michel.benichou

Par michel.benichou le 24/12/13
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... et je sens mon client blêmir. C'est un salarié. Il a été licencié pour faute grave. Naturellement, le Conseil des Prud'hommes - section encadrement - lui a donné tort. On sait que devant certaines sections de certains Conseils des Prud'hommes, il est quasiment inutile de plaider lorsque l'on est soit un employeur, soit un salarié, car le résultat est connu.

Mais devant trois magistrats, dans le cadre de la collégialité, on espère être écouté, voire entendu.

Maître, vous avez 10 minutes ! A partir de ce moment, les yeux du magistrat sont rivés sur une horloge au fond de la salle d'audience. Il n'y aura plus d'écoute mais un simple décompte des secondes et des minutes. Tout le monde a compris.

Pourquoi dès lors exiger du justiciable qu'il soit présent personnellement, dans les affaires familiales ou dans les affaires prud'homales, pour - souvent - le traiter ainsi. Il n'avait déjà pas confiance en le fonctionnement du système judiciaire, lent et complexe. Il n'a désormais plus confiance en cette Justice déshumanisée, intéressée seulement par les chiffres, ceux du temps écoulé et des statistiques.

Pourquoi faire déplacer les justiciables pour leur infliger une telle humiliation ?

Pourquoi demander aux avocats de venir aux audiences pour leur infliger de telles vexations ?

Une vaste réflexion a été entreprise concernant les juridictions du XXIème siècle et l'office du juge.

Je crois qu'il serait plus utile d'énoncer immédiatement les principes qui présideront cette réflexion : les juges n'ont plus le temps ; ils ne sont plus assez nombreux ; l'Etat ne mettra plus d'argent dans la justice ; il considère cela comme inutile et à fonds perdus, un « cancer » du budget.

Certains magistrats n'ont plus envie d'écouter les avocats. Ils veulent une procédure uniquement écrite avec, éventuellement, et à leur gré la possibilité, pour eux, de poser des questions. La plaidoirie les indispose.

Si nous acceptons ces postulats, ne vaut-il pas mieux, maintenant que cela est gratuit avec des logiciels faciles à utiliser, instaurer et généraliser les visioconférences qui permettront aux magistrats, après avoir imaginé leur jugement, d'en parler avec les avocats, d'indiquer les grandes lignes, de poser les questions précises qui permettront, au final, de fixer définitivement leur décision et les condamnations, une sorte de rapport sur le jugement avec faculté d'observations.

Naturellement, on exclurait de ce système la question des libertés qui ferait toujours l'objet d'audiences. Plus de magistrats pourraient alors s'y consacrer.

Certes, la justice serait déshumanisée, passant uniquement par l'outil des nouvelles technologies. Mais finalement, n'est-ce plus acceptable que la justice à laquelle nous sommes quotidiennement confrontés qui conduit à une acrimonie de plus en plus importante entre magistrats et avocats et à un sentiment de désespoir chez les justiciables.

Si nous refusons cette solution et cette évolution, alors il faut se révolter, refuser de cautionner par notre présence et notre parole bridée, le dire aux justiciables et à l'opinion publique, se battre. Je ne pense pas que les avocats le feront. En sont-ils encore capables à l'heure d'un marché dominante ?

Michel BENICHOU