laurent.epailly

Par laurent.epailly le 24/09/13
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On se rappelle tous de cette affaire :

http://www.midilibre.fr/2013/09/20/t-shirt-je-suis-une-bombe-la-famille-...

En première instance, le Tribunal Correctionnel avait relaxé les parents et oncle.

Alors allons-y pour quelques commentaires pas politiquements corrects :

1. Midi Libre, comme d'habitude, toujours aussi approximatif (et ça prétend délivrer de l'information ) : un "Tribunal d'appel", c'est une Cour d'Appel, pignoufs.

2. Appeler son fils Jihad, parce qu'il est né le 11 septembre, que voilà une idée à la con. Il est vrai que la bêtise est partagée, depuis que la Loi de 1992, je crois, permet aux parents d'appeler leurs gamins à peu près comme ils le veulent.

Avec plusieurs tendances qui se dessinent :

- les originaux : Clafoutis ou Mégane Renaut, par exemple.

- les fâchés avec l'orthographe : Sofy ou Lorant.

- les historiques : Napoléon (mais il n'y a pas encore, je crois, de Armistice ou Austerlitz).

- les séries télés : Bryan ou Ashley (y a toujours une blonde à forte poitrine qui s'appelle Ashley dans une série US et elle a toujours plein de malheurs à raconter à sa copine brune Jenny, laquelle tractionne dans l'ombre pour lui piquer Jerry, son mec, qui est noir mais qui ne l'a dit à personne - c'est son drame personnel).

Bref, ce n'était pas bien malin d'appeler son gamin Jihad, mais on se demande ce que foutait l'officier d'Etat-Civil qui a enregistré l'acte de naissance ce jour là.

3. Le tee-shirt est encore plus con : maintenant, question vestimentaire, du très con et très vulgaire, ça court les rues et ça pique les yeux. S'il fallait arrêter tous ceux qui sont habillés comme une insulte au bon goût français (bon gout qui relève assurément de plus en plus de la légende urbaine et du fait qu'ailleurs, c'est encore pire)...

4. Objectivement, la condamnation est lourde. Je lisais qu'un gars propriétaire d'une Porsche Cayenne, chef d'entreprise, roulait sans permis du fait d'avoir perdu tous ses points en dépit de tous les stages de récupération qu'il a pu se payer sans problème (moi, je n'ai jamais perdu qu'un point - que j'ai récupéré - et ma bagnole excède sans problème toutes les limites de vitesse existantes si je veux). Le type est jugé : 1.000 € d'amende.

On dira ce qu'on voudra, il est quand même beaucoup plus dangereux qu'un tee-shirt d'aussi mauvais goût soit - il, un tee-shirt n'ayant jamais tué quelqu'un, même s'il est exact qu'un pantalon a pu conduire son bénéficiaire devant un peloton d'exécution (voir "Le pantalon rouge", film sur le début de la guerre de 14).

5. Enfin, la Mairie de Sorgues partie-civile, cela nous rappelle utilement que dans ce Vaucluse devenue terre d'élection du FN, les élections municipales sont proches...

Bref, les andouilles de parents de Jihad peuvent se renseigner ici :

http://vosdroits.service-public.fr/particuliers/F885.xhtml

Quant à la Justice, elle n'a pas été exceptionnelle sur le coup (mais bon, hein, c'est la Cour d'Appel de Nimes, aussi...).

Enfin, les commentaires des lecteurs du Midi Libre, ça ne change pas : quand on commence à devenir quasi une annexe de Minute, faut pas s'étonner si ça vire au brun qui tâche.

Par laurent.epailly le 17/09/13
Dernier commentaire ajouté il y a 8 années 3 semaines

Tiens, comme je n'ai rien écrit depuis un certain temps et suis resté calme cet été, j'ai accumulé quelques "coups de gueule" en retard.

Je vais ouvrir les vannes et lâcher tout ça ce mois-ci.

Premier coup de gueule, les stagiaires.

En ce moment, nous sommes d'ores et déjà sollicités par les stagiaires élèves-avocats qui doivent effectuer un stage de 3 semaines de découverte, puis un autre de 6 mois, dans nos cabinets.

Le tout, de façon obligatoire, sauf à redoubler...

D'aucuns s'accrochent remarquablement, manifestant déjà de premières qualités de VRP, le pied dans la porte. Il est vrai que l'enjeu est important : un stage validant une scolarité, motif qui se suffit en soi, mais qui, par ailleurs, peut éventuellement déboucher sur un emploi ultérieur.

Certes, les motifs de refus ne manquent pas et, parfois, de pertinence : le stage est indemnisé, le stage est trop long, le manque de place... Beaucoup de motifs sont légitimes.

Mais là où je bondis, c'est quand j'entends les confrères me dire (d'aucuns parce qu'ils ne veulent pas montrer qu'ils n'ont pas les moyens, et pas seulement financiers, du reste) : " Tu comprends, je ne veux pas former les concurrents"...

