Par nathalie.kerdrebez le 12/02/12

Albert attendait impatiemment, son éducateur assis à côté de lui.

Il fixait la porte du juge, il aurait aimé la voir voler en éclats, juste pour éviter une énième rencontre avec un magistrat qui le prenait pour un attardé mental et lui offrait des rappels à la loi soporifiques.

Albert pensait que la justice était juste une façon pour la société de se donner bonne conscience, elle intervenait toujours trop tard, seulement pour donner des leçons de bonne conduite et punir.

Albert se souvenait de sa première audience ; il était jeune, si jeune, le juge avait pris la décision de le séparer de sa mère ; il avait hurlé « où étiez-vous avec votre justice pour empêcher ma mère de noyer son chagrin dans l'alcool.., vous et votre justice qui me volez ma mère, vous allez peut-être m'offrir une nouvelle maman... »

Albert se souvenait de ce jour là, sa tête brûlait, son coeur avait explosé, il avait commencé sa nouvelle vie sans maman à l'hôpital.

Mais aujourd'hui, Albert se moquait de son passé comme de son présent, il ne pensait qu'à l'avenir.

Dans deux ans il serait majeur ; dans deux ans, il serait le hacker le plus recherché, il savait qu'il finirait en prison et l'espérait même.

Albert avait un vrai don, il s'introduisait dans tous les systèmes, aucune sécurité ne lui résistait.

Au foyer, même les plus coriaces admiraient le talent d'Albert et toléraient sa passion pour les livres.

La porte du juge s'ouvrit sans prévenir.

Albert vit sortir une avocate et ressentit une chaleur apaisante l'envahir doucement.

L'inconnue avait le sourire d'un ange, l'un de ses confrères l'appela.

Sans réfléchir, Albert mémorisa le prénom et le nom de l'inconnue ; il entrerait en contact avec Léa.

Tous les jours, Albert écrivait un commentaire sur le blog de Léa.

La première fois, il n'avait pas osé écrire avec ses mots, il avait recopié la quatrième couverture d'un livre, mais Léa s'en était aperçue.

Alors, Albert avait surmonté sa timidité et confié à Léa ses pensées.

Léa aimait lire les commentaires d'Albert, l'écriture était belle, sensible et sincère.

Elle n'avait pas réussi à découvrir qui était l'inconnu qui avait surgi un jour sur son blog, ni la raison pour laquelle il intervenait, il était évident que les publications juridiques ne l'intéressaient.

Un soir, Léa posa directement la question : « Cher Albert, qui êtes-vous ? »

La réponse ne vint pas sur le blog, mais dans un mail à la surprise de Léa.

Elle ouvrit le message, les mots dansaient devant ses yeux, la musique était magnifique et bouleversante ; l'inconnu confiait à Léa les secrets de sa vie, sans paillettes, sans mensonges, en jonglant merveilleusement avec les lettres majuscules et minuscules.

Léa était impressionnée, Albert l'inconnu était un enfant perdu de 16 ans qui avait un don extraordinaire pour l'écriture.

Le message finissait par une petite question : « Et vous Léa, qui êtes-vous lorsque vous n'êtes pas avocat ? »

Léa sourit.

Elle se souvenait de sa prestation de serment, elle était fière et heureuse, elle intégrait le cabinet de ses rêves.

Puis était survenu l'accident, Léa était enceinte ; son ami était fou de joie, Léa avait essayé de lui expliquer que c'était prématuré, elle avait avorté ; son ami n'avait pas compris et l'avait quittée.

Léa n'avait ni mari, ni enfant, que des aventures ; elle avait choisi sa carrière et était fière de sa réussite.

Léa sourit.

Elle pensa que le hasard était un grand farceur ; un enfant en quête d'affection est tombé sur le blog d'une personne qui a sacrifié les sentiments toute sa vie.

Léa décida de répondre à Albert qu'elle était une personne ordinaire ; mais la réponse fut différente, elle écrivit :

« Je ne sais pas ».

Un nouveau mail d'Albert apparut : « Moi non plus je ne sais pas qui vous êtes, je sais juste que vous avez le sourire d'un ange. »

Léa sentit les larmes glisser sur ses joues ; il avait suffit d'un enfant perdu, d'une question que personne ne posait plus par indifférence, pour que les mots touchent son coeur.

Léa se ressaisit très vite, elle avait choisi sa vie et même rêvé.

