laurent.epailly

Par laurent.epailly le 31/08/09
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Autre expression de rugby pour vous dire que le gouvernement ayant renoncé à permettre l'aménagement des peines supérieures à 1 an d'emprisonnement et inférieures ou égales à 2 ans, comme l'escomptait l'ex entraîneur du Montpellier Hérault (4° du championnat de ligue 1, mais la route est encore longue !), Roland COURBIS, plus rien ne semble devoir arrêter la machine à incarcérer.

Les associations de victimes, notamment, sont montées au créneau, faisant valoir que, deux ans, ça commençait à devenir une peine sérieuse.

Rappelons que Monsieur COURBIS avait définitivement été condamné à deux ans fermes, par la Cour d'Appel d'Aix, la Cour de cassation ayant rejeté le pourvoi cette année.

Il est bon d'ajouter que, nonobstant ses ennuis judiciaires, dont on pense qu'ils ont du sérieusement le miner, Monsieur COURBIS a mené le club de Montpellier à la Ligue 1, 5 ans après avoir été rétrogradé en ligue 2.

De son côté, le Parquet a fait preuve de mansuétude, en ne mettant à exécution l'arrêt que durant le mois de juillet, soit après la fin du championnat.

La cabane est donc tombée sur le chien, mais le chien n'est pas encore en fourrière, car, surprise lorsque le panier à salade est arrivé chez lui, le chien n'y habitait plus...

Par laurent.epailly le 31/08/09
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Cette expression bien connue des amateurs de rugby, pour vous dire que, vendredi, José BOVE, fraîchement élu député européen, était poursuivi devant le Tribunal Correctionnel de Béziers, pour répondre d'un énième fauchage de maïs OGM en 2007, en multirécidive, donc risque d'aller planter des choux bios à la toute nouvelle Maison d'Arrêt de Béziers, carré VIP, si je puis dire.

Deux problèmes ont surgi pour rendre ce procés kafkaïen.

D'une part, le gouvernement a, depuis, interdit la culture du maïs OGM pour des raisons de principe de précaution. On comprend l'embarras de la poursuite.

D'autre part, on ne sait trop que penser de la toute fraîche immunité parlementaire gagnée à la faveur des urnes...

Ni une, ni deux : renvoi en février pour y voir plus clair avec demande au parlement de se prononcer sur une levée éventuelle de cette immunité.

aoû
31

Truc fin...

Par laurent.epailly le 31/08/09
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Franchement, j'aime bien Eric WOERTH, le Ministre du Budget, parce que je le trouve vraiment très bon technicien.

Il faut dire que le poste de Ministre du Budget, ce n'est vraiment pas un poste d'idéologue.

C'est dire si le coup du "j'ai une liste de 3.000 noms" [qui ont en moyenne planqué 1 millions d'Euros en Suisse et s'ils ne se dénoncent pas avant Noyel, ça va plomber], ça semble réjouissant du premier coup d'oeil (il est bon de rappeler que l'égalité fiscale, voire, l'honneur de payer l'impôt, est une conquête de la Révolution et figure dans la DDHC de 1789) mais c'est quand même surprenant.

Déjà, c'est indéniablement populiste, ce que l'on n'attend pas vraiment du Budget. Néanmoins, une annonce gouvernementale n'est pas nécessairement critiquable parce qu'elle serait, de surcroît, propre à ravir l'opinion publique.

Non, ce qui est plus troublant, c'est le chantage exercé : tu régularises sinon je plombe, ce n'est pas très digne d'un Etat moderne même si, vous l'aurez compris, on ne saurait encourager ni accepter la fraude fiscale.

Plus troublant encore, c'est le chantage fait à la Suisse que nous sommes, quand même, après les USA, en train d'humilier : si la fraude fiscale existe, c'est d'abord parce qu'il y a des fraudeurs et très secondairement parce que des banques suisses savaient tenir leur langue (il existe la technique des lessiveuses artisanales ou du matelas...). Et puis, c'est oublier ce que le Monde doit à la Suisse pendant les deux guerres mondiales : le secret bancaire n'a pas servi qu'aux nazis, loin de là.

Mais que voulez-vous, en plein milieu d'une Europe de l'Ouest écrasant ses citoyens d'impôts et de charges sociales, la Suisse et le Liechtenstein, ça fait forcément tâche... Et puis, c'est plus facile de jouer les gros bras devant un petit Pays.

