laurent.epailly

Par laurent.epailly le 31/05/11
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Aujourd'hui, l'Assemblée Nationale a repoussé un amendement visant à inscrire, dans la carte vitale, l'acceptation ou le refus d'un prélèvement des organes de l'assuré social, en cas de décés de sa part.

Le rapporteur de la Loi, Jean Léonetti, a considéré que cet amendement aurait conduit à créer une liste publique de ceux qui refusent le don d'organe, de nature à leur porter préjudice.

En effet, la Loi prévoit, actuellement, que sauf à être inscrit sur une liste secrète du refus, chacun est présumé accepter les dons d'organes.

Mais, en pratique et pour éviter toute difficulté, les équipes de soin ont pris l'habitude de solliciter les parents proches du défunt, afin de recueillir leur consentement.

Ce qui ne manque pas d'entraîner de très nombreux refus, explicites ou implicites :

1. parce que les familles sont rarement dans des dispositions d'esprit leur permettant de prendre une décision sereine sur la question

2. parce que les familles peuvent ne pas être unanimes sur la question.

3. parce que les greffons ont, de toute façon, une durée de vie limitée.

C'est la raison pour laquelle, pour doubler une Loi manifestement imparfaite sur la question, les volontaires du don, en cas de décés, ont pris l'habitude, comme moi, de porter une carte exprimant leur souhait de donner, de manière non ambigüe.

Mais, pour ma part, je pense que l'on ne peut pas être d'accord par défaut sur une telle question, non plus que le refus doive s'inscrire dans un acte négatif (l'inscription sur une liste du refus).

Il me semble qu'une occasion doit être saisie de créer un fichier positif où les volontaires iront s'inscrire, avec une bonne campagne de communication à la clé et des formalités réduites.

On pourra aussi prévoir qu'une inscription puisse ne pas être définitive.

Par laurent.epailly le 31/05/11
Dernier commentaire ajouté il y a 10 années 4 mois

Bon, d'accord, dit comme ça, ça fait un peu brut.

Mais ne fut-elle point brute ?

Vous connaissez l'affaire qui bruisse partout : une vendeuse (j'ai horreur du terme "petite vendeuse", c'est une manière de mépris à leur égard) d'un magasin de Nancy licenciée pour faute grave après un incident avec Nadine MORANO, cliente éphémère.

De ce qu'elle raconte, en voici le récit, après avoir compulsé plusieurs sites (rue 89, Le Figaro, le Monde, Juan sarkofrance) :

Albane, 36 ans, responsable du stand Kookaï, raconte :

« En plaisantant, un de mes collègues a affirmé qu'il pourrait le mettre en deux temps, trois mouvements par terre [NDLR, le "gorille" de Madame MORANO].

On arrivait alors devant la porte de service qui mène aux coursives du Printemps. J'ai répondu que pour se mesurer à lui, il fallait d'abord casser la gueule à Mme Morano. »

La ministre se trouvait juste derrière à ce moment-là. Albane et ses collègues restent interdits :

« On ne l'avait pas vue, elle n'a entendu que la fin de la discussion. Elle s'est énervée et a rétorqué : "Allez-y si vous voulez me casser la gueule, je vous en prie, je suis là.»

S'ensuivit une explication orageuse, devant la direction convoquée par la Ministre.

La jeune vendeuse s'excusant, à deux reprises, la ministre Morano répliqua : « Je n'en ai rien à foutre mademoiselle ! Vous n'aviez qu'à mesurer vos propos. Si j'avais été votre employeur vous auriez été licenciée sur-le-champ ! »

Nonosbtant ces excuses, la jeune femme fut licenciée pour faute grave peu après.

Les avis divergent donc à partir de là.

La vendeuse y voit la main de Nadine MORANO.

Nadine MORANO se fend d'un communiqué disant qu'elle n'y est pour rien dans le licenciement.

Naturellement, vous vous doutez que les commentaires sont raremement équilibrés : les uns conspuent MORANO, les autres trouvent normal le licenciement.

La majorité conspue quand même...

A mon sentiment, je pense qu'il faut faire la part des choses.

* la parole est malheureuse, c'est incontestable, qu'il s'agisse de MORANO ou d'une autre cliente. S'agit-il pour autant d'une faute grave ? Il faut se méfier, dans le commerce, maltraîter un client, c'est un péché mortel...

* il n'est pas établi, ni certain, que Nadine MORANO soit directement intervenue pour faire licencier cette jeune femme.