Ou encore, plus risible : "Je ne veux pas dévoiler la stratégie du cabinet"...

Parce que s'il y a bien un motif débile, c'est celui-là.

Il n'est même pas cynique ou égoïste - à la rigueur, ça pourrait être vrai, sur le ton du "moi j'ai été formé, mais les autres, j'm'en tape" - il est débile. Profondément débile.

C'est la marque d'un prétendu professionnel qui doute de lui-même. C'est même la marque d'une profession qui doute d'elle-même.

Naguère, après le diplome et avant que l'école d'avocats n'existe, les anciens formaient les jeunes pendant 3 ans. 3 ans de stages obligatoire.

3 ans à dévoiler tes trucs, ta stratégie et même tes vices de vieux renard de la barre.

Quand on a instauré l'école des avocats, ce que j'ai connu, c'était 2 ans de stage.

Le monde avait un peu changé : comme c'était devenu payant (pas beaucoup, mais rien d'anormal), certains maîtres de stage étaient devenus un peu cons. Enfin, c'est pareil, ils avaient pris une mentalité de patron, plus que de transmetteurs de traditions. Comme ils payaient, ils voulaient du rendement. mais bon, on continuait d'apprendre les trucs, les vices, la stratégie, toussa toussa.

Et maintenant, voilà qu'une profession de boutiquiers, de chichiteux, de faiseurs dans leur froc, ne veut plus former ses futurs concurrents...

Mais c'est qu'ils vont devoir se réveiller pépères et mémères (et je connais des quadra qui sont déjà bien pépères et mémères) : demain, il y a la publicité et le démarchage qui arrivent. Et les concurrents, ils sont déjà dans la place, vu qu'on a tous été formés ensemble.

Tu as des gens qui sont avocats, médecins, notaires et j'en passe. Qui prennent le pouls de la population, de salariés confrontés à une concurrence mondiale et soumis à des pressions insupportables, et eux, les notables, ils te regardent avec de grands yeux et ils te disent "houlalala ! Faut protéger notre pré carré ! Faut pas former les jeunes !".

Mais mon gars, si tu veux survivre, quand tu es un lapin, c'est pas en désarmant le chasseur que tu vas y arriver, c'est en devenant plus fort que lui.

J'ai coutume de dire que pour réussir comme avocat dans une grande ville (à la campagne, tu peux encore être médiocre, ça passe), il ne suffit pas d'être bon, il faut être meilleur.

Et quand tu es meilleur, tu n'en n'a rien à faire de former des jeunes, bien au contraire. Parce que tu es sur de toi et de tes compétences.

Tu es fier d'avoir transmis et de contribuer à des réussites.

Et pour le reste, tu t'en fous, parce que comme tu es meilleur, tu ne vas pas craindre de jeunes morveux auxquels tu ne cèderas ta peau que quand tu auras décidé de prendre ta retraite.

PS : soyons honnête de reconnaître que c'est toute la France qui est peuplée de gens avec une mentalité de boutiquiers, de marchands de harengs ( comme disait mon prof d'allemand qui, curieusement, était la caricature de Georges Marchais). Aujourd'hui, c'est simple, quelque soit la réforme que tu proposes, quelque soit le changement, tu poses la question, tu as "60 % des Français sont contre".

Tu ne sauveras pas une profession qui fait dans son froc, pas plus que tu ne peux sauver un Pays qui ne change même plus sa couche-culotte.

Par laurent.epailly le 17/09/13
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Avec l'actualité récente - exploitée jusqu'à plus soif par les professionnels politicards habituels - qui a vu un bijoutier Niçois abattre son braqueur, il est bon d'en revenir aux fondamentaux :

"Non, Monsieur ! On n'a pas le droit de braquer un bijoutier et le risque de se faire descendre quand on commet ce type de vilénie est un "risque du métier". Comme tous les risques du métier, il fait partie de la règle du jeu et comme toute règle du jeu, elle doit être acceptée par tus, et d'abord les délinquants et leur famille".

De l'autre côté, "Non, Madame ! On ne tue pas un voleur qui s'enfuit et qui ne nous menace pas directement de nous tuer ou qui ne nous menace plus de le faire. Nous ne sommes pas dans la jungle, ni au Far West, ni lors de l'Epuration en 44...".

Et, en même temps, cela fait quand même doucement rigoler de voir qu'on invite sur les plateaux TV, pour discuter doctement de cela, des politiciens qui ont échoué depuis 30 ans à résoudre et la crise économique (terreau fertile d'une délinquance vivrière) et la délinquance, ainsi que des syndicalistes policiers classés franchement à droite de la droite et qui ont échoué dans les mêmes proportions (parce que ce n'est pas un manque de moyens quand le gars à l'accueil refuse de prendre ta plainte pour agression ou pour violences conjugales et t'oriente vers "une main-courante que c'est pareil, ma p'tite dame...").