Plus troublant encore, encore, c'est que le Ministre puisse se targuer d'avoir une liste de 3.000 noms et que cette liste, faisant état de comportements suspects (rien ne dit que tous ces gens soient des fraudeurs, puisqu'on a le droit d'avoir un compte à l'étranger tout de même...) et ne la transmet pas à la cellule Tracfin... Est-ce à dire que les avocats ont donc une latitude avant de devoir dénoncer leurs clients ? Genre, nous pouvons les inciter à régulariser leur opération financière dans un délai de 4 mois avant de saisir Tracfin ? Je note que l'exemple vient d'en haut.

Enfin, pour dire le vrai et pour en revenir à l'égalité fiscale, pour ma part, je ne suis pas pressé de voir revenir des fonds de l'étranger pour que l'Etat soit obligé, avec nos impôts, de rembourser de l'argent à ces gens au titre du bouclier fiscal...

Par laurent.epailly le 30/08/09
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Bon, on ne m'a pas demandé mon avis, mais la présentation du blog a changé. En même temps, je ne suis qu'occupant à titre gratuit.

Comme moi, je pense que vous vous habituerez : ce qui compte, à mon avis, c'est moins la forme que le fond.

D'ailleurs, vous avez pu remarquer que je suis hautement "populaire" (je pouffe, car ça demeure très relatif) mais que mon activité blogosphérique est moyenne. Que l'on se rassure, je m'en contenterai très bien, puisque l'activité du cabinet ne saurait être handicapée par l'activité sur le blog...

Pour vous dévoiler un peu les entrailles du "monstre", sachez aussi que certaines fonctionnalités peuvent être mises en place, comme la notation ou des publicités payantes...

Je vous le dis tout de go : je n'installerai pas ces machins.

La pub, ça doit être une erreur...

Pour la notation, d'une part, ce genre de gadget est trop facile à "gaver", comme une urne pleine, avec des commentaires élogieux (et un ou deux qui le seront moins, pour la vraisemblance) totalement factices.

D'autre part, c'est généralement un appel au déchaînement, ce qui n'est pas mieux.

Enfin, vous savez que j'ai les idées simples : si ça vous plaît, vous viendrez; si le contenu vous déçoit, vous ne viendrez plus (il y a encore un compteur de visites uniques).

La fréquentation, ça reste la meilleure note possible et la meilleure récompense.

Par laurent.epailly le 30/08/09
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... à qui ne peut la boire..."

Je me faisais cette réflexion vendredi où, étant coordinateur pénal, on m'a demandé, entre autres choses usuelles, de fournir un avocat pour un débat devant le JAP : un homme avait arraché son bracelet électronique.

Il s'agissait donc de savoir s'il devait ou pas retourner en prison.

Déjà, première réflexion, je pensais que ces ustensiles ne pouvaient pas s'arracher... (Sans autre commentaire).

Deuxième réflexion, ce cas n'est donc pas traîté comme une évasion...

Enfin, troisième réflexion, je me disais que le bracelet ne pouvait pas être une fin en soi : prendre la responsabilité de solliciter un placement sous bracelet électronique, c'est aussi mesurer que le cadeau peut être empoisonné. En effet, il est plus difficile, sans doute, d'être contraint hors les murs de la prison que lorsque vous n'avez pas le choix.

A méditer, je pense.

Par laurent.epailly le 29/08/09
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Le Figaro (aux meilleures sources, dés lors qu'il s'agit de la majorité) annonce aujourd'hui les préconisations du rapport Léger.

Voici un extrait :

"Le comité Léger -qui doit rendre son rapport mardi sur la réforme de la justice pénale-, va préconiser une suppression du juge d'instruction, révèle le Journal du dimanche dans son édition de samedi. «Il cumule les fonctions d'un juge avec celles d'un enquêteur. En d'autres termes, il n'est pas totalement juge, et pas totalement enquêteur», tranche le rapport selon le JDD, qui dit avoir eu accès à l'intégralité du texte. Le comité propose donc de confier à la place les pouvoirs d'enquête aux seuls procureurs, qui resteraient hiérarchiquement soumis au ministre de la Justice.

Le comité, présidé par l'ancien magistrat Philippe Léger, suggère toutefois de transformer le juge d'instruction en un«juge de l'enquête et des libertés», qui exercerait un contrôle sur les enquêtes pénales en garantissant leur «loyauté». Il serait notamment chargé d'autoriser les mesures «les plus attentatoires aux libertés», comme les perquisitions et les écoutes téléphoniques.