* en revanche, il y a, déjà, un élément qui ne lui donne pas le beau rôle : convoquer la direction pour humilier publiquement - car il s'agit bien de cela - cette vendeuse, en exigeant des excuses publiques (et pourquoi pas lui lècher les pieds, aussi ?) est des plus dégôutant.

Cela fait penser à ces rombières qui pourrissent la vie des hôtesses de caisse dans n'importe quel supermarché.

C'est, en tout cas, déjà limite pour un Ministre de la République, qui est déjà censé avoir le cuir épais face aux attaques des politiciens adverses.

Mais là, on a voulu montrer son importance, faire sa Majesté, quand une petite explication entre quatre yeux eut suffi, sans faire déplacer le Charles de Gaulle...

Minable.

* quant au licenciement, je ne pense pas que Nadine MORANO l'ait explicitement demandé. Mais l'inconvénient chez les commerçants, c'est leur servilité à l'égard du client : il est à craindre que l'esclandre de la bougresse ait convaincu la direction de devancer l'appel...

Pour ma part, je tenterais la contestation devant le Prud'hommes : déjà, la faute grave, ça se discute.

Mais, plus encore, l'admonestation MORANESQUE et publique peut sembler une sanction suffisante, d'autant que la direction était là.

Ca se tente, surtout avec la côte d'amour de la Ministre...

Bref, pour résumer : on ne cassera pas la gueule à Nadine MORANO sur le coup, au bénéfice du doute, mais on remarquera, avec mépris et consternation, l'inélégance rare de la dame.

P.S : d'ailleurs, avant de conspuer MORANO (qui le mérite), certains feront bien de se rappeler que, quoi que citoyens ordinaires, ils affichent parfois le plus parfait mépris du personnel des magasins. Quand on a un petit pouvoir, qui est celui du pouvoir d'achat (même s'il se restreint - mais à l'AJ, il n'y a pas que des gens polis non plus), on se rassure parfois à bon compte sur son insignifiance.

D'autre part, je vous mets une photo sympa de vous, Madame la Ministre, parce que je suis convaincu qu'avec un peu d'effort, et quelques excuses publiques aussi, tant qu'à faire (et puis, pour le coup, vous pourriez user de votre influence pour la faire réintégrer dans son poste), vous pouvez aussi avoir du charme.

mai
31

Merci.

Par laurent.epailly le 31/05/11
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Tout simplement merci.

Parce que sur la série concernant le 140° anniversaire de la Semaine Sanglante, vous avez été nombreux à venir, en catimini (il ne faut pas être timides...), me poster un mail privé pour me dire que c'était, finalement, une bonne idée.

Je retiens, surtout, que la plupart disent avoir changé leur regard sur cet évènement qui est un drame fondateur de notre République, dont les implications sont encore présentes aujourd'hui.

Ce n'est pas une question d'être de droite ou de gauche, c'est une question de bonne foi et d'ouverture.

D'autant que beaucoup d'entre-nous ont sans doute dans leur arbre généalogique, un ancien communard ou un ancien lignard de Thiers.

C'est notre histoire : il faut la prendre comme elle est, sans la réinventer parce que tel ou tel aspect ne nous plaîrait pas.

Je pense donc que nous renouvellerons l'expérience, je ne sais pas encore sur quel sujet (si vous avez des idées, je suis preneur).

En attendant, revenons au droit, ou à l'actualité autour du droit, ce pourquoi nous sommes là.

Par laurent.epailly le 28/05/11
Dernier commentaire ajouté il y a 10 années 5 mois

Ce 28 mai, c'est la presque fin de la Commune.

Presque fin, parce que si les Versaillais prennent Belleville (qu'ils ont incendié à coups de boulets rouges - mais on accusera la Commune - et puis, Belleville, ce n'est pas grave : c'est plein de peuple dedans, pas comme dans le 16°...) et les Buttes Chaumont comme une formalité, le Fort de Vincennes, hors des murs, ne tombera que le lendemain (là encore, grâce aux Prussiens qui n'allaient pas partir sans s'amuser un peu).

Les 9 officiers commandant le Fort sont livrés aux Versaillais et aussitôt fusillés.

L'un deux clame au chef du peloton d'exécution : " Tu dis que j'ai peur ? Tâte mon pouls, tu verras si j'ai peur !"

J'aime bien le côté bravache devant la mort : tant qu'à y passer de manière inexorable, autant réussir sa sortie.

