nathalie.kerdrebez

Par nathalie.kerdrebez le 30/07/11
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Léna était heureuse d'arriver à destination, ses enfants s'esclaffèrent devant le magnifique château qui allait être leur repère le temps des vacances.

Monsieur Libstein, leur hôte n'était pas là mais son neveu, Julien, les accueillit.

Il les emmena dans leur logis, aménagé avec goût dans une dépendance du château.

Leur guide était très stressé, il recevait des amis le soir même et était très en retard surtout qu'il devait parcourir une cinquantaine de kilomètres pour rejoindre son domicile.

Il s'excusa de les laisser visiter le parc seuls, mais il était vraiment en retard.

Léna et les enfants rirent au départ précipité de Julien dans sa belle voiture rouge.

Avant de défaire leurs bagages, ils se précipitèrent tous les trois découvrir le parc.

C'était magique, une rivière coulait tranquillement entre les arbres et fleurs, des petits ponts offraient aux promeneurs la possibilité de poursuivre leur chemin de l'autre côté de la rive, mais aux yeux des enfants, le trésor était une grande piscine cachée par des bosquets.

Ravie, Léna se dit qu'elle avait été bien inspirée de choisir ce lieu enchanteur pour les vacances.

Le lendemain, Léna croisa Monsieur Libstein, il était souriant mais son regard était glacial.

Les vacances se passaient sans l'ombre d'un nuage jusqu'au troisième jour.

Léna se réveilla avec une immense tristesse incompréhensible, elle pensa à son ami qui n'était pas là et une idée s'imposa à elle, il ne l'aimait pas.

Léna se dit qu'elle était la femme la plus stupide de l'univers ; tous les jours, elle recevait des petits messages de lui, mais Léna avait l'impression que les mots de son ami étaient plus distants.

Léna s'obligea à ne plus avoir de pensées dépressives, elle était tout simplement fatiguée et poursuivit avec ses enfants la découverte de villages inconnus, de ruines de château-forts.

Malgré ses efforts et les rires de ses deux petits anges, Léna s'endormit avec cette immense tristesse qui ne l'avait pas quittée de la journée.

Dans la nuit, Léna fit un cauchemar et se réveilla apeurée.

Le cauchemar était absurde, Léna le savait et d'ailleurs il n'était pas si terrifiant que cela, sinon Léna se serait obligée dans son rêve à se réveiller, comme elle avait l'habitude de le faire pour les cauchemars abominables.

Parfaitement bien éveillée, Léna ressentit une peur plus grande, ce n'était pas le cauchemar, c'était le château, les lieux étaient devenus hostiles.

Léna était agacée par ses pensées ridicules, ses peurs idiotes et se força à émettre des idées rationnelles pour vaincre l'angoisse qui grandissait en elle.

Et de façon très rationnelle, son esprit se remémora les petits mensonges de Monsieur Libstein, son regard glacial qui contredisait son sourire enjoué, la disparition de Julien dont la belle voiture rouge était garée depuis plusieurs jours dans la cour.

Léna se dit qu'il fallait peut-être faire confiance à ses émotions qui étaient aussi la manifestation de son intuition et être très vigilante.

Le lendemain était une merveilleuse journée ensoleillée, Léna et ses enfants profitèrent de la piscine tout l'après-midi.

A l'heure du goûter, Léna traversa le parc pour aller chercher gâteaux et boissons pour ses petits anges.

Arrivée dans la cuisine, elle entendit des pleurs d'enfant.

La peur de Léna surgit violemment, elle se mit à trembler ; guidée par les pleurs, Léna ouvrit la porte du grenier, monta les marches terrorisée et vit quatre personnes gisant dans une mare de sang.

Léna était sidérée par l'horreur, elle voulut fuir mais ses jambes ne lui obéissaient plus.

Les sanglots tout proches délivrèrent Léna de la tétanie, elle s'avança vers une malle et découvrit une petite fille en larme.

Léna voulut la prendre dans ses bras pour l'emmener avec elle mais l'enfant hurlait maintenant de terreur.