Parmi les autres propositions figurent également la possibilité d'accroître le rôle de l'avocat durant la garde à vue, de limiter les gardes à vue aux infractions passibles d'une peine de prison ou encore de réduire les délais de détention provisoire. Il serait également question de dépénaliser la violation du secret d'instruction et de renforcer la neurtralité du président d'audience en matière pénale."

Commentaires :

D'une part, on ne sera évidemment pas surpris par le fait qu'un magistrat, aussi compétent soit - il, mais le doigt sur la couture de la robe, rende un rapport allant dans le sens des voeux de l'Exécutif.

La méthode est connue : aujourd'hui, on ne créé plus une commission pour enterrer un problème, mais pour donner un semblant de réflexion à des décisions déjà prises.

D'autre part, on notera aussi la méthode de la carotte, censée mettre à mal les critiques : en concédant des avancées qui n'en sont pas, on stigmatisera les opposants accusés de ne pas vouloir plus de droits.

Or, ces droits n'en sont pas : accroître le rôle des avocats en garde à vue, c'est surtout donner un strapontin pour lequel il n'existera jamais le financement : 80 % des gens qui sont concernés par une affaire pénale sont éligibles à l'AJ...

Et puis, on sait déjà que l'avocat n'interviendrait que passées quelques heures (12 heures, sauf erreur), les plus importantes.

Au surplus, dire que l'on diminuerait le nombre de gardes à vue (on comprend l'intérêt économique de la mesure...) en les limitant à certains délits ou crimes, c'est dire une chose incompréhensible : théoriquement, la garde à vue n'existe que parce qu'elle est un système le plus protecteur possible. Alors si l'on ne place plus en garde à vue, est-ce à dire que l'on méprise les droits de ceux qui ne seront plus placés sous ce régime et pour lesquels l'avocat n'interviendra plus ?

Enfin, l'argument du juge qui est à la fois juge et enquêteur est fallacieux. Car le procureur qui d'organe de poursuite devient aussi instructeur (à charge), n'est-ce pas un hybride non plus ?

Et si tous les juges d'instruction n'ont pas la rigidité et les certitudes d'un Burgaud, malheureusement peu de procureurs ont le réflexe de réfléchir à décharge. Du reste, ce n'est pas leur travail, il faut le leur concéder, d'où l'interrogation sur la nécessité d'une réforme allant dans ce sens.

Je passe sur le Juge d'Instruction transformé en Juge de la loyauté qui autorisera les "actes les plus attentatoires à la liberté" : d'une part, que fait-on des actes simplement attentatoires ? Nouveau pouvoir du parquet, hum ? Et, d'autre part, vu qu'il ne pourra y avoir de débat contradictoire sur la nécessité de ces opérations (on ne va quand même pas convoquer l'avocat du gars soupçonné pour lui demander son avis sur la perquisition ou l'écoute de son client...), ça va se passer comme cela se passe aujourd'hui entre le procureur, le Juge d'Instruction et le JLD pour l'éventuelle mise en détention : une discussion à trois et le gars au trou.

Quant au raccourcissment des délais de mandat de dépôt, ils n'ont qu'un but : bacler les procédures pour que le jugement intervienne avant la fin du délai raccourci. Aucune chance pour l'avocat de faire un travail sérieux de contre-enquête, lui qui n'a pas l'instrument policier à son service, sauf à accepter, d'ores et déjà, une prolongation du mandat de dépôt : kafkaïen...

Comprenons-nous bien : je ne dis pas que de réduire la durée du mandat de dépôt ce soit forcément mal, je dis juste que la perversité du système, c'est que ça empêchera des enquêtes et contre-enquêtes approfondies.

Pour la rapidité, nous avons les comparutions immédiates. Il conviendrait de s'en contenter.

Je laisse de côté le maintien du lien entre le Parquet et l'Exécutif. Tout a déjà été dit sur le risque évident de mainmise du politique sur les affaires politico-financières l'intéressant.

Par laurent.epailly le 27/08/09
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Je lis, ce matin, cette annonce de l'AFP, dont voici un extrait :

"Un trader belge domicilié à Genève, qui se rendait au Luxembourg au volant de sa Ferrari, a été contrôlé le 20 août à plus de 245 km/h sur l'autoroute A39 sur la commune du Miroir (Saône-et-Loire), a-t-on appris samedi auprès de la gendarmerie.