C'est d'ailleurs ce que fera la dernier communard de la dernière barricade, celle de la rue Ramponneau : pendant une poignée d'heures, il va tenir, seul sur sa barricade, brisant par trois fois, d'un tir précis, la hampe du drapeau tricolore en face et défendant le dernier drapeau rouge flottant sur Paris.

Selon une tactique éprouvée, il abat le moindre gallonné : ça refroidit les autres. Ca refroidit les uns aussi, notez.

Du reste, on a un autre exemple de cette sorte : Hongrie, Budapest, 1945. Un Honved Hongrois va tenir pendant 3 jours, seul, une tranchée face à l'Armée Rouge, rien qu'en abattant systématiquement tous les officiers soviétiques d'un tir précis.

Sans chef, le soldat est désemparé (et parfois soulagé de l'alibi...).

Il finit par tomber, courageusement submergé par le nombre. L'histoire n'a pas retenu son nom, il me semble.

C'est, un peu, le soldat inconnu de la Commune.

Quant à Varlin (bein oui, Varlin : vous avez dit, il y a trois jours, qu'il allait être mal récompensé)...

Quant à Varlin, vous vous souvenez qu'il avait essayé, en vain, de sauver les otages religieux de la rue Hoxo, fusillées par les Communards.

Varlin est seul, ce matin du 28 mai.

Il ne se cache même pas.

Assis sur le bord d'une fontaine, il est reconnu par un prêtre.

Le prélat hésite une minute ( vous savez, comme quand Milou hésite entre le Milou diablotin et le Milou angelot, dans Tintin au Tibet), et, finalement, va voir l'officier d'une patrouille qui passait là. Il désigne Varlin d'un doigt, dont il n'est pas sur qu'il soit le doigt de Dieu.

Varlin est arrêté aussitôt. La rumeur se répand. La foule devient multitude. La multitude devient stupide.

Les dames ne sont pas les moins haîneuses : c'est malin, haïr quelqu'un qui venait de leur donner l'égalité...

Vous attendrez jusqu'en 1964, ça vous fera les escarpins. Après tout, vous ne deviez pas être pour rien, dans votre asservissement.

Puisque l'on a le droit avec nous, on ne s'embarrassera pas d'un procés.

Varlin doit périr, mais où ?

Rue des Rosiers ! Rue des Rosiers ! Clame la foule.

Il faut donc en finir, là où tout a commencé; là où la Commune naissante fusilla les généraux Lecomte et Thomas.

Varlin est donc exhibé, fait son chemin de croix sous les crachats, les coups, les insultes.

On le fusille. On dit qu'on l'a achevé à coups de crosses de fusils.

Voilà. C'est fini.

Il reste à prononcer 10.000 jugements, dont encore quelque condamnations à mort, des déportations en Nouvelle-Calédonie, s'joutant aux 10.000 morts au combat et 20.000 fusillés sans jugement.

Il reste à remiser l'armement d'une "des plus magnifiques armées que la France ait connue" (dixit Thiers) qui aura été, telle la Milice de Darnand, bien plus efficace à tuer des Français qu'à combattre les Prussiens.

Il reste à amnistier les Communards plus de dix ans après (pour la réhabilitation, j'espérais bien un geste, un mot, de Nicolas le futur papa - mais ça n'entrait pas dans le programme du G8, manifestement).

Il reste à relever les victoires posthumes de la Commune :

* l'école gratuite, laïque et obligatoire en 1884

* la loi de 1884 sur les accidents du travail

* la séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905

* le droit de vote des femmes en 1944

* leur émancipation complète en 1964

* la Justice gratuite (qui ne l'est plus, merci Nico et les timbres fiscaux à 8,84, 35 et 150 Euros...)

* le programme du CNR, largement inspiré

Pour l'égalité de salaire hommes/femmes, prière d'attendre un peu : ça ne fait que depuis 1871 que ça a été voté.

Quant au travail de nuit (maintenant accessible aux femmes...) à l'heure du travail forcé le dimanche...

Et il reste à délivrer ce message anachronique d'Eugène Pottier (celui de l'Internationale) :

On l'a tuée à coups de chassepot,

À coups de mitrailleuse

Et roulée avec son drapeau

Dans la terre argileuse.

Et la tourbe des bourreaux gras

Se croyait la plus forte.

Refrain

Tout ça n'empêche pas Nicolas

Qu' la Commune n'est pas morte.

Tout ça n'empêche pas Nicolas

Qu' la Commune n'est pas morte !