Cet après-midi Léa était contrariée, son avion avait atterri en retard, elle avait espéré rattraper avec le taxi le temps perdu dans le ciel, mais le chauffeur était un crétin, il se glorifiait de respecter les limitations de vitesse.

Léa arriverait en retard à l'audience.

Enfin le taxi s'arrêta devant le Palais de Justice, Léa se précipita vers l'entrée, salua de loin un confrère, elle n'avait pas le temps de discuter.

En franchissant la porte, elle entendit une voix derrière elle qui appelait Albert.

Léa s'immobilisa, se retourna, elle vit un homme parler à un jeune de 16 ans aux cheveux rebelles, avec des lunettes Harry Potter ; le garçon la regardait et n'écoutait pas l'homme qui vociférait son prénom.

Léa sourit, finalement c'était une très belle journée.

Cinq ans plus tard, Albert attendait patiemment le compte à rebours ; il était sur un plateau de télévision pour présenter son premier roman.

C'était l'histoire d'une rencontre entre une petite et une grande personne, l'une blessée par la vie, l'autre par son ambition.

Albert regardait Léa assise dans le public, elle lui souriait.

Comme un bonheur n'arrive jamais seul, Léa était venue avec son compagnon.

Albert entendit le compte à rebours, il se tourna vers le présentateur qui prononça le titre de son roman « Le sourire de Léa ».

Par nathalie.kerdrebez le 30/07/11

Léna était heureuse d'arriver à destination, ses enfants s'esclaffèrent devant le magnifique château qui allait être leur repère le temps des vacances.

Monsieur Libstein, leur hôte n'était pas là mais son neveu, Julien, les accueillit.

Il les emmena dans leur logis, aménagé avec goût dans une dépendance du château.

Leur guide était très stressé, il recevait des amis le soir même et était très en retard surtout qu'il devait parcourir une cinquantaine de kilomètres pour rejoindre son domicile.

Il s'excusa de les laisser visiter le parc seuls, mais il était vraiment en retard.

Léna et les enfants rirent au départ précipité de Julien dans sa belle voiture rouge.

Avant de défaire leurs bagages, ils se précipitèrent tous les trois découvrir le parc.

C'était magique, une rivière coulait tranquillement entre les arbres et fleurs, des petits ponts offraient aux promeneurs la possibilité de poursuivre leur chemin de l'autre côté de la rive, mais aux yeux des enfants, le trésor était une grande piscine cachée par des bosquets.

Ravie, Léna se dit qu'elle avait été bien inspirée de choisir ce lieu enchanteur pour les vacances.

Le lendemain, Léna croisa Monsieur Libstein, il était souriant mais son regard était glacial.

Les vacances se passaient sans l'ombre d'un nuage jusqu'au troisième jour.

Léna se réveilla avec une immense tristesse incompréhensible, elle pensa à son ami qui n'était pas là et une idée s'imposa à elle, il ne l'aimait pas.

Léna se dit qu'elle était la femme la plus stupide de l'univers ; tous les jours, elle recevait des petits messages de lui, mais Léna avait l'impression que les mots de son ami étaient plus distants.

Léna s'obligea à ne plus avoir de pensées dépressives, elle était tout simplement fatiguée et poursuivit avec ses enfants la découverte de villages inconnus, de ruines de château-forts.

Malgré ses efforts et les rires de ses deux petits anges, Léna s'endormit avec cette immense tristesse qui ne l'avait pas quittée de la journée.

Dans la nuit, Léna fit un cauchemar et se réveilla apeurée.

Le cauchemar était absurde, Léna le savait et d'ailleurs il n'était pas si terrifiant que cela, sinon Léna se serait obligée dans son rêve à se réveiller, comme elle avait l'habitude de le faire pour les cauchemars abominables.

Parfaitement bien éveillée, Léna ressentit une peur plus grande, ce n'était pas le cauchemar, c'était le château, les lieux étaient devenus hostiles.

Léna était agacée par ses pensées ridicules, ses peurs idiotes et se força à émettre des idées rationnelles pour vaincre l'angoisse qui grandissait en elle.

Et de façon très rationnelle, son esprit se remémora les petits mensonges de Monsieur Libstein, son regard glacial qui contredisait son sourire enjoué, la disparition de Julien dont la belle voiture rouge était garée depuis plusieurs jours dans la cour.

