Jun
27
A Monsieur BILGER: HEES N'EST PAS UN AS !

NON la France ne s'émeut pas pour de petites choses pour laisser passer, indifférente ou blasée, les grandes.

NON, La France n'adore pas sonner le tocsin à la suite d'événements somme toute dérisoires.

Et NON, Monsieur HEES n'est pas un as !

J'écrivais hier (sur Marianne2), que je n'aurai plus guère l'occasion d'être en désaccord, merci de m'en donner à nouveau l'opportunité !

L'émotion ne devrait donc s'exprimer que pour des grandes choses : quelle définition donnez vous donc à « GRANDES CHOSES » ?

Convenez qu'il faudrait que l'on s'accorde sur ce point ! ce qui est petit pour vous l'est-il également pour d'autres ?

C'est avec les petits ruisseaux que l'on fait les grandes rivières et les grandes choses ne sont que la somme des petites.

Les penseurs qui ont la chance d'avoir le temps de se pencher sur ce qui est grand ou pas, dérisoire ou non, n'ont probablement pas le même quotidien que cette France.

La France n'a pas toujours le talent d'analyser avec hauteur les grandes choses....

En revanche elle a souvent un certain flair pour pister les signes avant-coureur de ce qui deviendra, peut-être, un grand problème ou un grand danger.

Ce n'est pas le remerciement de Monsieur GUILLON ou PORTE, ad nominem, qui émeut la France. Ils ne sont qu'un symbole et certainement pas des martyrs.

La question n'est pas de savoir si le licenciement de ces personnes est une grande chose, mais elle est de savoir pourquoi tout le monde s'en émeut ?

Vous dites qu'il a fallu du courage à Monsieur HEES.

Je n'appelle pas « courage » la position qui a consisté simplement à prendre une décision au pied d'un certain mur, le courage, quelquefois, n'est que l'expression de la peur.

Vous rappelez qu'il a dû à plusieurs reprises se manifester.

C'est vrai, et le vrai courage n'aurait-il pas de prendre sa décision à ce moment-là.

Qu'on ne me dise pas qu'à ce « moment-là » la décision n'était pas facile à prendre (le courage n'est pas facile), qu'il leur a été donné une seconde (ou énieme) chance de changer de cap .

Soit Monsieur HEES n'a rien vu venir et n'a pu percevoir chez ces personnes une incapacité à ne pas aller trop loin, soit il s'est dit que la décision serait plus facile à prendre en les laissant justement aller encore plus loin.

On a laissé les auditeurs se nourrir de ce conflit entre le patron et ses salariés, on les a laissés, finalement, devenir juges de ce conflit. Et ils ont jugé, à tort ou à raison.

Le licenciement de Stéphane GUILLON n'est pas un drame national, bien sûr, mais la France a manifestement décidé d'en faire un fait national et pourquoi ?!

Comme pour la débâcle du foot : même ceux qui n'aiment pas le football se sont émus ce que vous appelez un événement dérisoire. Pourquoi ?! Remarquez il eut été difficile de penser à de grandes choses à ce moment là puisque les média n'ont parlé que de ça !

On maintiendrait donc l'attention de la France sur ces petites choses dérisoires ? Pour lui faire reproche de s'en émouvoir !

Le conflit HEES/GUILLON est une petite chose en soi, je suis entièrement d'accord avec vous, mais ce qui m'inquiète c'est que cette petite chose ait eu une telle conséquence, une forme d'effet papillon en sorte.

Je n'écris jamais, ou quasiment, en public, et pourtant, je l'ai fait et pour cette toute petite chose.

Je m'interroge donc ! et je m'inquiéte aussi d'être peut-être tombée dans le petit, dans le dérisoire.

Ce doit être une déformation professionnelle, certainement, car voilà 20 ans que je persiste, dans les prétoires, à m'émouvoir des petites choses de mes clients, et, pire, de tenter d'émouvoir mes interlocuteurs et cela au nom d'une très grande chose : la justice.

Tous les jours, nous avocats, nous nous battons pour ces grandes choses que sont la justice et l'équité et pourtant avec des petits riens, sur des petits litiges dérisoires.

Devrais-je ne défendre que de Grandes Causes ?

Vous avez du talent Monsieur et pas seulement dans vos billets, mais là, permettez-moi de vous dire que vous aussi vous êtes allé, à mon sens, un peu loin :

« Qui trop embrasse, mal étreint » et à trop embrasser Monsieur HEES, vous avez mal étreint la France.

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