Apr
11
SOUTIEN AUX AVOCATS TURCS

Nous savions qu'il existait, à l'égard des avocats turcs défenseurs des militants kurdes, une pression invraisemblable. De nombreuses arrestations ont eu lieu et des avocats sont maintenant emprisonnés depuis plus de 15 mois dans l'attente d'un hypothétique procès. Des audiences régulières ont lieu. On refuse à ces avocats la possibilité de parler en kurde, leur langue maternelle. On refuse à ces avocats un semblant de justice. Heureusement, de nombreux confrères français et européens se sont mobilisés pour assister à ces audiences et créer une pression internationale. Ils sont les implacables observateurs des dérives de la justice turque.

Un nouveau degré a été franchi. En effet, le pouvoir et le gouvernement turc s'attaquent directement au Barreau d'Istanbul. Celui-ci représente 30.000 avocats sur les 80.000 qui exercent dans le pays. Le Bâtonnier et tout le Conseil de l'Ordre (9 membres) sont cités à comparaitre devant un tribunal pour injure aux juridictions et pour avoir tenté d'influencer une juridiction.

Ils avaient en effet refusé de désigner d'office des avocats dans le cadre d'un procès de militaires turcs alors que la défense, choisie par les accusés, avait décidé de quitter la salle du fait de l'injustice manifeste et des manquements à la procédure.

Le Bâtonnier saisi avait alors refusé de désigner de nouveaux défenseurs. Puis, il a adressé une lettre au Tribunal pour expliquer les raisons de son refus. C'est cette lettre qui est considéré comme une tentative « d'influencer » le tribunal. Vous pourriez en rire si le Bâtonnier et les membres du Conseil de l'Ordre n'étaient passibles de peines allant de 2 à 4 ans emprisonnement.

Comme vice-président du Conseil des Barreaux Européens, j'ai été invité à l'assemblée générale extraordinaire du Barreau d'Istanbul. Près de 20.000 avocats d'Istanbul étaient présents dans la journée et la quasi-totalité des bâtonniers des Barreaux turcs (sauf un barreau qui n'était pas représenté).

Le Président de l'Union des Avocats Turcs est intervenu. De nombreuses associations de défense des Droits de l'Homme étaient également présentes.

J'ai eu la chance de prononcer un discours devant une assemblée solidaire et unie comme rarement il m'a été donné de voir des avocats. Ils étaient unis derrière leur Bâtonnier et leur Conseil de l'Ordre, symbole de l'ordinalité mais également de l'indépendance des avocats et de la résistance au gouvernement turc.

Nous devons mesurer notre chance de ne pas subir une telle pression. Mais nous devons rester vigilants. On ignore de ce que l'avenir est fait.

Michel BENICHOU

PJ : Discours devant le Barreau d'Istanbul - 17 mars 2013.pdf

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