Comme faucheurs rasant un pré,

Comme on abat des pommes,

Les Versaillais ont massacré

Pour le moins cent mille hommes.

Et les cent mille assassinats,

Voyez ce que ça rapporte.

On a bien fusillé Varlin,

Flourens, Duval, Millière,

Ferré, Rigault, Tony Moilin,

Gavé le cimetière.

On croyait lui couper les bras

Et lui vider l'aorte.

Ils ont fait acte de bandits,

Comptant sur le silence.

Achevez les blessés dans leur lit,

Dans leur lit d'ambulance

Et le sang inondant les draps

Ruisselait sous la porte.

Les journalistes policiers,

Marchands de calomnies,

Ont répandu sur nos charniers

Leurs flots d'ignominie.

Les Maxim' Ducamp, les Dumas

Ont vomi leur eau-forte.

C'est la hache de Damoclès

Qui plane sur leurs têtes.

À l'enterrement de Vallès,

Ils en étaient tout bêtes

Fait est qu'on était un fier tas

À lui servir d'escorte

C' qui prouve en tous cas Nicolas,

Qu'la Commune n'est pas morte.

C' qui prouve en tous cas Nicolas,

Qu'la Commune n'est pas morte !

Bref tout ça prouve au combattant

Qu' Marianne a la peau brune,

Du chien dans l' ventre et qu'il est temps

D'crier vive la Commune !

Et ça prouve à tous les Judas

Qu'si ça marche de la sorte

Ils sentiront dans peu nom de Dieu,

Qu'la Commune n'est pas morte.

Ils sentiront dans peu nom de Dieu,

Qu'la Commune n'est pas morte !

Par laurent.epailly le 27/05/11
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Le 27 mai 1871, les Versaillais poussent leur avantage et parviennent aux portes du cimetière du Père - Lachaise, dans le 20° Arrondissement.

On va combattre parmi les tombes et Alphonse DAUDET (celui du Moulin) rapporte l'affaire :

"Ah ! je ne l'oublierai jamais ce soir de paye. En bas, Paris flambait, l'Hôtel de ville, l'Arsenal, les greniers d'abondance. Dans le Père-Lachaise, on y voyait comme en plein jour. Les fédérés essayèrent encore de se remettre aux pièces ; mais ils n'étaient pas assez nombreux, et puis Montmartre leur faisait peur. Alors ils entrèrent dans un caveau et se mirent à boire et à chanter avec leurs gueuses. Le vieux s'était assis entre ces deux grandes figures de pierre qui sont à la porte du tombeau Favronne, et il regardait Paris brûler avec un air terrible. on aurait dit qu'il se doutait que c'était sa dernière nuit.

“ A partir de ce moment, je ne sais plus bien ce qui est arrivé. Je suis rentré chez nous, cette petite baraque que vous voyez là-bas, perdue dans les branches. J'étais très fatigué. Je me suis mis sur mon lit, tout habillé, en gardant ma lampe allumée comme dans une nuit d'orage... Tout à coup on frappe à la porte brusquement. Ma femme va ouvrir, toute tremblante. Nous croyions voir encore les fédérés... C'était la marine. Un commandant, ,des enseignes, un médecin. Ils m'ont dit :

- Levez-vous... faites-nous du café. Je me suis levé, j'ai fait leur café. on entendait dans le cimetière un murmure, un mouvement confus comme si tous les morts s'éveillaient pour le dernier jugement. Les officiers ont bu bien vite, tout debout, puis ils m'ont emmené dehors avec eux.

“ C'était plein de soldats, de marins. Alors on m'a placé à la tête d'une escouade, et nous nous sommes mis à fouiller le cimetière, tombeau par tombeau. De temps en temps, les soldats, voyant remuer les feuilles, tiraient un coup de fusil au fond d'une allée, sur un buste, dans un grillage.

Par-ci, par-là, on découvrait quelque malheureux caché dans un coin de chapelle. Son affaire n'était pas longue... C'est ce qui arriva pour mes artilleurs.

