laurent.epailly

Par laurent.epailly le 24/08/15
Dernier commentaire ajouté il y a 6 années 1 mois

Quand je reçois un nouveau client, je lui demande toujours pourquoi il m'a choisi.

Avant, je disais "Si ce n'est pas indiscret, comment m'avez-vous trouvé ?". Mais depuis qu'un client m'a répondu "Euh... Ca va... Pas mal... Heu...Enfin, je veux dire...", j'ai compris que ma demande pouvait prêter à confusion...

Tous ne le font pas, mais je trouve, pour ma part, que c'est essentiel pour parvenir à saisir un peu les mystérieuses raisons qui font qu'un client décide de venir vous voir vous, plutôt que vos 999 concurrents montpelliérains.

Tu noteras que, bientôt, tu auras autant de chance d'être choisi par un client à l'aveugle à Montpellier, que de naître Andorran ou Monégasque...

Mais si d'aucuns ne posent pas la question, c'est soit (rayer la mention inutile) :

* qu'ils sont tellement convaincus d'être des cadors connus de tous, que la question ne se pose évidemment pas

* qu'ils préfèrent ne pas demander, leur égo risquant d'en souffrir...

 

Car, en effet, à côté de ceux qui viennent - quand même - parce qu'un autre client satisfait (il s'en trouve...) t'a recommandé ou ceux qui ont lu des choses positives sur toi (ou ont trouvé positif ce que tu écris), il y a beaucoup de hasard et de nécessité (je vous recommande le livre, "Le hasard et la nécessité" - on parle quand même de Jacques MONOD).

Le hasard, quand tu es choisi totalement par hasard, au doigt mouillé, pour ton nom, ton sexe ou ta (belle) goule. Je connais des coquins et des coquines, dont le site ou la photo te fait croire que tu as atterri sur "adopteunavocat.com", voire "oseadultéreravecunmecenrobe.net"...

Le hasard est parfois aidé, disons le : il n'y a plus que deux avocats hommes à Montpellier à être titulaires de la spécialisation en droit de la famille (dont moi, en toute immodestie). Si même les autres prétendent à l'être, il n'en reste pas moins vrai que, dans la liste des spécialistes, il n'y a que deux hommes (dont moi, donc, en toute rechûte d'immodestie).

Ca aide le hasard, quand tu veux un avocat spécialiste en droit de la famille et pas une avocate...

Quant à la nécessité (outre qu'elle fait loi, note la subtilité), c'est celle qui fait que, pour en revenir au titre et dans un contexte local de pauvreté que seuls la Corse et le Limousin nous disputent mollement, 75 à 80 % des gens d'ici sont éligibles à l'aide juridctionnelle.

Alors on te demande "vous prenez l'aide juridcitionnelle ?" souvent.

Et moi, je réponds "oui".

Tu as le droit de refuser, quand tu es avocat et non commis d'office et l'on peut comprendre ceux qui refusent, tant l'Etat se fout de notre gueule  ne dégage pas le budget nécessaire permettant de ne pas en être de notre poche   une juste indemnisation de l'avocat.

Pour autant, je n'ai pas fait ce choix et considère l'AJ comme un droit, avant que d'être une emm... (surtout pour moi), une usine à gaz à la Française, qui soupçonne tout demandeur d'être un fraudeur, qui réclame des documents dont la liste ressemble à la recette du potjevleesh, qui les reréclame parce quand on instruit ta demande, 6 mois plus tard, ils sont trop vieux de 6 mois... Un truc qui, à la Française, coûite plus cher à administrer et contrôler la fraude qui doit être, classiquement, de 5%, que le montant des indemnisations versées...

J'accepte donc l'Aj.

Au début par nécessité...

Aujourd'hui, 20 ans après, pas par hasard : avec un peu d'organisation, en regroupant les contentieux, la charge de l'AJ est déjà moins lourde, limite à t'indemniser sans perte.

Surtout, parce que l'AJ est le droit des pauvres (et si peu sont riches, en réalité, en France, Dieu sait qu'être pauvre n'y est pas difficile), souvent leur premier droit de justiciable. Et qu'il n'y a pas de raison que seuls les riches aient des avocats expérimentés.

Et parce que ce n'est pas de la faute du justiciable si l'Etat faillit dans sa mission.

Mon problème d'avocat à l'Aj, je l'ai avec l'Etat : je ne fais pas du citoyen une victime collatérale.

Mais je crois que je suis devenu avocat, non pas par hasard, mais par nécessité.

C'est une autre histoire.