Le conducteur, âgé de 44 ans, a dû s'acquitter d'une amende de 750 euros pour la consignation de sa voiture, un bolide d'une valeur d'environ 200.000 euros d'une puissance de 455 chevaux et capable d'atteindre les 320 km/h."

Voilà.

Je les ai défendu hier (les traders), parce que je n'aime pas la technique du bouc-émissaire.

Maintenant, force est de constater qu'il y en a qui les accumulent...

Ainsi, un trader (gros mot) belge ( ) habitant Genève (suivez mon regard...) se rendant à Luxembourg (suivez l'autre oeil...) au volant d'une Ferrari de 200.000 Euros et 455 chevaux (les congés payés sur bonus) pris à 245 km/h (ces gens là n'ont donc pas renoncé à la prise de risques...).

Le plus adapté, pour des gens à gros revenus, ça serait sans doute la confiscation du véhicule (et son affectation aux gendarmes d'autoroute après peinture en bleu ?) mais ce n'est pas possible.

Le code pénal prévoit que l'on peut vous confisquer votre véhicule, en peine complémentaire, pour (dans le désordre) agression sexuelle, braconnage, ivresse, viol, violences, conduite sans permis, blanchiment (peut être à gratter pour notre trader, mais il paraît que Johnny fraude légalement le fisc français en vivant en Suisse, dixit le ministre du budget), occupation illicite de terrain (ça, c'est pour les roms chez lesquels, il faut bien le reconnaître, il y a peu de traders par une sorte d'incompréhensible atavisme) ou encore exhibition sexuelle.

Mais pas pour conduite trop rapide : c'est ballot.

Donc, sauf à ce que notre trader ne conduise ivre, sur le terrain d'autrui, tout en violentant sexuellement une biche braconnée en exhibant une liasse de 500 Euros blanchis, pas de confiscation du joujou à craindre.

Une loi de circonstance, vite ?! On se les roule au Ministère ! On a été habitué à plus de célérité.

Par laurent.epailly le 26/08/09
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Le compromis trouvé autour d'une chopine entre le Président de la République et les Banquiers, réunion qui s'est sûrement déroulée dans la meilleure ambiance, est donc le suivant : on nous annonce un bonus malus sur les bonus des traders.

On passe rapidement sur le tour de passe – passe purement médiatique et sémantique : dans la tête du public, un bonus- malus implique que l'on est sanctionné financièrement lorsque l'on n'atteint pas ses objectifs.

En fait, le malus, c'est que l'on ne touchera son bonus que partiellement dans ce cas. C'est assez différent.

De toute façon, le droit du travail interdit, heureusement, les sanctions financières pour ne pas avoir obtenu les résultats escomptés : le licenciement est déjà une sanction bien assez dure.

Pour autant, cette affaire est symptomatique, une nouvelle fois, d'une politique de bouc-émissaires.

Les traders et leur rémunération ne me sont pas forcément très sympathiques, mais, tout de même, ce sont des salariés comme les autres, dont l'utilité est plus grande qu'on le pense, pas que pour le gros spéculateur, mais aussi pour le petit épargnant, ou encore pour l'Etat, puisqu'il faut bien gérer les obligations couvrant le déficit public abyssal, et dont la rémunération est contractuelle.

Leur métier n'est d'ailleurs pas facile, loin de là, soumis à des pressions intenses et constantes. Comme toujours, rien n'interdit aux jaloux de tenter de se faire une place au soleil des salles de marché.

Quant à leur rémunération, elle est certes élevée dans l'absolu, et sans doute trop élevée dans l'absolu, mais finalement assez éloignée d'une Star de cinéma ou d'un galactique du ballon rond.

Certes, on ne peut les exonérer de leur part de responsabilité dans l'emballement du capitalisme, spécialement par les risques démesurés pris par l'appât du gain (d'ailleurs, le système de bonus-malus ne change rien à ce risque...). Mais au-delà de leur intérêt propre, ils ne sont jamais que les instruments de la cupidité de l'actionnaire ou de l'épargnant, ou encore de leurs employeurs.

Le trader, c'est l'âne de la fable, « ce pelé, ce galeux, d'où venait tout le mal... ».

En bref, il y a déjà à se demander si l'Etat est bien en droit d'intervenir dans la manière dont l'on rémunère contractuellement un salarié, sans que ce mode de rémunération (je ne parle pas du montant) soit contraire à la loi ou aux bonnes mœurs.

