laurent.epailly

Par laurent.epailly le 28/01/11
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Il y a des jours, je n'aimerais vraiment pas être conseiller de Président de la République.

Rappelez-vous, il y a 10 jours à peine, l'excuse officielle et présidentielle pour expliquer notre retard à l'allumage pour soutenir le peuple tunisien contre son dictateur, c'était que, puisque nous étions l'ancienne puissance tutélaire, ça aurait été mal venu, complications interfamiliales, un peu, tout ça, tout ça, comme en Algérie, d'ailleurs.

Bon. Admettons, l'argument a un peu de sens historique.

Mais alors l'Egypte ?

Il me semble que la présence tutélaire française s'y résume au régiment des dromadaires (voir photo), au fameux "Du haut de ces pyramides, 40 siècles vous contemplent", à Champollion et sa pierre de Rosette (ce n'est pas un saucisson...) et à l'obélisque de la Concorde.

Cela fait léger pour du tutélaire.

Alors, c'est quoi l'excuse aujourd'hui ?

Par laurent.epailly le 24/01/11
Dernier commentaire ajouté il y a 10 années 9 mois

Ce doit être la journée, mais je suis exaspéré.

Exaspéré de lire dans la presse, depuis quelques jours, le roman-feuilleton de cette malheureuse jeune femme disparue en Bretagne et pour laquelle on est malheureusement en droit de craindre le pire.

Agacé jusque là, pour être précis, par la palinodie habituelle :

* d'abord, une jeune femme disparaît, forcément, de manière inquiétante

* et puis, on te balance la mobylette renversée, les traces de sang...

* puis le type louche, repris de justice, puis on affine, violent et violeur récidiviste

* miracle ! Un espoir : un gant et un soutien-gorge (dediou, un soutien gorge...) dans une cabine téléphonique.

* déception : le soutien gorge est d'une autre (faudra quand même mener une enquête, ce n'est pas naturel un soutif dans une cabine téléphonique...)

* et on fouille et refouille les trous d'eau...

* et on suppute doctement

* et on la prénomme, Laëtitia, afin que toute la France adopte, se sente concernée

Et enfin, ce qui m'a finalement exaspéré, le titre : "Les parents de Laëtitia sont à bout !".

Et bien je les trouve admirables, moi, parce que, à bout, il y a longtemps qu'ils auraient du l'être, à bout.

Rongés d'angoisse et de culpabilité, il faut encore qu'ils subissent les déballages incontinents du net, pissant à jets continus des informations contradictoires, non vérifiées, par des journaleux conscients que, sur le net, 5 minutes de retard, c'est une éternité : alors mieux vaut écrire une sottise le premier, plutôt qu'une vérité le dernier.

Et les commentaires gras, suant l'aigreur.

Ceux qui profitent, invariablement, pour demander la peine de mort.

Ceux qui dégoulinent de bons sentiments, mièvres, doucereux, écoeurants comme une pâtisserie trop riche.

Ceux qui discutent, qui ergotent, pseudo-scientifiquement, sur les mérites comparés de la bouteille ou du tuba pour fouiller un trou d'eau...

Ceux qui croient détendre l'athmosphère avec une vanne à la mord-moi-le-noeud, croyant faire de l'humour noir, quand il ne font que révéler la noirceur de leur égoïsme.

En cherchant bien, il y a même ceux qui seraient presque jaloux de cette soudaine notoriété qui les fuit, eux, sans raison pensent-ils : syndrome loft story, alors, après quelques vagues condoléances par anticipation, ils te déballent le panari du petit dernier, ou la fois où ils ont eu si peur, ne le retrouvant que au moins après un quart d'heure de recherches, dans la cabane au fond du jardin...

C'est qu'avec tous ces détraqués et la justice gauchiste et les politiques complices, on a peur, nous les honnêtes gens.

Et toute une partie de la France d'attendre, haletante, demain peut être, les détails du viol présumé, la façon de tuer, si elle a beaucoup souffert.

Et bien non. Les parents ont raison d'être à bout.

Nous avons le droit de connaître les grandes lignes, mais qu'on nous épargne les détails. Qu'on leur épargne les détails.

L'affaire semble inégale : d'un côté, des millions de gens avides; de l'autre, deux parents, un frère, une soeur, je ne sais. pas grand monde, en proportion.

