laurent.epailly

Par laurent.epailly le 19/01/15
Dernier commentaire ajouté il y a 6 années 8 mois

Voici deux relations d'un même évènement :

http://etudiant.lefigaro.fr/les-news/actu/detail/article/la-violente-rea...

http://www.islametinfo.fr/2015/01/17/ecole-du-barreau-de-paris-un-profes...

 

Alors ? Qui a raison ? Je ne parle pas des sites d'info, chacun étant dans son point de vue habituel.

Le professeur avocat a eu tort, c'est incontestable, ne serait-ce que parce qu'il a des devoirs particuliers en étant tout à la fois enseignant et avocat : l'argumentation, le sang froid et l'exemplarité sont normalement des qualités qu'il devrait développer.

On peut aussi se poser la question d'être très marqué politiquement (et pas qu'à droite) et d'être aussi avocat, ce qui est, tout de même, un autre débat, mais beaucoup plus complexe.

A sa décharge (si l'on peut dire...), on peut aussi se dire que quelques jours après les attentats, le jugement peut être faussé, ou alors, c'est qu'en effet, il y a eu une manif "tous Charlie" et puis chacun rentre chez soi, sans prolongement de rien de rien...

C'est d'ailleurs la réaction de l'Ecole et des étudiants qui laisse à penser que tel sera le cas : l'administration a raison de sermonner le professeur. Pour autant, une nouvelle fois, elle marque la lâcheté habituelle des administrations scolaires terrorisées à l'idée de faire des vagues. Plutôt que de prendre le problème à la racine, il est infiniment plus commode de sanctionner l'enseignant, quitte à regretter l'incident...

Quant aux étudiants, ils démontrent qu'ils demeurent ce qu'ils sont encore, des étudiants, sans prise avec la vie, toujours prêts à défendre l'un des leurs face à l'autorité du professeur, quelque soit "l'infraction" ou la provocation commise.

Car provocation, c'est sans doute bien de cela dont il s'agit.

Certes, la Loi est pour cette jeune femme : elle est donc dans son droit à porter le voile dans une Ecole supérieure, puisque la Loi sur les signes ostentatoires (une bien belle hypocrisie, ce truc, encore) ne s'applique pas dans l'enseignement supérieur (ce qui est une belle sottise). Attention ! On parle sans doute d'un simple voile, en aucune manière intégral, puisque là, enseignement ou pas, il demeure interdit dans tout l'espace public.

Mais lorsque l'on sait qu'il est rigoureusement interdit d'exercer avec un signe religieux sur la tête (voile, kippa, etc.) ou sur la robe, du reste, on serait bien avisé de le faire dés l'entrée à l'école de formation des avocats.

Pour ma part, j'aurais été de l'administration de l'EFB (Ecole française du Barreau, représentant la moitié des élèves avocats en France), j'aurais en effet désavoué le professeur (sans aller jusqu'à annoncer qu'il ne ferait plus jamais cours, ce qui est une précipitation coupable, non respectueuse de ses droits et de celui à ce qu'il puisse se défendre et, surtout, qui donne un sentiment de toute puissance à la demoiselle et aux étudiants au sens large), j'aurais présenté des excuses à celle-ci pour l'incident regrettable, je lui aurais, par ailleurs, rappelé qu'elle ne pourra exercer avec son voile et, qu'en conséquence, elle est priée de l'enlever en classe dés demain, faute de quoi, l'accés aux amphis lui sera interdit désormais (*).

Si elle veut faire un recours, c'est son droit (et on aura, ainsi, une règle légale qui s'appliquera avec un juge en face de ses responsabilités), mais en attendant, ça sera comme ça.

Quant aux étudiants, trois heures de formation supplémentaire en déontologie de l'avocat et respect de l'autorité des anciens et des professeurs, leur fera du bien : quand on a 0 année de barre, même si on a le droit d'avoir ses opinions et, même de les argumenter, ce qui est un bien fort légitime et bienvenue au regard de la profession qu'ils veulent embrasser, il y a un moment où ils doivent comprendre que l'autorité reste à celui qui a blanchi 20 ou 30 ans sous le harnais.

Ils nous montreront toute l'étendue de leur capacité à s'indigner et à défendre dans un an...

 

(*) je rappelle qu'aux JDC (journées défense citoyenneté), l'accès n'est permis aux administrés que s'ils enlèvent ou cachent tout signe ostentatoire de réligiosité et que ça ne pose pas de problème : tu enlèves, tu restes; tu n'enlèves pas, tu pars.

Par laurent.epailly le 14/01/15
Dernier commentaire ajouté il y a 6 années 9 mois

Bon voilà, j'ai lu Charlie aujourd'hui, le fameux et introuvable n°1178...

Vous ne l'avez pas encore lu ? Pas de bol, mais dans la vie, c'est comme ça, il y a ceux qui jouent du piano et ceux qui les déménagent...

De toute façon, inutile de vous laisser avoir tenter par un connard lève-tôt qui voudrait vous pigeonner revendre à un prix prohibitif d'ami cet exemplaire de Charlie que vous recherchez aussi frénétiquement que la dernière goutte de gasoil lors d'une grève dure de routiers alors que votre jauge semble déjà refléter exactement l'état de la croissance du Pays, puisque dans les jours qui viennent, vos points de vente seront réapprovisionnés.

