Apr
25
DE LA REPUBLIQUE DES AVOCATS A LA STIGMATISATION

Le Gouvernement prépare un projet de loi sur la moralisation de la vie publique. Cela est directement lié à l'affaire CAHUZAC. Toutefois, de façon étonnante, alors que c'est un chirurgien qui a menti, la fonction de parlementaire serait interdite aux avocats et, aux conseils et aux journalistes, entendant exercer leurs métiers. Une incompatibilité serait prévue.

Naturellement, le Gouvernement n'envisage pas qu'un fonctionnaire puisse, dans le cadre d'un conflit d'intérêts, être en difficulté s'il cumule son métier et la fonction de parlementaire, même s'il est mis en disponibilités.

Naturellement, le Gouvernement n'envisage même pas qu'un notaire, un huissier ou toute autre profession juridique ou du chiffre puisse être en difficulté en cumulant la fonction de parlementaire et le métier, par exemple d'expert-comptable. La seule profession stigmatisée est celle des avocats.

Est-ce un avocat qui a fauté ? Non, il s'agit d'un médecin, d'un chirurgien. Or, il existe à l'Assemblée Générale nombre de médecins, nombre de chirurgiens, qui continueront à exercer leur mandat sans difficulté et sans stigmatisation particulière.

Méritons-nous autant de haine ? Les avocats ont beaucoup apporté à la République. Il serait inutile de citer ici le nombre de Présidents de la République, de ministres, de parlementaires qui ont contribué à construire les Républiques qu'il s'agisse de la IIème, IIIème, IVème ou Vème. C'est même un avocat, ministre par ailleurs, qui a défendu le concept de la VIème République (Arnault MONTEBOURG).

Actuellement, il existe des avocats ministres. Ont-ils fauté ? Est-ce l'un d'entre eux qui a caché son compte en Suisse ou à Singapour ?

Il existe également de nombreux parlementaires avocats. L'un d'entre eux a-t-il fauté ?

En réalité, les gouvernements, quels qu'ils soient, n'aiment pas les avocats. Le précédent avait créé ce Décret-passerelle qui permettait à tout parlementaire, à tout ministre ou à toute personne ayant participé à l'élaboration de la loi, d'entrer - sans examen - dans la profession d'avocat. Il fallait que cette profession soit dévalorisée et que l'on considère que n'importe qui puisse l'exercer pourvu qu'il ait un carnet d'adresses.

Le présent gouvernement avait annoncé son abrogation. Il a attendu près d'une année pour l'abroger puisque cet acte n'est intervenu que le 15 avril et après le scandale généré par Monsieur CAHUZAC.

Il semble que, comme le Gouvernement ne puisse plus nous imposer de recevoir n'importe quel parlementaire ou ministre dans la profession, il souhaite maintenant interdire à un avocat de devenir parlementaire en exerçant sa profession ! Cette discrimination, cette stigmatisation d'une profession est absolument inacceptable.

Elle s'ajoute aux propos de M. Benoit HAMON qui, à l'occasion des class-actions, a considéré qu'il ne fallait pas enrichir les avocats ou ceux de M. SAPIN qui stigmatisent les parlementaires de droite avocats-conseils.

Certains se souviendront que Monsieur HOLLANDE, pendant quelques temps, a été - avec Madame ROYALE, avocats dans un cabinet alors qu'ils venaient de perdre leurs mandats de parlementaire. Monsieur HOLLANDE succéda ainsi à d'autres avocats, M. SARKOZY et François MITTERRAND.

Ainsi, à l'occasion de cette « moralisation » de la vie publique, on prétend dénoncer une profession « immorale ». Nous sommes ainsi montrés du « Droit ».

J'espère que la réaction de la profession (peut-être, pour une fois, unie et efficace) sera à la hauteur de cette ignominie. Les avocats doivent se préparer à un combat difficile. On va encore dire qu'il s'agit d'un lobby alors qu'ils ne font que défendre l'égalité des citoyens devant la loi et devant l'élection.

Finalement, ce gouvernement va aboutir à exclure les avocats, les journalistes et autres conseils du parlement. Quels seront les prochains ? Les professions du chiffre, les professions de la médecine, ... On peut penser qu'au final il ne resta plus que des parlementaires ayant transformé cette fonction en un métier. La profession de parlementaire sera ainsi définitivement instituée. C'est alors qu'on nous dira que l'absence du cumul de mandats est impossible compte-tenu de la précarité de ce métier... ! La boucle de la « moralisation » sera fermée.

Michel BENICHOU

Commentaires

Le Président du CNB a vivement protesté mais il n'est pas certain du tout que la majorité des avocats se reconnaisse dans les termes de la protestation.

Les avocats de proximité, oeuvrant souvent au titre de l'aide juridictionnelle, systématiquement cités lorsqu'il s'agit de défendre l'honneur de notre profession se sentent souvent abandonnés dans ce qu'ils considèrent être des luttes d'influence pour le pouvoir et au bénéfice finalement d'une minorité d'entre eux.

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