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La honte...

Des prisonniers de Fleury ont filmé les conditions déplorables de leur détention et ce film est réalisé sans trucages...

La France, pays des droits de l'homme devrait avoir honte!

A voir ici et ci-dessous, le compte rendu du SAF de BORDEAUX sur l'état de la prison de Gradignan visitée le 9 décembre 2008 par une délégation composée de magistrats et d'avocats, même constat!

Voir aussi, l'article d'Eolas, ICI.

Contact: cabinet@michelebaueravocate.com 100,Cours de Verdun 33000 BORDEAUX tél 05 56 52 14 50


Compte-rendu de visite de la maison d'arrêt de BORDEAUX-GRADIGNAN

(délégation du 09/12/2008 SM /SAF dans le cadre des « journées-prison » )

Après feu vert obtenu de l'administration centrale, nous avons pu pénétrer dans la maison d'arrêt pour cette visite guidée de bout en bout par le directeur. Le représentant de la LDH, dont la demande n'a pu être transmise à temps, n'a pu nous accompagner faute de l’indispensable sésame.

Nous sommes reçus très aimablement par ledit directeur, qui nous a confirmé les chiffres, pas bon du tout : Gradignan est parmi les établissements où le taux de surpopulation est un des pires en France. Selon les statistiques journalières de la direction régionale, au jour de notre visite 754 détenus pour 407 places, soit un taux d’occupation de 185 %, et surtout un taux d’occupation de 204 % pour les 662 détenus du quartier homme.

Comme on le sait, la prison est le seul établissement qui ne refuse jamais personne, sous réserve, bien sûr, d’un titre de détention en bonne et due forme. L'administration pénitentiaire doit répartir ces hommes ( 716, en incluant 9 mineurs et 45 semi-libres) et ces femmes ( 38 ) en fonction de leur statut de prévenu ou de condamné, de la nature de leur condamnation, de leurs origines ethniques, de leur fragilité – comprendre : risque suicidaire - ou de leur dangerosité – comprendre : risque d’agression - supposées, voire de leur simple capacité à supporter une cohabitation forcée.

Les « RPE », règles pénitentiaires européennes, sont présentées comme un gage de modernité et d’humanisation récente: entretien d’entrant avec information des droits du détenu, séparation stricte des condamnés et des prévenus, accès à un téléphone pour les condamnés, avisés toutefois que seules les communications avec leur avocat ne sont ni écoutées ni enregistrées. Il nous a été assuré que la possibilité de douches quotidiennes a pu être maintenue ainsi que la fréquence des parloirs malgré la surpopulation.

Dans le bâtiment B, 9 mineurs bien au large pour les 23 places du quartier mineurs ( c’est à croire que d’aucuns préconisent l’incarcération dès 12 ans pour rentabiliser cet espace perdu !) et des condamnés à moins de 15 mois, avec la volonté affichée de recréer l’atmosphère plus sereine d’un petit établissement pour courtes peines.

Nous ne le verrons pas puisque nous avons choisi la visite du bâtiment A, de loin le plus important et le plus problématique. Nous suivons le parcours de l’arrivant : dépassant le groupe serré des proches qui attendent le parloir, présentation du bureau des écrous, du « livret d’accueil » et du « paquetage ». Couverture, produits d'hygiène, vaisselle ... le tout sous blister donne un sentiment de propre . Seule fausse note dans le paquetage présenté, une fourchette dont il ne reste que les deux dents du milieu, comme un avertissement menaçant, et qui sera changée immédiatement.

Dans le quartier arrivant, le premier choc véritable, l'ouverture d'une cellule « triplée ». Il y a en 70 actuellement d'après le directeur, soit 210 personnes dans la même configuration. Trois hommes allongés, deux sur un lit superposé, un sur le matelas par terre. Ils semblent dormir, ne plus savoir quelle heure il peut être. Et les rares centimètres carrés disponibles encombré de vêtements, d'objets hétéroclites, de reliefs de nourriture. Depuis combien de temps vous êtes là ? «12 jours » répond l'un deux. Deux promenades par jour, comme tout le monde, de 1h 30, le reste du temps ici, en attendant une affectation plus définitive.

Un peu plus loin des détenus « fragiles », toujours dans une cellule triplée: un d'entre eux est au parloir, cela permet de ranger son matelas le long du mur, un co-détenu peut s'asseoir en fumant devant une télé. L'autre reste couché sous sa couverture. « Ça va, vous vous entendez bien ? - Oui, on s'entend bien - Bon, on vous dérange pas plus longtemps – Vous nous dérangez pas ... » sous-entendu : « on a le temps... » Mais le temps, nous , nous n'en avons pas beaucoup. Les étages se succèdent, dans cette architecture de cité des années 70. Il y a en 6, prévenus, condamnés, travailleurs, zone tampon … on peut juste deviner des coursives plus ou moins calmes, plus ou moins de tension derrière les portes bouclées, à l'attitude d'un surveillant, par exemple, qui rappelle fermement le règlement à un détenu qui sort de sa cellule en tongues, d'un détenu qui bougonne parce qu'il n'a pas vu son avocat. Mais ne verrons pas de violence, pas de manifestation de désespoir. Le seul désordre vraiment visible ce sont les « projections », ces ordures jetées par les détenus de tous les étages dans les cours de promenade et tout au long des murs. L’administration pénitentiaire a toutefois trouvé la parade : des caillebotis métalliques sont en train d’être fixés, grillageant chaque ouverture et réduisant d’autant plus tout contact avec le dehors.