Ce que j'en pense ? Il y a quand même des connards malins et de non moins crétins benêts, prêts à acheter fort cher un numéro d'un journal que la plupart ne lisaient même pas, ce qui l'amenait d'ailleurs au bord du dépôt de bilan (150 exemplaires livrés à Montpellier chaque semaine, pour une commune ville agglomération métropole de plus de 400.000 habitants, tu vois bien qu'il n'y avait pas beaucoup de Charlies...), quand ils ne le conchiaient pas auparavant, le vouant aux gémonies et au pilon moral.

Vanitas vanitatum et omnia vanitas et tout le toutim.

Et ?

Ce qu'il y a dedans ?

Ha bein, faudra lire, c'est sur, parce que à raconter, un dessin, forcément, ça perd de sa saveur. Et puis, ça dépend de celui qui narre. C'est comme cela souvent avec les "bonnes" blagues : tu crois que tu narres bien, et tu te rates; tu deviens alors un narre- râteur.

Remarque, avec ces histoires d'attentats, les nases creusent bien leur sillon, devenant de parfait nases - sillons...

Et, donc ? Ce qu'il y a dedans ?

Bein, je peux pas dire, voyez, parce que c'est indicible, en vrai. L'indicible étant ce qui ne peut être dit, je ne puis donc dire l'indicible, sauf à passer, in petto et in et luctablement, pour un fieffé menteur.

Et ? Ce qu'il y a dedans ?

Vous verrez, pas de quoi fouetter un bloggueur, fut-il d'Arabie Saoudite, le Paradis des Mecs qui vont à La Mecque, là où le fouet tient lieu de bracelet électronique et le sectionnage de membres des voleurs, de sursis avec mise à l'épreuve.

En vrai, ce qu'il y a dans ce numéro de Charlie, nécessairement spécial, bein tu sais quoi ?

Ce qu'il y a ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rien de spécial. C'est ça qui est formidable : l'absence totale de pathos et de jérémiades, d'hommages alambiqués, de souvenirs de corps de garde, de radotages d'anciens combattants, qui n'aurait pas manqué de dégouliner d'autres productions et d'autres journaux.

Ceux qui ont rédigé ce numéro ont écrit, dans les conditions morales que l'on imagine mais que nul ne saurait deviner, des lignes d'une simplicité, d'un professionnalisme, d'une pureté d'airain.

Là, je vais te dire : tu achèves la 8° et dernière page, tu vas jusqu'au bout du bout de la dernière ligne (bon, en fait, tu reviens sur un dessin où tu n'as pas compris la vanne, et ça t'énerve un peu), tu poses ton journal devant toi (tu abandonnes la recherche de la vanne). Là, au carré. Oui c'est ça, un peu comme un carré mortuaire, dans un cimetière, ce qui est de circonstance. Après l'avoir retourné, parce que la couverture c'est comme le pain, tu ne la mets pas à l'envers.

Tu as les yeux dans le vague (si tu es sensible, on te concèdera le léger larmoiement, pourvu qu'il ne soit pas accompagné d'un bruit de nez carrément vulgaire en la circonstance; sinon, c'est que tu n'es pas GQ).

Tu as beau chercher, il n'y a qu'un mot qui te vient à l'esprit.

Respect.

Par laurent.epailly le 11/01/15
Dernier commentaire ajouté il y a 6 années 9 mois

Il y a un moment que je n'ai pas écrit.

Il me fallait reprendre le fil du cabinet, après une longue absence pour raisons de santé, et le blog, vous le comprendrez, devenait secondaire.

C'était bien le jour, aujourd'hui, de reprendre l'écriture, quand on a vu combien quelques mots, quelques illustrations, pouvaient entraîner de si funestes conséquences.

Il m'est encore possible de vous faire part de mes voeux, la tradition laissant jusqu'au 31 janvier aux étourdis ou aux plus paresseux pour faire amende honorable.

Je nous souhaite donc, en ces temps difficiles (et pas qu'en raison du terrorisme, mais de la crise économique et morale que nous vivons, du chômage, de la pauvreté qui gagne toujours plus de terrain, des gens qui renoncent à se soigner pour cause d'absence de moyens...), de faire preuve de discernement, d'être capable de nuancer nos propos et notre réflexion, d'accepter d'écouter l'autre au lieu de nous barder de nos certitudes.

Etre forts de ce que nous sommes, mais conscients que d'autres, qui vivent autrement que nous, ne valent pas moins.

Je nous souhaite d'être capables de nous hisser à la hauteur des devoirs qui sont les nôtres et de pouvoir bénéficier de tous nos droits.

Je nous souhaite le meilleur et, s'il devait advenir, de pouvoir surmonter le pire.

Pour ma part, je ne suis ni Charlie, ni Ahmed, ni Michel ou d'autres victimes - je n'en n'ai pas le droit, étant vivant quand eux ont payé le prix du sang et puis, je ne lisais pas Charlie Hebdo, comme la plupart de ceux qui se disent Charlie, du reste - mais simplement un citoyen Français qui s'incline respectueusement devant la douleur des familles et des proches. Je suis ému.

Je suis un être humain, c'est tout.

Voilà, je nous souhaite d'être humains.