Alors Léna dit à la petite fille qu'elle allait chercher de l'aide et reviendrait aussitôt.

Léna se précipita dans les escaliers, le temps avait tourné à l'orage.

Léna aperçut par la fenêtre des silhouettes, voulut l'ouvrit pour appeler au secours, mais immobilisa son geste, l'allure des personnes dans la cour était singulière, c'étaient des hommes armés, en uniforme noir.

Léna était tétanisée.

Son instinct de survie résuma la situation, dans le grenier des personnes assassinées, dans la cour des cinglés déguisés en SS et ses enfants seuls à la piscine et cette petite fille...

Soudain la porte d'entrée s'ouvrit, des voix se rapprochèrent.

Paniquée, Léna remonta l'escalier en essayant de ne pas faire de bruit, referma la porte du grenier derrière elle et rejoignit l'enfant en lui expliquant doucement qu'elles devaient toutes les deux rester bien cachées et silencieuses à l'abri de la malle.

Léna s'assit près de la petite fille et la serra très fort contre elle, espérant que les monstres ne reviendraient pas sur les lieux de leurs crimes.

Personne ne monta au grenier, mais les voix des étrangers résonnaient.

Léna se dit qu'il fallait être patiente, ils finiraient bien par partir et elle pourrait fuir avec sa petite protégée qui s'était endormie dans ses bras.

L'enfant dormait tranquillement, protégée de l'horreur par un sommeil paisible.

Léna se réveilla en sursaut, elle s'était assoupie sans s'en apercevoir, les rayons du soleil se hasardaient dans le grenier, les voix avaient disparu.

Léna fut envahie par un espoir, ils étaient partis.

Elle voulut réveiller la petite fille, mais elle ne respirait plus, elle s'était endormie dans ses bras, pour rêver pour toujours loin de tout, loin des souffrances, des chagrins, de la folie humaine.

Léna sentit ses forces l'abandonner, elle ne voulait plus lutter, elle était si fatiguée de vivre.

Léna entendit la porte du grenier s'ouvrir, elle n'avait plus peur maintenant, un voile d'une douceur blanche l'enveloppait.

Léna ne se battrait plus jamais ... la lumière blanche devient plus vive, éblouit Léna qui aperçut au dessus d'elle trois visages, les traits s'affirmèrent, ses enfants et Monsieur Libstein la regardaient.

Léna avait juste fait un malaise dans un grenier où elle n'avait aucune raison de se trouver, les gâteaux et boissons attendus par ses deux petits anges étaient dans la cuisine.

Après ce malaise incongru, la tristesse de Léna s'était envolée, les vacances se poursuivirent sans l'ombre d'un nuage.

Trois mois après son retour de vacances, Léna reçut une lettre de Monsieur Libstein :

« Chère Madame,

Il me paraît important de vous révéler un secret de famille, un secret de pierres comme disait mon père.

Lors de la seconde guerre mondiale, il est survenu un horrible drame au château.

Mon père et ses compagnons étaient cachés dans le parc, lorsque des officiers SS envahirent les lieux, ils trouvèrent une famille juive cachée au grenier et tuèrent ces pauvres personnes.

Lorsqu'au petit matin les allemands partirent, mon père et ses compagnons se précipitèrent au grenier espérant qu'il y aurait des survivants.

Le médecin entra le premier et vit les corps inanimés, mon père découvrit derrière une malle une petite fille, aucune blessure visible, il espéra qu'elle avait été épargnée, mais le médecin diagnostiqua un arrêt cardiaque.

Mon père n'a jamais pu oublier ce drame ..., la petite fille au coeur transpercé par l'horreur, broyé par la terreur.

Il savait que cela aurait été une opération suicidaire de tenter de sauver cette famille, les allemands étaient plus nombreux et mieux armés, mais il savait aussi que pour sa famille et son enfant, il aurait donné l'ordre à ses compagnons de tenter l'impossible.

Depuis cette horrible nuit, les pleurs de la fillette envahirent le coeur de mon père et le château.