Léna se dit qu'il fallait peut-être faire confiance à ses émotions qui étaient aussi la manifestation de son intuition et être très vigilante.

Le lendemain était une merveilleuse journée ensoleillée, Léna et ses enfants profitèrent de la piscine tout l'après-midi.

A l'heure du goûter, Léna traversa le parc pour aller chercher gâteaux et boissons pour ses petits anges.

Arrivée dans la cuisine, elle entendit des pleurs d'enfant.

La peur de Léna surgit violemment, elle se mit à trembler ; guidée par les pleurs, Léna ouvrit la porte du grenier, monta les marches terrorisée et vit quatre personnes gisant dans une mare de sang.

Léna était sidérée par l'horreur, elle voulut fuir mais ses jambes ne lui obéissaient plus.

Les sanglots tout proches délivrèrent Léna de la tétanie, elle s'avança vers une malle et découvrit une petite fille en larme.

Léna voulut la prendre dans ses bras pour l'emmener avec elle mais l'enfant hurlait maintenant de terreur.

Alors Léna dit à la petite fille qu'elle allait chercher de l'aide et reviendrait aussitôt.

Léna se précipita dans les escaliers, le temps avait tourné à l'orage.

Léna aperçut par la fenêtre des silhouettes, voulut l'ouvrit pour appeler au secours, mais immobilisa son geste, l'allure des personnes dans la cour était singulière, c'étaient des hommes armés, en uniforme noir.

Léna était tétanisée.

Son instinct de survie résuma la situation, dans le grenier des personnes assassinées, dans la cour des cinglés déguisés en SS et ses enfants seuls à la piscine et cette petite fille...

Soudain la porte d'entrée s'ouvrit, des voix se rapprochèrent.

Paniquée, Léna remonta l'escalier en essayant de ne pas faire de bruit, referma la porte du grenier derrière elle et rejoignit l'enfant en lui expliquant doucement qu'elles devaient toutes les deux rester bien cachées et silencieuses à l'abri de la malle.

Léna s'assit près de la petite fille et la serra très fort contre elle, espérant que les monstres ne reviendraient pas sur les lieux de leurs crimes.

Personne ne monta au grenier, mais les voix des étrangers résonnaient.

Léna se dit qu'il fallait être patiente, ils finiraient bien par partir et elle pourrait fuir avec sa petite protégée qui s'était endormie dans ses bras.

L'enfant dormait tranquillement, protégée de l'horreur par un sommeil paisible.

Léna se réveilla en sursaut, elle s'était assoupie sans s'en apercevoir, les rayons du soleil se hasardaient dans le grenier, les voix avaient disparu.

Léna fut envahie par un espoir, ils étaient partis.

Elle voulut réveiller la petite fille, mais elle ne respirait plus, elle s'était endormie dans ses bras, pour rêver pour toujours loin de tout, loin des souffrances, des chagrins, de la folie humaine.

Léna sentit ses forces l'abandonner, elle ne voulait plus lutter, elle était si fatiguée de vivre.

Léna entendit la porte du grenier s'ouvrir, elle n'avait plus peur maintenant, un voile d'une douceur blanche l'enveloppait.

Léna ne se battrait plus jamais ... la lumière blanche devient plus vive, éblouit Léna qui aperçut au dessus d'elle trois visages, les traits s'affirmèrent, ses enfants et Monsieur Libstein la regardaient.

Léna avait juste fait un malaise dans un grenier où elle n'avait aucune raison de se trouver, les gâteaux et boissons attendus par ses deux petits anges étaient dans la cuisine.

Après ce malaise incongru, la tristesse de Léna s'était envolée, les vacances se poursuivirent sans l'ombre d'un nuage.

Trois mois après son retour de vacances, Léna reçut une lettre de Monsieur Libstein :

« Chère Madame,

Il me paraît important de vous révéler un secret de famille, un secret de pierres comme disait mon père.

Lors de la seconde guerre mondiale, il est survenu un horrible drame au château.

Mon père et ses compagnons étaient cachés dans le parc, lorsque des officiers SS envahirent les lieux, ils trouvèrent une famille juive cachée au grenier et tuèrent ces pauvres personnes.

Lorsqu'au petit matin les allemands partirent, mon père et ses compagnons se précipitèrent au grenier espérant qu'il y aurait des survivants.

