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L'EUROPE EN 2030

Il faut lire le rapport prospectif de la CIA qui annonce, avec différents scénarios, l'évolution du Monde et son état en 2030. Cela fait parfois rêver mais, le plus souvent, cela ressemble plutôt à des visions cauchemardesques.

La CIA annonce que l'Europe restera, dans l'ensemble (?), une grande puissance en 2030. « Sa capacité à se servir de son poids collectif sera déterminante à l'avenir. Les enjeux politiques et économiques sont élevés, le futur de l'Europe très incertain. »

La CIA relève que la crise de la zone euro a mis à nu les tensions et divisions entre Etats membres et surtout le problème d'origine de la création de l'Europe. En effet, construite comme une union de « peuples », l'Union Européenne n'a pas eu pour objectif de fondre les peuples européens dans une identité unique.

La CIA aurait pu ajouter qu'en fait c'est une Europe bureaucratique qui avait été créée, une Europe des experts, loin des peuples, dont les créateurs déjà eurocrates se méfiaient.

L'économie européenne semble souffrir d'énormes difficultés structurelles. Sa productivité décline depuis 15 ans en comparaison des autres économies développées. Les dépenses consacrées à la recherche et au développement restent faibles. Les administrations européennes sont surdimensionnées, eu égard à leurs économies. Les tendances démographiques laissent présager une réduction de la population active ainsi qu'un déséquilibre croissant dans la pyramide des âges entre citoyens actifs et non-actifs.

Seul un véritable « bond en avant » de l'intégration qui pourrait créer des transferts massifs de souveraineté au bénéfice des autorités centrales et donc une perte d'autonomie des nations pourrait créer un renforcement de l'Union Européenne.

Trois scénarios sont envisagés pour l'Europe et son rôle international en 2030 :

- En premier scénario dénommé « effondrement ».

Il est toutefois annoncé comme peu probable. Il impliquerait des risques internationaux très importants. Dans ce scénario, les entreprises internationales et les ménages réagiraient aux signes avant-coureurs d'un changement de régime monétaire en accélérant le retrait de leurs dépôts en euros confiés aux institutions financières internationales. Le phénomène s'étendrait par contagion aux autres Etats membres. Les dommages économiques seraient énormes avec une première victime : l'euro, suivi par l'Union Européenne en tant qu'institution. Dès lors, les Etats réinstaureraient les mécanismes de contrôle des capitaux et des frontières. La liberté de circulation en Europe serait menacée.

La CIA annonce, avec ce scénario, une faillite de la société civile. Cet effondrement brut et imprévisible engendrerait une récession mondiale ou une nouvelle « Grande Dépression ».

- Le second scénario est dénommé « lent déclin ».

L'Europe échapperait à la crise actuelle mais échouant à mettre en oeuvre les réformes structurelles nécessaires. La croissance économique demeurerait faible.

Les institutions de l'Union Européenne subsisteraient mais un tel mécontentement de la population, qu'elles ne pourraient pratiquer une intégration plus forte. L'euro survivrait mais ne concurrencerait pas le dollar.

La présence internationale de l'Europe ira en s'amoindrissant. Cela, nécessairement, entrainera une nouvelle flambée du nationalisme des Etats dans leur politique étrangère.

- Heureusement, le troisième scénario est plus optimiste. Il est dénommé « renaissance ».

Après tout, l'Europe a, à plusieurs reprises, frôlé et contemplé l'abysse. Après la crise, se serait donc le renouveau grâce aux politiques qui accepteraient un « saut fédéraliste ».

Les opinions publiques soutiendraient ces mesures compte-tenu des risques d'un effondrement. Dès lors, une Europe plus fédérale démarrerait avec un groupe réduit du pays de zone euro. Certains Etats pourraient même sortir du système. Sur le long terme, le marché unique serait parachevé, une politique extérieure commune serait élaborée.

La démocratie européenne serait améliorée. Dès lors, l'Europe verrait son influence et son rôle s'accroitre sur le plan mondial.

Il faut espérer que ce dernier scénario puisse prévaloir. Toutefois, lorsqu'on lit, dans la presse actuelle, les critiques acerbes à l'encontre de l'Europe à la suite des élections européennes, on peut en douter.

Il est vrai que l'on a constaté une défiance croissante des italiens à l'égard de l'Europe alors qu'ils étaient, jusqu'à très récemment, les plus européens de tous les peuples.

Les pays du Sud ne croient plus en la zone euro et en l'Union Européenne. La Grèce, l'Espagne peuvent succomber aux mêmes démons populistes. En 2014, plusieurs votes vont s'accumuler. Un vote pour le Parlement européen mais surtout des votes, dans certaines régions, pour des indépendances partielles. C'est ainsi que la Catalogne votera pour son indépendance ou l'Ecosse.

Il est également prévu un référendum au Royaume-Uni concernant l'appartenance à l'Europe.

Pour sortir de ce chao, il faut un sursaut fédéraliste, une plus grande solidarité. Avec l'Euro, les pays ont renoncé à leur souveraineté monétaire mais ils conservent une dette publique nationale.

Dès lors, si certains bénéficient de taux bas (l'Allemagne ou la France), certains ont des taux intérêts insupportables (Italie, Espagne, ...).

L'égoïsme national, cette « rouille de la société », déjà dénoncée par Alexis de Tocqueville, ne doit pas gripper tous les rouages de l'Europe. Il faut avancer et croire en cette Europe qui nous est indispensable.

Michel BENICHOU

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