Je les trouvai tous, hommes, femmes, en tas devant ma guérite, avec le vieux médaillé par-dessus. Ce n'était pas gai à voir dans le petit jour froid du matin... Brr... Mais ce qui me saisit le plus, c'est une longue file de gardes nationaux qu'on amenait à ce moment-là de la prison de la Roquette, où ils avaient passé la nuit. Ça montait la grande allée, lentement, comme un convoi. on n'entendait pas un mot, pas une plainte. Ces malheureux étaient si éreintés, si aplatis ! Il y en avait qui dormaient en marchant, et l'idée qu'ils allaient mourir ne les réveillait pas. on les fit passer dans le fond du cimetière, et la fusillade commença. Ils étaient cent quarante-sept. vous pensez si ça a duré longtemps... C'est ce qu'on appelle la bataille du Père-Lachaise... ” Ici le bonhomme, apercevant son brigadier, me quitta brusquement, et je restai seul à regarder sur sa guérite ces noms de la dernière paye écrits à la lueur de Paris incendié. J'évoquais cette nuit de mai, traversée d'obus, rouge de sang et de flammes, ce grand cimetière désert éclairé comme une ville en fête, les canons abandonnés au milieu du carrefour, tout autour les caveaux ouverts, l'orgie dans les tombes, et près de là, dans ce fouillis de dômes, de colonnes, d'images de pierre que les soubresauts de la flamme faisaient vivre, le buste au large front, aux grands yeux, de Balzac qui regardait."

Quant à Louise Michel, qui s'est rendue parce que l'on tenait sa mère en otage, elle partira en détention à Satory avant d'être jugée.

Elle réclamera tellement la mort qu'on la lui refusera.

De sa prison, avant sa déportation en Nouvelle-Calédonie, elle envoie ce poème :

Si j'allais au noir cimetière,

Frère, jetez sur votre soeur,

Comme une espérance dernière,

De rouges oeillets tout en fleurs.

Dans les derniers temps de l'Empire,

Lorsque le peuple s'éveillait,

Rouge oeillet, ce fut ton sourire

Qui nous dit que tout renaissait.

Aujourd'hui, va fleurir dans l'ombre

Des noires et tristes prisons.

Va fleurir près du captif sombre,

Et dis-lui bien que nous l'aimons.

Dis-lui que par le temps rapide

Tout appartient à l'avenir

Que le vainqueur au front livide

Plus que le vaincu peut mourir.

Alors, si vous allez au Mur des Fédérés (classé monument historique depuis 1983), pensez à laisser un oeillet rouge.

A l'aube du 28 mai, les Fédérés ne tiennent plus que Belleville et le Fort de Vincennes (situé hors de Paris et encerclé par les Allemands)...

Par laurent.epailly le 27/05/11
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L'arrestation de Mladic par Belgrade, qui provoque des commentaires à la fois enthousiastes et mesurés en France (déjà parce que depuis DSK, on "bouffe" de la présomption d'innocence à chaque occasion et, par ailleurs, parce qu'il ne manque pas encore de quelques soutiens même chez nous) est une bonne nouvelle.

Même s'il n'est, finalement, qu'un ticket d'entrée dans l'UE pour une Serbie qui n'est pas devenue subitement démocratique pour autant.

Il sera normalement jugé par le Tribunal Pénal International pour les crimes commis en ex-Yougoslavie, des faits de crimes de guerre, crimes contre l'humanité, tentative et crime de génocide.

Cette dernière qualification est la plus discutée. Non pas que jai une tendresse pour ce sale type, mais le caractère d'élimination d'une population au regard de son appartenance ethnique est franchement discutable et même pour son principal "fait d'arme", le massacre de Srebrenica : certes, 8.000 hommes et adolescents Bosno-musulmans, environ, ont été massacrés par ses troupes après prise de la ville et tri entre les femmes et les enfants d'un côté, les hommes et les ados de l'autre, mais justement, les femmes épargnées, cela tient moins du génocide que du crime contre l'humanité, voire du crime de guerre.

Du reste, ne nous y trompons pas : comme d'habitude, son procés, s'il a lieu (et je pense que l'on est déjà la manoeuvre pour l'éviter) est moins important que la valeur de son arrestation.

D'autant que faire le procés des exactions Bosno-Serbes, ça sera aussi regarder en creux celles des Bosno-Croates (dont la filiation avec les Oustachis avait été revendiquée sans honte) et celle des Bosno-musulmans (qui n'ont pas été que victimes, du moins pour les combattants).

Pour exemple, je puis citer deux faits qui nous ont concernés directement (et qui ne sont pas secrets, puisque cités, par exemple, dans le livre de Thierry et Mary Moné : "les Burnous bleus dans les Balkans").

Lors des interventions du 1° régiment de Spahis en Bosnie, courant 1993/94 (j'y étais alors jeune aspirant), le 1° escadron puis le 3° eurent à essuyer des tirs provenant de tous côtés, serbes comme bosniaques.