Donc, avant que de s'enflammer, revenons-en aux fondamentaux, excellement bien résumés par Michel Huyette, ici :

http://www.huyette.net/article-quelques-remarques-generales-autour-de-la...

Parce qu'on dira ce qu'on voudra, mais c'est quand même ballot de passer du stade avéré de victime d'un braqueur à celui de présumé meurtrier.

Par laurent.epailly le 02/09/13
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C'est donc à partir d'aujourd'hui que les citoyens de toute la France pourront saisir directement l'IGS (Inspection Générale des Services, autrement appelée "boeufs-carottes"), afin de se plaindre s'ils sont victimes de l'acte d'un policier à son égard.

En gros, on s'étrangle devant "la stigmatisation et la porte ouverte à tous les abus" dans les syndicats de police de droite (les plus nombreux) et on se félicite de "la transparence" dans les syndicats de police de gauche (les moins nombreux).

De son côté, la gardienne des boeufs - la directrice de l'IGS, si vous préférez - indique que la saisine directe de ses services existe depuis quelques années (c'est à dire le gouvernement d'avant Hollande/Ayrault) sur Paris et la couronne, qu'ils ne traiteront pas des dénonciations anonymes (ce qui est un tort, à mon avis) et qu'ils renverront au Procureur de la République les dénonciations calomnieuses pour poursuites éventuelles.

Alors, qui a raison ?

Un peu tout le monde.

La première chose, c'est qu'il est normal, utile et sain, que des services indépendants puissent enquêter sur les exactions et malversations de policiers.

Et d'une, parce que la tachnique consistant à faire enquêter les gendarmes contre les policiers et l'inverse, atteint vite ses limites : l'esprit de corps jouant à fond, un témoin hésitera à témoigner contre ses collègues et une certaine hostilité inter-services, entre civils et militaires, peut venir troubler la sérénité de l'enquête.

Et de deux, parce que comme disait Coluche, si tu t'es fait taper par un policier, bein faut aller porter plainte à la Police... Et là, tu trouveras rarement une oreille compatissante.

La deuxième chose, c'est parce que, en effet, tu ne peux pas refuser une transparence supplémentaire, un moyen d'action démocratique, sous prétexte qu'il risque d'y avoir des dérapages et des saisines vengeresses, voire mensongères.

Parce que "le poulet intègre n'est pas atteint par la bave du crapaud malfaisant", comme le dit un proverbe indo-malgache ou moldovolaque, je ne sais plus.

La troisème chose, c'est parce que ça existe déjà pour Paris... Alors franchement, tout comme le RPVA sans Navista, je ne vois pas bien pourquoi les Parisiens auraient le droit de se plaindre des délicatesses de la Police à leur égard et pas les provinciaux : égalité sur le territoire de la République, etc.

Après, il est exact qu'il faille se méfier un peu.

Déjà, parce que la discipline que les professionnels font règner entre-eux est qualitativement des plus douteuses.

Les avocats feraient, ainsi, bien de balayer devant leur porte, eux dont le bâton est généralement soit exagérément long soit ridiculement court : en tout cas, l'habitude de porter une cause se ressent clairement dans l'incapacité à en synthétiser deux.

Je ne vous parle pas de la mansuétude du CSM, pour les Juges, non plus que de l'hystérie qui règne généralement parmi les Conseils de l'Ordre des Médecins (des furieux... qui devraient prendre plus souvent ce qu'ils nous prescrivent sans compter).

Quant aux policiers, la guerre des polices fait des ravages.

Pour autant, on en revient au même point : on ne peut pas refuser une amélioration, sous prétexte que leurs bénéficiaires sont face à une pétaudière.

Pour autant, toujours, on sait aussi de cette discipline professionnelle combien elle sait frapper le petit et épargner le ponte.

Le ponte, tel Moïse, fend l'océan de ses turpitudes et le traverse toujours à pied sec. Le scandale n'éclabousse guère le ponte, le ponte étant une sorte de canard, jamais tremblant (grâce à sa graisse) et jamais mouillé (grâce à son huile).

Pour en revenir à nos poulets, il y a une critique et demi sur laquelle (lesquelles), je suis d'accord :

1. et pourquoi donc les gendarmes, qui voisinent au Ministère de l'Intérieur, ne peuvent-ils donc être dénoncés par voie d'internet ? "Pô juste", dirait avec raison le poulet-Caliméro.

2. il est vrai que le poulet est parfois bon coyotte : il ne relève pas tous les outrages que l'on lui assène.

Mais d'autre fois, il en inventera, parce qu'il n'a rien d'autre.

Bref, même si les poulets ne veulent pas être les dindons de la farce, sous lers réserves précédentes, je dis :