Le médecin entra le premier et vit les corps inanimés, mon père découvrit derrière une malle une petite fille, aucune blessure visible, il espéra qu'elle avait été épargnée, mais le médecin diagnostiqua un arrêt cardiaque.

Mon père n'a jamais pu oublier ce drame ..., la petite fille au coeur transpercé par l'horreur, broyé par la terreur.

Il savait que cela aurait été une opération suicidaire de tenter de sauver cette famille, les allemands étaient plus nombreux et mieux armés, mais il savait aussi que pour sa famille et son enfant, il aurait donné l'ordre à ses compagnons de tenter l'impossible.

Depuis cette horrible nuit, les pleurs de la fillette envahirent le coeur de mon père et le château.

Mais depuis votre malheureuse aventure dans le grenier, l'enfant ne pleure plus.

Merci à vous, Chère Léna.

Sincèrement Vôtre. »

Léna reposa la lettre, prit une cigarette et sortit dans le jardin.

Elle songea au rêve et à ses multiples facettes, le rêve prémonitoire qui reflète dans l'esprit comme dans un miroir la réalité à venir, le rêve cauchemar qui dessine dans la nuit les inquiétudes, contrariétés du quotidien et maintenant...l'étrange rêve qui mène au coeur d'une réalité passée.

Par nathalie.kerdrebez le 08/07/11

Le Sage salua la Rebelle et vit dans son regard briller le cercle de vie.

Il sourit, prit une pierre et dessina autour d'eux un cercle parfait; il demanda à la Rebelle de prononcer le serment.

Elle prit le temps de chercher les mots et s'amusa à les nommer dans le désordre: humanité, indépendance..., à hésiter en prononçant certains,... probité, ... dignité,... conscience.

Sa voix claire libéra les mots qui se réfugièrent sur le cercle, en lettres majuscules.

Le Sage ignora les facéties de son élève et poursuivit la leçon; il choisit la courtoisie pour commencer le duel.

Les coups de son élève étaient francs et audacieux; mais fort de son savoir, le Sage les esquiva avec délicatesse et toucha son élève par sa dignité.

La Rebelle n'abandonna pas pour autant le combat; en conscience, elle se redressa pour défendre son indépendance et provoqua la probité du Sage.

Mais les feintes de l'élève ne surprirent pas le maître qui eut le dernier mot.

La Rebelle s'inclina devant l'humanité du Sage.

Avant de se quitter, ils se saluèrent, chacun plongé dans ses pensées.

Avec sérénité, le Sage espéra connaître bientôt le jour où l'élève dépassera le maître.

Le coeur palpitant, la Rebelle vola la pensée du Sage et espéra que jamais n'arrivera ce jour où le Sage ne serait plus.

Par nathalie.kerdrebez le 28/05/11

Affolé, l'enfant se précipita chez l'ange gardien pour l'emmener auprès de son amie qui pleurait jour et nuit.

Mais l'ange gardien avait disparu depuis jour et nuit ; un parfum d'abandon régnait dans sa maison.

L'enfant sentit son courage s'envoler ; mais il se précipita vers la bibliothèque, déterminé à offrir le livre des nuances à son amie.

Rageusement, il bouscula les milliers d'ouvrage et aperçut enfin le minuscule livre gris.

Il le prit fiévreusement dans ses petites mains, ressentit soudain une chaleur glaciale.

« Le livre serait-il maléfique ? » se demanda l'enfant inquiété par une étrange pensée.

Il posa le livre sur le petit fauteuil bleu, commença sa lecture, mais s'arrêta aussitôt, une angoisse serra son coeur.

L'enfant ne connaissait pas la musique des mots qui dansaient devant lui ; il feuilleta les pages de colère et ne trouva nulle part la clé pour pénétrer dans ce monde inconnu.

Il ferma les yeux avec l'espoir que le cauchemar allait disparaître.

Il prit sa respiration, posa à nouveau les yeux sur les lettres mystérieuses et comprit, le livre si laid était celui des grandes personnes.

L'enfant sourit, il suffisait de le lire avec un regard de grand.

Courageusement, il se plongea dans l'univers étranger.

Mais au fil des phrases qu'il déchiffrait, l'enfant avait de plus en plus mal au coeur, la nausée envahit son esprit, l'air devint brûlant, il vit l'espace valser autour de lui.

L'enfant comprit qu'il était en train de mourir et savait qu'il suffirait d'abandonner le livre pour vivre.

