan moral, il lit, par ailleurs, une lettre du directeur de la CAF qui indique, de tête mais c'est l'essentiel, "que la possession d'immeuble n'est pas incompatible avec la perception du RMI, puisque ce qui compte ce sont les revenus du capital et pas le capital".

Si je suis bien le raisonnement, l'assujetti à l'ISF (du fait de la valeur de ses biens immobiliers) est donc susceptible de percevoir le RMI.

Y a un truc.

Réponse sur le plan juridique dans deux semaines sur ce blog, pour le délibéré.

Par laurent.epailly le 18/02/08
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Madame Dati, vous avez tout gâché.

Je vous le dis sans acrimonie, sans colère, mais avec une grande tristesse : vous avez tout gâché.

Ce week end, vos services ont publié la liste des juridictions condamnées à mort, 23 Tribunaux de Grande Instance et plus de 150 Tribunaux d'Instance. Je vous le dis, ami lecteur, il y en a au moins un auprès de chez vous qui est voué à disparaitre.

Vous avez tout gâché, Madame Dati, alors que vous aviez tout pour vous et que les avocats, autant que le reste du monde judiciaire, vous avaient accueillie avec sympathie et intérêt.

Et je vous le dis, même si vous feignez de ne pas le croire : les avocats ne sont généralement pas hostiles d'emblée à un gouvernement de droite (non plus, finalement, que de gauche). Nous sommes gens pragmatiques et pressurés autant par des gouvernements de gauche que de droite.

Vous aviez la chance d'être une femme, jolie, intelligente et élégante, issue d'un milieu modeste et qui plus est maghrébine : vous étiez le symbole d'une intégration réussie, issue de l'école de la République et de la récompense de l'effort.

Certes, vous aviez un peu trichoté sur votre CV, mais ce n'était qu'un dolus bonus, un péché véniel, que nous avocats, vous pardonnions bien volontiers : nous connaissons trop bien la nature humaine.

Certes, des salauds avaient cru pouvoir vous reprocher la délinquance de votre frère : et alors, en quoi étiez-vous responsable de votre frère ? ça encore, les avocats vous le pardonnaient sans difficulté, au rebours de bien de vos amis politiques. Je ne parle pas des politiciens de l'autre bord, toujours à l'affût de ce genre de chose, ce qui leur permet de s'économiser de proposer un contre projet.

Mais vous avez tout gâché, en soutenant l'insoutenable, quand vous prétendez que la rétention de sûreté doit s'appliquer de manière rétroactive, que son existence même, ne viole pas les droits de l'homme les plus élémentaires, alors que vous avez réinventé la Lettre de Cachet.

Vous avez tout gâché, quand vous avez instauré les peines, non pas planchers, mais automatiques.

Vous avez tout gâché en prétendant que la réforme de la carte judicaire se ferait dans la concertation, alors que vous n'avez fait qu'installer une énième commission de réflexion qui ne s'est réuni qu'une fois et que votre communication s'est résumée à un barnum, de coûteux déplacements en Province, avec des floppées de véhicules, vous contentant, devant des assemblées au garde à vous, à égréner la liste des juridictions condamnées, sans rien entendre des objections souvent fondées de vos malheureux hôtes captifs.

Vous n'avez même pas eu le courage de finir votre tournée, parce que chaque fois vous arriviez sous les huées des gens dont vous vous apprêtiez, sans même un remord, à détruire la vie professionnelle et à qui vous n'aviez que la réponse d'envoyer les gardes mobiles.

Vous avez tout gâché en devenant le fossoyeur de juridictions dont vous n'aviez même jamais entendu prononcer le nom, rayant à l'aveuglette, décidant qui allait vivre et qui mourrait. Sans même connaître aucun de ces lieux, vous les condamnez au désert judiciaire et à vos "Maisons de Justice" abritant des conciliateurs, souvent caricature des juges de proximité, ou de l'approximation, je ne sais plus (c'est pour dire...), retraités paternalistes, imposant le plus souvent des solutions "d'équité", parfois légalement douteuses et souvent boîteuses, à de pauvres citoyens ignorants de leurs droits.

Vous finirez de gâcher demain, quand cet été, vous modifierez une nouvelle fois la Loi sur l'aide juridictionnelle, en augmentant les plafonds d'accés, en réduisant le nombre de bénéficiaires, alors que vous ne savez même pas que le salaire moyen en France est de 1.600 Euros par mois, soit le prix de l'une de vos robes Dior ou Chanel.

Il est vrai que vous êtes membre d'un gouvernement messianique, dont le chef (pas le sous-chef celui qui est Premier Ministre) est habité d'une vision pour la France, mais vision où la résolution des problèmes économiques semble bien secondaire au regard de l'urgence que semblaient représenter les programmes scolaires, la construction de prisons ou le divorce éclair d'avec la femme de sa vie suivi du remariage éclair avec la nouvelle femme de sa vie....

Ce n'est pas la première fois, celui de 1981 n'était pas mal dans ce genre, et a échoué dans la confusion, de la même manière que le vôtre échouera, car l'idéalisme entêté ne fait jamais bon ménage avec la politique utilitaire.

Mais eux au moins, ils avaient l'excuse d'avoir voulu changer la condition des gens.

Votre robe vient de chez Dior, la mienne de chez Madame Petit (ça ne s'invente pas).

Voyez vous, chacun de nous deux porte son programme dans sa robe et, honnêtement, je préfère le mien.