Même si, à l'époque, la com' officielle demeurait discrète sur le fait.

Pour autant, c'est bien un tir bosniaque qui a atteint le Brigadier-chef Dubrulle à la gorge, juste au dessus du gilet pare-éclats, le tuant net : le 7,62 mauser, tiré à moins de 500 m, ne laissait aucune place au doute, spécialement quand on a récupéré le stock de munitions correspondantes un peu plus tard.

De la même manière, c'est l'actuel chef de corps, alors lieutenant, qui dut menacer des bosniaques de tirer au canon pour faire passer un convoi sanitaire emportant des blessés français que ces derniers bloquaient à un check-point.

C'est une vieille tradition dans la cavalerie : nous partons toujours du principe qu'un fantassin ne discute pas avec un canon de char dans l'oeil...

Je me rappelle, d'ailleurs, de son retour à Valence, car j'étais officier de permanence cette nuit là et que c'était bien la première fois que je voyais un type avec un bêret bleu sur la tête

Bref, Mladic était un combattant Serbo-Bonsiaque légitime (puisque défendant sa communauté) qui a viré facho et criminel, mais il n'a pas à endosser tous les crimes du coin, les siens étant déjà assez importants pour justifier la perpétuité.

En dessous, prise d'arme au Quartier Baquet à Valence (26), garnison du 1° Spahis.

Mon bureau donnait sur cette Cour d'honneur, avec vue sur le Massif du Vercors (ma chambre aussi, d'ailleurs, mais je le dis aux jeunes filles, je n'y suis plus depuis 1994...).

Par laurent.epailly le 26/05/11
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Le 26 mai, le Versaillais se lève tout guilleret.

La Butte aux cailles étant tombée, ainsi que le Fort du Kremlin Bicêtre, grâce à ses nouveaux amis Allemands, toute la rive gauche est sous son contrôle.

La Commune ne contrôle plus qu'un territoire à peine plus grand que Monaco : Belleville, Charonne et la Villette, soit le 11°, le 12°, le 19° et le 20° arrondissement.

Il est donc temps d'accélérer un peu les choses, afin de pouvoir bientôt rentrer pour les moissons qui sont un peu en avance cette année (cette manie de faire la guerre en mai, aussi...).

L'attaque va être fulgurante et décisive : les ponts de l'Est sont pris, le Panthéon et le Faubourg Saint-Antoine.

Dans la foulée, le 12° arrondissement tombe, tandis que, remontant par le Faubourg Saint - Antoine, les Versaillais font jonction et encerclent les défenseurs du 11°.

La moitié est fusillée tout de suite. Et puis, réflexion faite, comme il y a trop de prisonniers à ses yeux, Gallifet en fait fusiller 2.000 de plus "pour faire de la place"...

Dans tous les arrondissements repris, on poursuit la fusillade de tout ce qui sent la poudre, transporte des allumettes, de tout ce qui est blessé par balle, de tout ce qui a les mains, les habits et la sale gueule. De tout ce qui a l'air trop pauvre pour être honnête.

Dans l'empressement à bien faire, il est difficile de faire le tri et l'exhorte d'Arnaud Amaury reprend du service : "Tuez les tous...".

Pour ne pas être en reste, les Communards fusillent ce jour les 47 otages de la Rue Haxo, détenus à la prison de la Roquette, des religieux pour la plupart.

Varlin va courageusement tenter de les sauver, sur l'air du "A quoi bon ?" et de "La Commune n'est pas un assassin".

Il manquera d'être collé au mur avec ses protégés.

Il sera très mal récompensé de son intervention, comme on le verra le 28 mai...

Quoi que, d'ici là, il y aura le 27 mai.

Au soir du 26 mai, il ne reste plus à la Commune que le 20° arrondissement et une partie du 19°.

La nuit qui tombe lui laisse un dernier jour d'existence.

Par laurent.epailly le 26/05/11
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Un commentaire posté cette nuit, dont l'inélégance le dispute à la malhonnêteté intellectuelle, me conduit à vous indiquer la chose suivante.

Je reçois, régulièrement, des demandes/questions/sollicitations (rayer la mention inutile) par l'intermédiaire de ma boîte mail.

Je peux le comprendre et, souvent, il m'arrive d'y répondre dans les limites des éléments que l'on me donne : on n'est pas handicapé de son savoir et on peut rendre service.

Toutefois, rien ne m'y oblige et je m'octroie, de la même manière que j'ai le droit de choisir les causes que je veux défendre (voire les clients), le droit de choisir ceux à qui je réponds.