Mais son coeur lui interdit, il volerait les nuances pour son amie, et seulement ensuite il s'endormirait sans regret.

A cet instant, la porte de la maison s'ouvrit, ce n'était pas l'ange gardien qui apparut, c'était juste son amie.

Elle se dirigea vers le petit fauteuil bleu, saisit délicatement le livre des nuances et le rangea.

Puis elle prit l'enfant dans ses bras, le serra tendrement et lui murmura à l'oreille :

« Je ne veux plus que tu t'inquiètes pour moi ; je suis une grande personne et c'est moi qui prends soin de toi.

Le livre des nuances, je le connais et n'en ai pas besoin.

Je ne désire pas être parfaite, seuls les dieux le sont, et leur perfection étouffe des vies et en brise beaucoup.

Quant à la tristesse, elle n'est ni méchante, ni vilaine.

Si tu sais écouter la musique des larmes ou leur silence, tu découvriras que pleurer c'est avant tout éprouver des émotions et des sentiments sans mensonge. »

Elle sentit un baiser chatouiller sa joue, une petite tête se réfugier sur son épaule, l'enfant s'endormit en rêvant à de nouvelles aventures.

Par nathalie.kerdrebez le 28/05/11

L'enfant vit son amie assise sous l'arbre des pensées, vêtue d'une immense tristesse.

Le coeur troublé, il s'approcha tendrement et découvrit le chagrin caché dans ses yeux.

L'intrus malheureux conta à l'enfant la triste aventure :

« Il était une fois un voleur qui n'avait jamais rêvé d'être un sage ; mais pour vivre son plus grand rêve, il décida de le devenir.

Son quotidien était de composer une mélodie harmonieuse avec de pauvres petites notes insatisfaites, rebelles, colériques, prétentieuses, ambitieuses, insouciantes, sournoises...

Le plus sage des sages aurait pêché les notes et les aurait libérées dans une goutte voyageuse.

Les notes auraient ainsi découvert la vie d'ailleurs en traversant les mers, l'absence de tout, l'enfer de vivre.

La goutte serait devenue une larme silencieuse.

Alors le plus sage des sages aurait recueilli la larme dans la paume de sa main.

Les notes, devenues attentives à autrui, auraient séché avec dignité leurs yeux.

Le coeur inondé d'humanité, l'esprit assoiffé de conscience et d'indépendance, elles auraient offert la plus belle des mélodies à celui qui leur donne le meilleur de lui-même à chaque instant.

Mais le sage des sages n'existait que dans l'esprit d'une petite note rebelle.

Emu par l'histoire, le vent souffla si vivement que la petite note s'envola et entendit, assise sur un nuage, une mélodie inconnue illuminer les esprits.

Bercée par tant de prouesses, elle s'endormit pendant que le voleur devenu sage veillait en silence sur les rêves.

Lorsqu'elle s'éveilla, les rêves avaient disparu.

Devant ce mystère, la petite note glissa du nuage et plongea dans le regard du voleur devenu sage.

Elle vit un immense labyrinthe, sentit sa curiosité reculer, avança et découvrit une malle.

Elle l'ouvrit prudemment, les rêves dormaient bercés par mille mélodies.

Devant le miroir de la vérité, la petite note vacilla de douleur, tomba du regard du voleur devenu sage et vit devant elle le voleur de rêves.

La glace envahit son coeur qui se brisa en mille éclats.

Réveillés par l'horrible sort de la petite note, les rêves cueillirent les milles éclats et s'envolèrent très loin dans le ciel pour les confier aux étoiles. »

Le chagrin soupira et avoua à l'enfant : « Ton amie pourrait survivre le coeur brisé si son âme n'était pas rebelle. Pour la sauver, offres lui le livre des nuances qui enseigne la magie de la vie en couleur. »

Par nathalie.kerdrebez le 19/05/11

L'enfant perdu chuchota "Arx tarpeia Capitoli proxima"...

Il fronça les sourcils, mordilla sa lèvre et médita sur les mystérieuses lettres qui dansaient sous ses yeux.

Par nathalie.kerdrebez le 14/05/11

Antoine se traîna jusqu'à la salle de bains, leva la tête et se regarda dans le miroir.

« Allez mon gars ! Un peu de courage ! Tu es l'avocat du secteur assisté ! »

Sa pensée ne le fit pas sourire.

Lui qui aimait l'humour, ne fréquentait plus que l'ironie.