Et pourtant, le respect du à ces quelques uns devrait permettre que l'on cesse ce déballage indécent pour la satisfaction des bas instincts du plus grand nombre.

Par laurent.epailly le 24/01/11
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Voilà. C'est comme ça.

Ce matin, j'arrive dés potron-minet au Palais et les avocats bruissent déjà. Pas le temps de franchir la porte que l'on t'assène la nouvelle.

Monique est partie, ce week end, sans prévenir, par surprise, nous laissant le coeur ballant.

Jusqu'à Madame HEBRARD, présidente de la Chambre de la Famille qui, découvrant la nouvelle sur un petit papier que quelqu'un lui fit passer, leva l'audience d'appel des causes un bon moment, avant de revenir, manière que l'humain s'exprime dans le cours administratif des choses.

Il y avait un moment que je ne l'avais pas vue. J'avais cru comprendre qu'elle envisageait de remiser la robe et de voyager, comme beaucoup de nos anciens, pourtant pas si vieux, ayant prêté serment dans les années 70. Tenaces mais déboussolés par un métier qu'ils ne reconnaissent plus, eux qui tenaient le leur des ténors de la 4° République.

Monique, c'était une fille du Sud, franche, loyale, joviale, à la gouaille gourmande.

Je crois que je lui ai dit, ou qu'elle a compris, j'espère, que j'aimais qu'elle soit mon adversaire, et, plus généralement, ma consoeur.

On ne dit jamais assez du bien des gens qu'on aime quand ils sont vivants.

Parce qu'on n'ose pas, qu'on est habitué, ou encore aigris. Parce qu'on est con.

Demain matin, j'ai fait renvoyer deux dossiers : qu'on ne m'en veuille pas, nous les gagnerons un peu plus tard, mais l'amitié a cette dernière exigence d'accompagner les chères dépouilles, afin qu'elles ne traversent pas seules le froid, la nuit et le silence.

Par laurent.epailly le 23/01/11
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On nous prend vraiment pour des truffes.

Rappelez-vous, en plein débat sur les retraites, Notre Président nous vendait des "concessions" qui avaient été, en fait, déjà décidées en haut-lieu : la prise en compte de la pénibilité permettant le maintien de l'accès à la retraite à taux plein à 60 ans, soumise au constat d'une incapacité fonctionnelle de 20% (10.000 personnes concernées), pourrait passer à 10% (30.000 personnes concernées).

Ce n'était déjà pas si extraordinaire comme concession, sauf que l'on n'avait pas lu les petites lignes...

Celles-ci sont apparues sous la forme d'un futur décret qui met en oeuvre ce fameux "droit nouveau".

Les conditions sont rudes et, sans doute, inatteignables au plus grand nombre (un peu comme le RSA "jeune" dont les conditions d'accès sont tellement draconniennes qu'il ne concerne que 5.000 jeunes sur les 160.000 prévus...) : non seulement, il faudra justifier de 10% d'AIPP dans la même maladie professionnelle ou le même accident du travail , mais encore, il faudra avoir été exposé 17 ans consécutifs à des facteurs de pénibilité dans le même métier ...

Mon conseil, mais il va falloir jouer serré : après 17 ans de travail sur un chantier, sans avoir été licencié, et à condition de ne pas être trop loin de votre retraite parce que le handicap c'est enquiquinant pour travailler, visez l'écrasement en une fois de votre pouce de la main non diretrice.

Evitez les petits accidents successifs : ça fait mal et vous ne pourrez pas cumuler les taux d'incapacité...

Franchement, à ce stade de rouerie, le gouvernement aurait eu mieux fait de supprimer carrément la possibilité de partir deux ans avant l'âge légal en dessous de 20% d'incapacité. Les salariés méritent plus de respect.

Par laurent.epailly le 17/01/11
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Notre "grand ami" Tunisien s'en est allé.

Pas grand monde ne le regrettera (j'avais écrit naguère ce que je pensais de ce président très autoritaire et des grâces et palinodies qu'on lui faisait) et, manifestement, encore moins chez ses anciens amis. C'est une divine surprise, peut-être le premier domino.

Je sais bien que ce que je vais écrire ne sera pas partagé par le plus grand nombre (mais, comme je le dis souvent au cabinet, ce qui compte pour le client, ce n'est pas que son avocat soit d'accord avec la majorité, mais qu'il soit d'accord avec lui), mais franchement, jusque dans quels tréfonds pouvons-nous encore tomber ?