Petit passage à l'intérieur d'un « chauffoir » remplacé au fur et à mesure par des cellules supposées individuelles. Le problème paraît surtout être que la sécurité du personnel est peu garantie en cas d'intervention dans une pièce où se trouvent 6 détenus. Celui qui nous est présenté contient 3 paires de lits superposés, au milieu d'un souk de vêtements et de provisions. Le seul détenu présent pour cause de promenade se dit satisfait, parce qu'ils ne sont que 6 en ce moment et que lorsqu'on rajoute un ou deux matelas supplémentaires, ça fait vraiment beaucoup.

Au « SMPR » ( Service Médico-Psychologique Régional, dont le personnel médical relève de l’hôpital Charles Perrens) beaucoup de monde passe quotidiennement : 80 visites par jour, peu de personnel même si on dit arriver à répondre à toutes les demandes de consultation dans les 48 heures, à fournir sans rupture les traitements neuroleptique, anxiolitiques ou de substitution ... gros problème quand même dont pourra s’ouvrir l’infirmière qui nous parle: la « sous-hospitalisation » des détenus pour troubles mentaux. Il y en a 7 ou 8 actuellement en HO, à Cadillac ou à Charles Perrens. Mais d'autres qui sont bien ici, et ne devraient pas y être, en particulier ceux qui placés en HO sont passés à l'acte lors d'une permission de sortir. Pleinement responsables pénalement, sans doute comme celui qui récemment à Grenoble est à l’origine d’une nouvelle réforme annoncée de l’hospitalisation d’office.

Quartier d'isolement : c'est calme, beaucoup plus propre. Cellules individuelles, sans supplément. C'est là que sont incarcérés notamment ceux qu'il faut protéger des autres, dont les éventuels « VIP ». On se fait la réflexion, un peu amusés « c'est là qu'on serait si on devait un jour être incarcéré !». Pas si rassurant, même si on se félicite secrètement d’être définitivement à l’abri de l’insupportable promiscuité ... combien de temps tenir seul dans cette minuscule pièce ? Dans la non moins minuscule cour de promenade, un pigeon mort est resté coincé entre la double rangée de grilles et sous les rouleaux de fil de fer barbelés qui font office de toit, comme pour bien signifier qu’est vaine toute velléité d’évasion par les airs.

Au quartier disciplinaire plus communément appelé le « mitard », c'est clairement la prison dans la prison . C'est calme ce jour là, seules quelques cellules sont occupées et personne ne tambourine aux portes. On peut y rester jusqu’à 45 jours, pour sanctionner les fautes les plus graves. Seulement une chaise, un lit et une table scellés au sol, un WC et un mur crasseux, couvert d’inscriptions insultantes ou menaçantes. Le tout a été pourtant repeint il y a deux mois.

On terminera avec un certain soulagement par un petit détour au quartier femme où une jeune mère nous présente en souriant son nouveau-né, dans une ambiance de nursery, où on oublierait presque les barreaux. On espère pour elle comme pour lui qu'elle sera libre dans 18 mois, sinon l'arrachement sera terrible. Une chinoise fait son jogging seule dans la cour. Elle est décrite comme très pénible, elle ne comprendrait pas pourquoi elle est en prison et revendiquerait avec véhémence le respect des « droits de l'Homme », ce qui bien sûr, venant d'une chinoise, nous fait sourire.

Nous quitterons la maison d'arrêt de Gradignan en remerciant le directeur de sa visite guidée, même si elle l'était trop à notre goût, limitant la communication avec détenus et surveillants ... ce qui ne nous aura pas empêché d'être gagné par un sentiment mélangé d'abattement et de colère. Et de nous confirmer la nécessité d'un engagement fort pour les droits de l'Homme en prison.

Commentaires

Rue 89 ICI

Nom: 
Gilles Huvelin
Site: 
http://gilles.huvelin.avocats.fr

Commis d'office. Fleury-mérogis, la Santé, Fresnes, les premiers filets anti-suicide. Audiences de flagrants délits. 24ième Chambre Correctionnelle et permanences au "petit parquet". multi-récidivistes, 99,9% des prévenus qui n'étaient pas encore des français de la deuxième génération, "ne valaient pas la corde pour les pendre".

Tous savaient ce que la prison était et personne n'avait l'idée de les plaindre. La galère et la relégation étaient des peines regrettées. Ce que nous appelons les comparutions immédiates ne souffraient pas de reports d'audience sauf cas exceptionnels et les peines de quatre mois ferme pour un délinquant primaire n'étaient pas rares et même automatique pour une détention d'arme à feu de poing par exemple. Et puis l'émotion est arrivée, la compassion, les droits de l'homme, la discrimination alibi d'une non intégration au nom d'un idéal d'identité différente, la responsabilité de la société, la dénonciation des prisons. J'ai trouvé votre article parfait...Maintenant imaginez que vous êtes responsable de la politique de la France. Vous prenez quelles décisions ? Vous faites quoi ? Concrétement et naturellement avec quels moyens ? Et pas question de se défiler en répondant "je ne suis pas responsable moi je me contente de dénoncer". O.K. ?

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