Il savait que sa vie avait basculé.

Mais comment ? Il l'ignorait.

Il se souvint du jour de son entrée au service Secteur Assisté de l'Ordre.

Il avait postulé, les promesses étaient belles, il serait toujours un avocat mais plus « gagne petit » grâce à la fonctionnarisation généreuse qui offrait une juste rémunération.

A son arrivée, ils étaient une vingtaine de confrères chanceux, aujourd'hui il était l'unique survivant.

Que s'était-il passé ?

Rien de surnaturel, juste l'effet logique d'une déjudiciarisation associée au désengagement financier de l'Etat.

Les dossiers chutèrent avec l'augmentation constante du droit de timbre, les audiences disparurent avec l'excès du recours à la visioconférence...

Lui qui avait été passionné par les nouvelles technologies, était pris de nausée à la vision d'un écran.

Grâce à la magie du virtuel, il n'avait plus besoin de se déplacer pour s'entretenir avec ses clients, pour assister les gardés à vue, quant à la plaidoirie il suffisait d'envoyer un petit fichier ultrasécurisé vers une boîte noire qu'il avait baptisée avec ironie « Dame Justice ».

Il se souvint de ses débuts chaotiques qui lui valurent une admonestation paternelle puis une menace confraternelle.

Pourtant, il savait qu'il avait eu raison de soulever le conflit d'intérêts, mais son bâtonnier était en affaires avec la partie adverse.

Le plus triste souvenir était cette magnifique nullité qu'il s'apprêtait à plaider, ses conclusions étaient presque terminées lorsque son bâtonnier entra dans son bureau et lui demanda d'effacer ses écritures, il refusa et la menace le gifla si fort qu'il resta sans voix.

Maintenant, il se souvenait de tout, des jours difficiles mais heureux, des duels avec le procureur ou le président, des discussions avec les confrères, des cafés bus en compagnie de l'huissier de permanence, des clients et de leurs émotions,...

Il s'observa dans le miroir et se vit le jour de sa prestation de serment.

Antoine fut ébloui par la fierté de ce jeune avocat, par sa détermination à affronter l'ennemi des libertés et des droits, par son amour pour la défense...

Les larmes noyèrent son regard.

Pauvre petit Antoine ! Il avait renoncé, croyant aux beaux discours des Grands du Barreau; il avait renoncé, espérant un avenir meilleur.

Sa colère libéra les petits mots trahis, Indépendance, Dignité, Conscience, Probité, Humanité.

Le miroir se brisa, les yeux d'Antoine sourirent.

Il n'est jamais trop tard pour défendre la plus belle des causes.

Par nathalie.kerdrebez le 13/05/11

Depuis plusieurs jours, peut-être plusieurs semaines, ma fille ne me parle plus et pleure le soir dans sa chambre.

J'ai essayé de la consoler mais elle a fait comme si elle ne m'entendait pas, comme si elle ne me voyait pas.

C'était terrible de la regarder m'ignorer, nier ma présence.

Je suis si fatiguée de mes journées, je pars tôt, je rentre tard.

Je ne me souviens d'aucune querelle, je ne me souviens même plus de ce que j'ai fait dans la journée tellement je suis épuisée.

Je crois que je suis surmenée, j'ai trop tiré sur la corde et le résultat est que je me suis éloignée de ma fille sans m'en apercevoir.

Je n'ai même pas le temps de consulter mon médecin pour soigner cette toux qui me harcèle et maintenant je souffre de troubles de la mémoire et d'une immense fatigue.

Il est peut-être temps que je prenne soin de moi et surtout de mon enfant.

C'est décidé, demain c'est samedi, je lui parlerai, lui dirai de faire le procès de la businesswoman qui a abandonné son enfant pour gagner encore plus toujours plus.

Mais ce soir je renonce, je suis trop fatiguée, ce sera mieux demain.

Le lendemain, je me suis levée, reposée pour une fois, la maison était silencieuse, le soleil brillait, c'était une merveilleuse journée pour régler les problèmes.

Je suis descendue pour préparer le petit déjeuner, mais je me suis aperçue que ma fille l'avait déjà pris.

Je l'ai cherchée dans la maison, mais elle était déjà sortie.

Je décidai alors de l'attendre.

Les heures passaient alors je l'ai appelée sur son portable mais elle n'a pas répondu.