J'avoue ma perplexité : chaque fois, à chaque reniement non pas de la parole de la France, mais de la France elle-même, je me dis qu'on a touché le fond...

Que nenni. Dussions-nous creuser à mains nues dans la roche que nous continuerons à enfoncer l'étendard de la France, le fameux drapeau qui "a fait le tour du Monde avec nos Libertés et nos Gloires".

Prenons donc le cas de BEN ALI, qu'hier encore, Notre Président embrassait à quasi bouche que veux-tu, qui était notre grand ami, auquel, après 70 morts sous les balles, nous proposions dans un geste d'une indécence inoüie (et maladroit par ailleurs) de prêter nos forces de l'ordre et leur expérience pour mater le peuple en route vers la Liberté, mais dans l'ordre, avec maîtrise, et juste à coups de tonfas, tasers et autres gom cognes...

Preuve, s'il en était besoin, que la Liberté du peuple Tunisien nous importait bien moins que le maintien au pouvoir de notre grand ami BEN ALI.

Et à peine celui-ci envolé, vers Malte puis la France (faut pas nous raconter d'histoires, il venait en France), notre grand ami devient ce pelé, ce galeux, cet intouchable. Pierre reniant Jésus avant le chant du coq, mais Pierre, comme l'Abbé, était un Saint...

Jusqu'à sa petite-fille, dont j'ignore l'âge, le degré d'implication, bref, l'innocence, que nous annonçons déjà comme "n'ayant pas vocation à rester chez nous".

Jusqu'à ses avoirs gelés en quelques heures, quand depuis des dizaines d'années on n'y arrive pas avec quelques dictateurs noirs de la françafrique.

En à peine deux heures, la France peut ainsi passer du soutien le plus aveugle à un semi-dictateur, à son lâchage au-dessus de la mer ?

Ecraser la tête d'un homme qui vient, de surcroît, de rouler à terre ? Le dépouiller même d'un bien mal acquis ? Un peu comme ces collabos qui furent les premiers à tondre quelques malheureuses qui avaient le coeur français mais le cul international, afin de se donner à bon compte un brevet de résistance.

Que l'on ne s'y trompe pas : je n'aurais pas aimé que BEN ALI vienne en France.

Mais je n'oublie pas que la France a su par le passé, afin de permettre des transitions démocratiques, mettre son mouchoir dans sa poche et accueillir tel dictateur déchu, pour ménager une sortie sans bain de sang à lui, comme à son peuple.

Et j'aurai donc compris qu'il vienne.

Je l'aurai surtout compris, puisqu'il paraît que c'était notre ami, notre grand ami, et qu'à un ami, tu ne lui demandes pas son crime, tu lui ouvres la porte d'abord, et tu vois ensuite.

Franchement, je ne comprends pas le mal que l'on fait à wikileaks : en 24 heures, on vient de comprendre à quel point, non seulement nos représentants politiques (de tous bords) sont des médiocres, mais encore des dégueulasses. Et tout ça, c'était dans la presse.

Quand tu trahis tes amis de l'extérieur, qui peux-tu encore trahir ?

Par laurent.epailly le 10/01/11
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Voyez cette affaire emblématique dans le Midi Libre de ce jour :

http://www.midilibre.com/articles/2011/01/09/A-LA-UNE-Elle-ebouillante-s...

Pour la petite histoire, il faut savoir que, tant le Parquet, que le Juge d'Instruction, avaient écarté des circonstances aggravantes, la possibilité d'une préméditation.

Ne demeuraient donc que deux circonstances aggravantes aux violences :

* avec arme par destination (la gamelle d'huile).

* sur conjoint.

Sur ce dernier point, il était pourtant évident que les parties étaient séparées depuis un certain temps, puisque Monsieur avait son home, son lit (acheté par madame, afin qu'il n'ait plus d'excuse pour squatter les lieux) et qu'il venait chercher ses dernières affaires.

Passons.

Mais le pire, c'est la préméditation : écartée par le Juge d'Instruction explicitement, la revoilà-t-elle pas qui, tel le serpent de mer, ondule entre les deux eaux du procés... D'où mon argument de départ : contrer cette notion de préméditation évoquée par la Partie Civile, le Parquet et le Tribunal, alors même qu'elle est juridiquement impossible et, j'ose le dire, intellectuellement malhonnête.