Mais si l'on admet cet interventionnisme, alors pourquoi seuls les traders font-ils l'objet de celui-ci ? Réponse facile : parce qu'ils sont jetés en pâture comme fusibles à l'opinion publique (et ça fonctionne plutôt bien) et que parler de leur seule rémunération variable permet d'éviter de se pencher sur les rémunérations fixes indécentes, notamment, des dirigeants d'établissements financiers.

Question subsidiaire : pourquoi, alors que l'Etat croit tellement dans les vertus des Lois que dés qu'il y a un truc de travers au fin fond de la Creuse on en prend une en urgence, se contente-t-on d'accords pas bien clairs ici, comme depuis le début de la crise ?

Par laurent.epailly le 24/08/09
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Croix de bois sûrement, pour nous autres professionnels libéraux qui tombons glorieusement, le chèquier à la main, au fond des tranchées du Verdun Fiscal. Et je ne vous parle pas des "Gueules cassées", rescapées de la Somme, de la Soustraction et de l'Artois(e).

Croix de fer aussi, de première classe avec palmes, pour le Kronprinz Sarkozy qui nous a bien eu sur le coup.

Belle manoeuvre d'enveloppement par les ailes, avec rétropédalage et enfoncement du centre (mou), rien à redire techniquement.

Maintenant, je fais partie de ceux qui n'avaient pas sauté de joie en entendant cette annonce de la suppression de l'ignoble taxe professionnelle, dont je rappelle les indéniables "qualités" : elle taxe un foncier souvent déjà touché par la taxe foncière; un chiffre d'affaire TVA compris (comme la taxe incluant la TVA chez EDF...), déjà frappé par l'IRPP (sur le bénéfice...), les cotisations sociales et, bien sur, la TVA...; les investissements en matériel : plus tu investis, plus tu payes.

Et encore, avant, elle touchait même les salaires : plus tu payais tes salariés, plus tu étais taxé.

Bref, je n'avais pas sauté en l'air, vu que je me doutais bien qu'un impôt qui rapporte des dizaines de milliards d'Euros aux dispendieuses collectivités locales n'allait pas s'évaporer.

Promesse tenue : la taxe professionnelle disparaît. Bon point.

Mais,

Foutage de goule : (très mauvais point)

* la Contribution Economique Territoriale la remplace... Notez que maintenant, il n'y a plus de taxes : la Taxe Carbone devient Contribution Climat Energie et la TP, donc, Contribution Economique Territoriale. Comme si le fait de contribuer (joyeusement ?) allait faire mieux passer la vieille pilule d'être Taxé... Mal aux fesses pareil.

A quand la Contribution Economique Valorisée, au lieu de la TVA ? Et la Contribution Solidarité Revenu, au lieu de l'impôt sur le revenu ?

* l'assiette : avant, trois éléments taxés, soit investissement, foncier et chiffre d'affaire (TVA comprise).

Aujourd'hui, foncier et chiffre d'affaire (TVA comprise).

Bénfices : seules les entreprises industrielles bénéficient de la suppression de l'assiette liée à l'investissement.

Disons que c'est bien, même si ça ne sert pas à grand chose pour une raison simple : à l'occasion de la crise, qui en a aussi été le prétexte, des dizaines de milliers d'emplois industriels ont disparu, dont on sait qu'ils sont définitivement perdus. L'emploi industriel recule sans cesse, crise ou pas. Mais encore plus pendant les crises.

Inconvénients majeurs : non seulement les professions libérales ne voient nullement leur taxation changer, si ce n'est le nom, puisque nous investissons peu dans les machines outils... mais encore, les milliards qui vont disparaître sur la part liée à l'investissement (on parle de 20 milliards, d'autres disent 11), il faudra bien les reporter ailleurs.

Or, ailleurs, c'est forcément sur les deux autres assiettes. CQFD.

P.S : J'oubliais. On dit aussi qu'une partie de feu la taxe carbone, donc la Contribution Climat Machin, qui sera payée par les pollueurs (donc, outre la vache à lait automobiliste, les industriels et transporteurs, gros pollueurs qui vont donc bénéficier de l'allègement lié à l'abandon de la part liée à l'investissement, vous me suivez ?) servira à compenser partiellement cet allègement. Cohérent, non ?

aoû
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Saint Kitt's

Par laurent.epailly le 20/08/09
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et non pas Nevis, mais Kit anti-suicide.