Je suis montée dans sa chambre soigneusement rangée et mon coeur palpita lorsque je vis près de son lit une photographie de nous deux qui avait été prise lors de nos dernières vacances.

Je m'assis à son bureau et soudain je vis une lettre inachevée.

Je n'avais pas l'intention de la lire mais par inadvertance j'avais lu les premiers mots, alors c'était trop tard pour m'arrêter.

« Ma petite maman d'amour,

Je suis très malheureuse, je voudrais que tu sois avec moi.

Je t'aime et tu me manques.

Je déteste cette horrible maladie qui t'a emmenée avec elle... »

Comment avais-je pu oublier que je suis morte ?

Moi, la super businesswoman qui a réussi sa carrière en étant mère célibataire, je n'ai même pas pris le temps de m'intéresser à ma mort, j'étais trop occupée à courir à droite à gauche après l'argent, la réussite,... l'absurdité tout simplement.

C'est terrible, mon bébé d'amour, je ne l'ai pas vu grandir...

Une porte claqua, des voix joyeuses résonnèrent et soudain j'entendis le rire de ma fille envahir la maison et chasser tous les chagrins.

Ce fut mon dernier souvenir et le plus heureux, mon enfant ne pleurait plus.

L'alarme de mon téléphone portable se déclencha.

J'ouvris les yeux puis les refermai, l'alarme continuait à sonner.

J'ouvris les yeux, pris mon téléphone et souris.

Nous étions le samedi 14 mai 2011, il était 8h30.

C'était juste un horrible cauchemar.

Ce matin je préparerai le petit déjeuner pour ma fille et moi, puis j'enverrai un texto à ma secrétaire pour qu'elle fasse patienter le premier rendez-vous de lundi.

Dorénavant, j'emmènerai mon enfant à l'école.

Par nathalie.kerdrebez le 09/04/11

Toute petite, Léa passait un temps infini à observer les personnes humaines.

A la fin de son enseignement, elle refusa de devenir archange pour être ange gardien.

Les cieux sourirent devant le choix de Léa.

A chaque mission, un ange gardien connaît l'avenir de son protégé et intervient à l'instant T pour écarter le danger.

L'ange demeure caché et sourit en entendant les paroles « Vous avez eu une chance extraordinaire ... C'est un vrai miracle...Mon Dieu, je suis en vie... ».

Mais Léa ne procédait jamais ainsi.

Quelques jours avant l'instant T, elle apparaissait dans la vie de ses protégés qui rencontraient par hasard une jeune femme charmante.

Puis la mystérieuse inconnue leur sauvait la vie et disparaissait aussitôt.

Un jour, Léa tomba amoureuse de l'un de ses protégés.

Les cieux étaient inquiets, jamais un ange n'était tombé amoureux depuis la nuit des temps.

Ils demandèrent à Léa de demeurer invisible lors de ses missions, car il est très dangereux d'éprouver les émotions humaines.

Mais Léa ignora leurs conseils.

Pendant des siècles, elle aima le même homme dont l'âme survivait et poursuivait l'aventure humaine en naissant, vivant et mourant à l'infini.

Cet homme tomba aussi amoureux de Léa à chaque rencontre mystérieuse, dans chacune de ses vies.

Un jour éclata une horrible guerre et Léa savait que son amoureux ne pourrait survivre.

Un ange a des pouvoirs magiques, mais pas celui d'arrêter une guerre.

Léa vit l'instant où celui qu'elle aimait mourait.

Pour la première fois elle demeura invisible, l'enlaça dans ses bras et n'éprouva plus qu'un seul désir, celui de mourir pour sauver une vie.

Ce jour là un miracle se produisit sur terre, un homme survécut devant un peloton d'exécution et disparut par magie loin de ses assassins.

Ce jour là les cieux pleurèrent en silence ; pour la première fois depuis la nuit des temps, un ange était mort, l'ange prodige était mort par amour pour une personne humaine.

*******

Le Professeur entra dans la chambre de sa nouvelle patiente.

La jeune femme avait été renversée par une voiture, avait subi un traumatisme crânien, des contusions bénignes, mais était dans le coma depuis le choc.

Le Professeur avait étudié avec curiosité le dossier clinique de la jeune femme qui avait une activité cérébrale intense tout en étant plongée dans un coma profond.

Il s'approcha du lit et posa ses yeux sur le visage de l'inconnue endormie.