Et il est vrai que certains y mettent du leur pour faire en sorte qu'on ne leur réponde pas et, naturellement, doivent ensuite se répandre sur l'égoïsme des avocats.

A cet égard, voici deux exemples vécus littéralement, les situations de faits ayant bien sur été modifiées :

Premier message :

"J'ai un problème. Le père de ma fille peut-il exiger la résidence alternée?".

Second message :

"Bonjour Monsieur. Je suis très ennuyée de vous déranger, mais pourriez-vous m'indiquer si le père de ma fille peut exiger la résidence alternée ? J'ai eu des avis très contradictoires de mes amis et je doute. Je comprendrais que vous ne puissiez me répondre, toutefois. Cordialement."

A votre avis, auquel y-a-t il le plus de chances que je réponde ?

La politesse, à ne pas confondre avec les usages et l'étiquette (qui sont, le plus souvent, des facteurs d'exclusion d'un groupe social), c'est d'abord dire aux autres que l'on s'intéresse à eux autrement que pour satisfaire son propre égoïsme.

Elle peut être en partie convenue et artificielle, mais le simple fait d'en user manifeste le souci que l'on a de l'autre et, définitivement, on ne se donne pas un genre en évitant de l'utiliser, on ne fait pas un pied de nez aux conventions sociales, on se révèle juste comme on est : un goujat et un jean-foutre.

Par laurent.epailly le 25/05/11
Dernier commentaire ajouté il y a 10 années 5 mois

Montpelliéraines, Montpelliérains,

Mes Chers Confratriotes,

En cette journée hystérique où Christine Lagarde a annoncé, secret de polichinelle (dans le tiroir), qu'elle était candidate à la direction du FMI nonobstant les tintinambulantes casseroles dont son gracieux postérieur est affublé, j'annonce, pour ma part, ma candidature...

à ma réélection au Conseil d'Administration de la CARPA.

Depuis 2000, où vos suffrages unanimes me portèrent à la tête de l'UJA de Montpellier, vous m'avez assuré de votre confiance, alors que je ne vous avais fait aucune promesse et peut être grâce à cela - du moins ne vous ai-je point trompé, point menti et j'espère point déçu, comme disait quelqu'un - en m'élisant successivement, et sans discontinuer, au Conseil de l'Ordre d'abord, au conseil d'Administration de l'EFACS ensuite, puis à celui de la CARPA depuis 2005.

Veuillez noter, immédiatement, que je ne fus point cumulard, mais successif, dans ma bénévolitude.

Je ne serai pas celui qui vous promettra des rendements à 15% et la prise en charge du coût de la revue par moitié.

Je n'aurai même pas l'outrecuidance de vous dire que je suis rigoureusement indispensable au fonctionnement de l'institution.

Néanmoins, j'ai la faiblesse de penser que parmi toutes les incompétences et les suffisances réunies sur une liste de candidats, ce n'est pas la mienne que vous bifferez en premier d'un trait vengeur.

Et puis, n'oubliez pas que, depuis le temps que je suis élu, j'ai naturellement des dossiers sur tout le monde....

Ainsi, je sais qui doit un timbre de plaidoirie à 8,84 € non encore prescrit.

Je sais qui a traité Madame le Bâtonnier de... de quoi au juste ?

Je sais qui a plaidé comme un cochon, croyant qu'il n'y avait plus personne à l'audience.

Je sais des secrets d'alcôve...

Mais, naturellement, mon sens de la responsabilité - je veux dire, mon sens de la responsabilité en qualité d'élu - me retient de glisser vers les pentes savonneuses de la démagogie, du populisme et de la délation.

Je sais pouvoir compter sur vous pour pouvoir compter pour vous...

:-)

Par laurent.epailly le 25/05/11
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Le 25 mai 1871, les Versaillais vont progresser de manière décisive Rive Gauche de la Seine : ce qui reste du 13° Arrondissement est enlevé ce jour.

Seule la Butte aux cailles, telle Alamo au texas, résiste encore pour une poignée d'heures. Il est décidément beaucoup question de Buttes dans cette affaire. C'est Wroblesky qui tient la position avec 3.500 défenseurs contre 23.500 aux Versaillais. Quatre assauts sont repoussés. mais la chûte du Panthéon, qui découvre le flanc gauche, rend la situation intenable.

Hormis la Butte, la Commune ne contrôle plus que les 11°, 12°, 19° et 20 ° arrondissements, tous Rive Droite.