Pardon pour le jeu de mots, mais de mon séjour en Guyane, j'ai conservé la légitime et inutile fierté d'avoir appris absolument le nom de toutes les îles des Antilles (et il y en a...). Et puis, je ne résiste jamais à un calembour, même mauvais.

Bref, tout ceci pour introduire les kits antisuicide en prison.

En fait, je vais peux être décevoir, mais je ne critique pas a priori : après tout, il vaut mieux faire ça que rien et le pyjama en papier réanimera peut être une papeterie vosgienne moribonde.

Disons qu'en ce qui concerne ce sujet, il faut s'en doute éviter, comme souvent, de gouler d'abord par principe ou suivisme, et de réfléchir après.

Déjà, il faut bien se dire que le suicide n'est pas interdit, c'est même une sorte de liberté suprême de l'Homme (ce qui embête bien la Religion, donc, puisqu'en se sucicidant, on se "prend" pour Dieu, en quelque sorte) et c'est, parfois, la libération par lui même du prisonnier (ce qui embête le juge, la victime et l'administration).

Alors il est bien étrange que l'on veuille quasi interdire le suicide à ceux qui sont dans les murs et laisser ceux du dehors agir à leur guise.

Et puis, on ne peut exclure, pour certains, que devant la gravité du crime (notion relative, car l'auteur d'un crime atroce, sans morale, se tuera bien moins souvent que le petit comptable honnête qui a dérapé un jour), face à la solitude et leur conscience, certains se suicident.

Tout cela, on n'y peut rien.

Mais j'en reviens à cette quasi interdiction du suicide, cette sorte d'obligation de résultat que l'on fait peser sur le surveillant de prison et, presque, sur le détenu ("salaud de détenu suicidaire!", aurait dit Coluche).

Je crains, pour tout dire, que ce n'est pas l'amour de l'homme qui la guide.

Déjà, on sait que le délinquant, la "racaille", n'a pas bonne presse au sommet de l'Etat. Et il est rien moins que certain que l'on y vive le suicide des détenus comme une catastrophe humanitaire.

C'est donc que l'on répond à des considérations plus immédiates : l'opinion publique, même si elle est plutôt hostile au délinquant (et il y a, objectivement, peu de raison de lui être reconnaissant), a majoritairement la pitié du fort pour le faible (et parce que, aussi, 80 % de la population vit mal). Pour la plupart, hormis les extrêmistes, les gens ont une approche équilibrée : pas de détention 3***, mais un minimum de dignité, quand même. Et cette préoccupation a rencontré, comme souvent, un lobby d'intellectuels perpétuellement en recherche d'une cause, des sortes de Lancelot à Graal mutant.

Et les "petites gens", ce n'est pas péjoratif, savent bien pourquoi les autres gens se suicident en prison : certains pour les raisons susévoquées. Les plus nombreux, parce qu'ils ne sont pas préparés à la prison et sa brûtale réalité (même s'ils n'ont pas souvent rien fait, je vous l'accorde...), parce que la promiscuité, parce que la maltraitance (y compris et surtout par d'autres prisonniers), parce que les mandats de dépôts qui durent, parce que la justice lente...

Alors, le prisonnier référent qui accueille le nouveau, c'est très bien.

Le kit anti-suicide, c'est bien.

Mais le pyjama en papier ne doit pas être fait avec l'arbre qui cache la forêt : tu peux toujours construire quelques milliers de places de prisons (privées, manquent plus que des surveillants privés...), ça n'empêchera pas qu'avec 10.000 prisonniers en trop aujourd'hui, plus les 82.000 dehors qui attendent leur tour et les centaines chaque semaine qui ramassent une peine plancher, ajouté au fait qu'il n'y a, le plus souvent, qu'une poignée de surveillants pour plusieurs centaines de détenus, nos prisons se rapprochent inexorablement du standart des pénitenciers sud américains : surpeuplement, caïdat, administration parallèle, insalubrité, exactions.

On mesure le degré d'une civilisation au sort qu'elle fait à ses enfants, ses vieillards, ses handicapés, ses chômeurs, ses prisonniers, aussi, tous ceux que la tentation est toujours grande de taxer de parasitisme, mais pour lesquels, aussi, il faut éviter la culpabilisation exagérée.

Il y a du boulot.