Son coeur se mit à palpiter, il fut pris de vertiges et dut s'asseoir pour ne pas tomber.

Le Professeur se vit enfant sur la plage en compagnie de sa nouvelle amie, Léa, qui lui racontait des histoires merveilleuses, savait répondre à toutes les questions, l'avait sauvé de la noyade puis avait disparu mystérieusement.

L'inconnue avait le visage, la chevelure et l'âge de Léa.

Le Professeur était si troublé qu'il rechercha sur la fiche de soins le prénom de la jeune femme et lut Elena.

Chaque jour, il rendait visite à sa patiente, éprouvait le même trouble en la regardant et passait ses soirées à lire à l'inconnue des histoires.

Un matin, la jeune femme sortit du coma comme si elle se réveillait d'un très long sommeil.

Le Professeur fut prévenu immédiatement et accourut auprès de sa patiente.

Lorsqu'il croisa le regard d'Elena, il vit Léa le regarder.

Elena sourit et lui dit bonjour, le Professeur n'avait plus aucun doute.

Sa mystérieuse patiente était Léa.

Personne n'a le même regard, le même sourire, la même voix qu'une autre personne.

Miraculeusement Elena s'était réveillée, mais avait perdu la mémoire.

Le Professeur tenta une expérience, il donna à sa patiente un album de photographies qui le représentaient lorsqu'il était enfant.

Elena fut ravie de cette surprise et se mit à feuilleter l'album.

Soudain, des larmes glissèrent sur les joues de la jeune femme qui demeura tétanisée devant un cliché, celui d'un petit garçon qui avait été sauvé d'une noyade.

Elena recouvra la mémoire, vit le peloton d'exécution, entendit le sifflement des balles et sentit une nuit sans étoile l'envelopper.

Puis les étoiles apparurent, les cieux la regardaient et lui offrirent une vie humaine, celle dont elle avait toujours rêvé.

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Elena sortit de la clinique, radieuse, elle était enfin une personne humaine et espérait rencontrer par hasard l'homme qu'elle avait toujours aimé.

Elle entendit un grincement de frein, s'aperçut qu'elle était au milieu de la chaussée et qu'une voiture arrivait sur elle.

La voiture s'arrêta à quelques millimètres d'elle.

Elena tremblait, elle se dit qu'elle avait eu une chance extraordinaire, qu'elle aurait pu mourir.

Le conducteur se précipita hors de sa voiture pour s'assurer que la jeune femme imprudente n'était pas blessée.

Elena vit le visage de l'inconnu, le reconnut, mais une immense tristesse l'envahit, il ne pourrait jamais la reconnaître.

Troublée, elle dit au conducteur attentionné qu'elle n'avait rien et partit précipitamment, continua son chemin sans se retourner.

Elle entendit derrière elle des pas se rapprocher et une voix l'appeler: « Léa ! Léa ! ».

Les cieux et les anges sont de grands sentimentaux, ils aiment les histoires d'amour et entendre l'amoureux de Léa lui murmurer chaque nuit à l'oreille « Fais de jolis rêves mon Ange ».

Par nathalie.kerdrebez le 08/04/11

En jouant, l'enfant dessina autour de lui un cercle; il écrivit sur une ligne en lettres minuscules : respect et liberté.

Pour amuser l'enfant, les lettres se prirent par la main et se mirent à danser autour de lui.

L'enfant grandit, le cercle aussi.

En grandissant, il quitta le cercle par curiosité et s'aperçut que la vie n'avait aucun sens.

Il faillit en mourir et se promit de ne plus jamais franchir la ligne.

En vieillissant, il prit le temps de mieux connaître ses deux amis et découvrit:

Le respect disparaît, si la sincérité n'est plus;

La liberté est plus fragile, il faut vaincre ses peurs pour la préserver.

Avec la complicité de ses amis, il comprit le secret de sa vie: il est son seul ennemi.

Pour le féliciter, les lettres cessèrent de danser et virent une grande personne au milieu de la ronde.

L'inconnu leur sourit, les lettres crurent un instant reconnaître l'enfant.

L'inconnu leur parla et les lettres rassurées comprirent que l'enfant avait juste grandi.

Vu de l'extérieur, le cercle de vie semble facile à briser: un enfant solitaire et de minuscules lettres.

Mais l'instinct de survie qui rêve d'éternité, veille, car il sait que l'enfant mourra si le cercle est détruit.