Elle contrôle aussi, hors Paris, le fort du Kremlin-Bicêtre, dans le secteur Allemand. Les Fédérés s'y croient à l'abri, étant entourés d'Allemands a priori neutres...

Que nenni, dans l'après-midi, 6 régiments Allemands attaquent le Fort et la garnison doit évacuer en direction du Nord par les Boulevards, sous le feu des Allemands d'abord, puis des Lignards versaillais ensuite qui viennent d'arriver sur les boulevards Sud...

Sur les barricades, la plupart de ses dirigeants sont tombés : Delescluzes (qui est allé chercher la mort sur une barricade, en redingotte et haut de forme), Valles, Dombrowski, noble Polonais qui a rejoint la Commune et en sera le seul général compétent avec son compatriote de la Butte aux Cailles..

Il y a, n'en doutons pas, une curieuse filiation entre Dombrowski, noble Polonais gagné aux idéeaux de la République sociale et Manouchian, l'Arménien de l'Affiche Rouge : aux pires instants de notre Histoire, la République a vu se lever des étrangers pour la défendre. Dombrowski donne la main à Lazare Ponticelli (notre dernier poilu) qui la donne à Manouchian.

Varlin est toujours là : il ne lui reste que 3 jours à vivre.

A noter une anecdote intéressante et terriblement révélatrice : les uniformes des deux camps se ressemblant tellement, et pour cause, d'un tacite accord (sauf la dernière journée) on ne se bat pas la nuit...

Les Versaillais sont débordés, car les prisonniers et simples suspects affluent dans des proportions insoupçonnées au début : c'est normal, remarquez, puisqu'au fur et à mesure de l'avance, on trouve de plus en plus de réfugiés des autres arrondissements poussés vers l'Est depuis le 21 mai. Le Grand Capital est toujours aussi imprévoyant...

Le fusil n'y suffit plus, il faut industrialiser, sortir de l'artisanat et de la grande tradition française du peloton d'exécution.

Le tambour, les 6 pas réglementaires, les 4 pas à droite de l'adjudant-chef, la dernière volontée, le bandeau, le curé, les commandements réglementaires... tout cela, il faut l'oublier, la situation l'exige !

On fusille donc à la mitrailleuse, on mitraille, donc, c'est plus exact.

Du moins cette mitrailleusse, arme redoutable que l'on n'a quasiment jamais su utiliser convenablement contre les Prussiens (sauf à Gravelotte et Champigny - d'où, l'expression, "ça tombe comme à Gravelotte" ) qui en étaient dépourvus, sert-elle à fusiller proprement des Français : il n'est jamais trop tard pour apprendre.

Et tout cela, bien sur, sous les exhortations de Thiers, convaincu de son bon droit : " Nous vaincrons par le Droit, pour le Droit et rien que pour le Droit"... J'hésite à le comparer, mais il y a dans notre modernité, de ces furieux qui font penser à Thiers.

Les historiens sont encore en désaccord sur ce qu'il prenait au petit-déjeuner.

Entre temps, la ville n'est plus qu'un gigantesque brasier et, pour le coup, à la question fameuse, on répond sans hésiter : "Oui, Paris brûle".

C'est là où je vous place ce poème de Hugo, un de ceux que je préfère, triste et ironique à la fois :

Sur la Barricade.

Sur une barricade, au milieu des pavés

Souillés d'un sang coupable et d'un sang pur lavés,

Un enfant de douze ans est pris avec des hommes.

-- Es-tu de ceux-là, toi ? -- L'enfant dit : Nous en sommes.

-- C'est bon, dit l'officier, on va te fusiller.

Attends ton tour. -- L'enfant voit des éclairs briller,

Et tous ses compagnons tomber sous la muraille.

Il dit à l'officier: Permettez-vous que j'aille

Rapporter cette montre à ma mère chez nous ?

-- Tu veux t'enfuir ? -- Je vais revenir. -- Ces voyous

Ont peur ! Où loges-tu ? -- Là, près de la fontaine.

Et je vais revenir, monsieur le capitaine.

-- Va-t'en, drôle ! -- L'enfant s'en va. -- Piège grossier !

Et les soldats riaient avec leur officier,

Et les mourants mêlaient à ce rire leur râle ;

Mais le rire cessa, car soudain l'enfant pâle,

Brusquement reparu, fier comme Viala,

Vint s'adosser au mur et leur dit : Me voilà.

La mort stupide eut honte, et l'officier fit grâce.