Par laurent.epailly le 04/01/11
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Grand jour, aujourd'hui, puisque je découvre la nouvelle Cité Judiciaire qui vient d'ouvrir ses portes le 3 janvier.

Elle regroupe le TI, le Conseil de Prud'hommes et le Tribunal de Commerce.

Elle est présentée comme la trosième Cité Judiciaire de Montpellier, mais il me semble qu'il s'agit de la 4° : TGI, Cour d'Appel, Nouvelle Cité et Tribunal Administratif, ça fait 4, à mon sens.

Sauf, bien sur, si l'on pinaille sur le terme judiciaire.

Nous n'étions pas pour l'exil, mais comme de toute façon c'est fait, râler ne servira à rien et autant investir positivement ce nouvel univers où des locaux décents et clairs ont été alloués à l'Ordre : une parlote digne de ce nom.

Comme le dit le proverbe : "quand on ne peut pas dire tant mieux, on dit tant pis et il en sort toujours quelque chose".

En l'occurence, le bâtiment présente bien, l'intérieur et les salles d'audience aussi.

Sans compter que le personnel du Commerce et du Prud'hommes travaillera sans doute dans de bien meilleures conditions et c'est essentiel, puisque les avocats ne sont pas les seuls à travailler dans les Palais de Justice.

Vous noterez qu'à titre personnel, j'ai la chance d'avoir mon cabinet situé à équidistance entre chacune de ces cités : preuve évidente d'un avocat équilibré...

Par laurent.epailly le 03/01/11
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C'est peu de dire que ce gouvernement (ce n'est pas le seul, mais à ce point, il faut remonter aux années 60) a la suspension facile pour "manquement au devoir de réserve". Avec des tentatives évidentes de prolongements vers les avocats (cf. affaire OTTAN) ou les journalistes.

On se rappelle du Commandant MATELLY (mettant en cause les chiffres officiels de la délinquance, donnée éminemment politique - aujourd'hui, on ne les donne plus qu'au compte-goutte), moins, sans doute, du sous-préfet de SAINTES, Bruno GUIGUES (auteur d'une tribune anti-israélienne), comme de tous les hauts-fonctionnaires plus ou moins démissionnés sous des motifs divers, mais tenant, pour l'essentiel, à une non-sarkopatibilité (25 Préfets sur 100, les derniers ces derniers mois, afin de recaser des membres de cabinets ministériels, suite au remaniement).

En revanche, l'actualité met en lumière :

* Sihem SOUID, jeune ADS suspendue pour "manquement au devoir de réserve" pour avoir dénoncé ce qu'elle estime être des faits de racisme, d'homophobie et autres abus de pouvoir ou traficotages de chiffres (puisqu'on vous le dit...) parmi ses camarades de la PAF (("Omerta dans la police" Le Cherche-Midi). Celle-ci a été lâchée en direct (à la télé, alors qu'elle était sur le plateau d'une émission...) par la HALDE alors présidée pour quelques mois par jeannette BOUGRAB, dont on comprend mieux le météoritique passage à la tête de l'institution, puisqu'elle a été nommée Ministre peu après...

Bref, elle réclame la création d'un "comité d'éthique".

* Aurélie BOULLET, suspendue pour les mêmes motifs, pour avoir été l'auteur anonyme mais démasqué du best-seller "Absolument dé-bor-dée" (Albin Michel), laquelle reprend ses fonctions aujourd'hui.

Il est clair qu'en l'occurence, ces deux suspensions n'ont pas grand chose à voir avec le devoir de réserve : c'est comme les enregistrements BETTENCOURT, c'est vrai, ou c'est faux.

La question philosophico-juridique est importante : si les faits dénoncés sont vrais (s'ils sont faux, la question ne se pose guère, puisqu'on se situe dans la diffamation), en quoi dénoncer des malversations est un manquement au devoir de réserve ?

Tout cela pour vous dire que, dans le journal quotidien "La Croix" de ce jour (papier, mais pas internet sauf l'article concernant Sihem SOUID) vous trouverez un excellent dossier sur cette importante question du devoir de réserve (et ses prolongements dans le privé) sous les plumes de Jean-Baptiste FRANCOIS et Yann BOUCHER, avec comme "experts" interrogés pour éclairer la question, l'ancien Ministre Anicet LE PORS et votre serviteur.

Bonne lecture.