Mais depuis votre malheureuse aventure dans le grenier, l'enfant ne pleure plus.

Merci à vous, Chère Léna.

Sincèrement Vôtre. »

Léna reposa la lettre, prit une cigarette et sortit dans le jardin.

Elle songea au rêve et à ses multiples facettes, le rêve prémonitoire qui reflète dans l'esprit comme dans un miroir la réalité à venir, le rêve cauchemar qui dessine dans la nuit les inquiétudes, contrariétés du quotidien et maintenant...l'étrange rêve qui mène au coeur d'une réalité passée.

Par nathalie.kerdrebez le 08/07/11
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Le Sage salua la Rebelle et vit dans son regard briller le cercle de vie.

Il sourit, prit une pierre et dessina autour d'eux un cercle parfait; il demanda à la Rebelle de prononcer le serment.

Elle prit le temps de chercher les mots et s'amusa à les nommer dans le désordre: humanité, indépendance..., à hésiter en prononçant certains,... probité, ... dignité,... conscience.

Sa voix claire libéra les mots qui se réfugièrent sur le cercle, en lettres majuscules.

Le Sage ignora les facéties de son élève et poursuivit la leçon; il choisit la courtoisie pour commencer le duel.

Les coups de son élève étaient francs et audacieux; mais fort de son savoir, le Sage les esquiva avec délicatesse et toucha son élève par sa dignité.

La Rebelle n'abandonna pas pour autant le combat; en conscience, elle se redressa pour défendre son indépendance et provoqua la probité du Sage.

Mais les feintes de l'élève ne surprirent pas le maître qui eut le dernier mot.

La Rebelle s'inclina devant l'humanité du Sage.

Avant de se quitter, ils se saluèrent, chacun plongé dans ses pensées.

Avec sérénité, le Sage espéra connaître bientôt le jour où l'élève dépassera le maître.

Le coeur palpitant, la Rebelle vola la pensée du Sage et espéra que jamais n'arrivera ce jour où le Sage ne serait plus.

Par nathalie.kerdrebez le 02/07/11
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Lorsque le mot « gouvernance » est prononcé, naît aussitôt une envie rebelle de le bannir pour libérer la place à la représentation nationale.

Lorsque le mot « institution » est prononcé, mon regard s'assombrit et ma pensée devient négative : je ne veux pas d'une instance représentative qui ne respecte pas chacun de ses confrères, qui manque d'humilité en prenant des décisions hallucinantes sur des questions techniques, qui mène de faux ou mauvais combats, qui s'enferme dans une tour d'ivoire et séquestre la discussion confraternelle...

Les critiques semblent infinies et la déception grandit.

Puis un jour, une gazette publie la pensée d'un confrère qui avait quelques années auparavant émis une idée révolutionnaire, qualifiée de « gros mot », la création d'un Ordre National. (QUEL ORDRE NATIONAL POUR LES AVOCATS ? de Michel BENICHOU. GP du 19 au 21 juin 2011)

Cette fois-ci, Monsieur le Bâtonnier BENICHOU nous offre une réflexion achevée qui ne manque ni d'audace, ni de courage.

Sa vision est audacieuse ; elle nous bouscule en nous rappelant que le premier des contre-pouvoirs est constitué par chacun d'entre nous et nous incite à devenir tout simplement responsable ; de façon concrète et explicite, elle privilégie la proximité entre notre représentation et nous, sans rejet ni crainte du débat démocratique.

Sa vision est courageuse ; elle explique le choix opéré, étape par étape, pour concevoir l'Ordre National, s'exposant ainsi aux jugements et critiques.

La pensée de notre confrère est une merveilleuse invitation à réfléchir ensemble à notre avenir.

Mais quelles que soient nos opinions ou espérances, je crois qu'il ne faut jamais oublier qu'une représentation nationale a l'âme des élus qui lui donnent vie.

Et la plus grande difficulté à surmonter est le devoir quotidien de nos élus de servir notre profession en faisant preuve de respect, d'abnégation, de détermination, de compétence et de courage.