Par olivier.poinsot le 20/04/16

La revue juridique Droit & Santé n° 70 de mars 2016 comprend une chronique intitulée : "la maltraitance et ses sanctions" (p. 172-190).

 

La polysémie de la notion de maltraitance, par la juxtaposition de considérations pénales et d’attentes qualitatives non nécessairement infractionnelles, peut conduire à une confusion que les recommandations de bonnes pratiques professionnelles de l'ANESM contribuent à dissiper. La sanction de la maltraitance, si elle présente un caractère quasi absolu en cas d’atteinte à l’intégrité des personnes accueillies, prend une forme plus relative dès lors que le juge prend en considération les circonstances de chaque espèce.

 

Plan de la chronique :

I/ La polysémie du terme de maltraitance

     A/ L'ambiguïté de la notion de maltraitance

     B/ Une définition de « droit mou »

II/ La sanction de la maltraitance

     A/ Une sanction rigoureuse de la maltraitance au sens pénal

     B/ La pragmatique sanction de la maltraitance ou la « tentation de Bourges »

 

Pour accéder à la notice bibliographique de cette notice sur le site HAL SHS : cliquer ici

 

Par olivier.poinsot le 20/04/16

La maison bordelaise LEH EDITION, spécialisée en droit de la santé, annonce la publication, le 6 juillet 2016, d'un manuel consacré au droit des personnes accueillies ou accompagnées par les établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESSMS).

 

Maîtriser les « outils de la loi 2002-2 » constitue, pour les professionnels des ESSMS, une exigence majeure à l’égard des personnes accueillies ou accompagnées, de leur famille et de la puissance publique. Ainsi le prononcé d’une admission ou d’une sortie, le traitement d’une réclamation, la réalisation d’une évaluation externe, la soumission à une inspection administrative conduisent-ils à vérifier l’effectivité de leur mobilisation au service de la bientraitance. Par ailleurs, les positions respectives des usagers, établissements et services, organismes gestionnaires et institutions publiques ont évolué à la suite de l’entrée du système de santé et de protection sociale français dans l’ère du new public management, militant en faveur de l’abandon du terme même d’usager et, corrélativement, pour l’adoption d’une conception consumériste de la relation d’aide.

 

A partir d’une analyse détaillée de la notion de maltraitance dans son acception juridique, ce manuel propose une présentation des divers dispositifs de protection et de promotion du droit des personnes accueillies ou accompagnées – qu’ils relèvent de l’ordre public ou de la liberté contractuelle – aussi bien en droit privé qu’en droit public. A jour des lois Hamon, Macron, ASV, MSS, des réformes du droit des contrats et du Code de la consommation, alimenté par la jurisprudence judiciaire et administrative la plus récente, il propose au lecteur des solutions pratiques tout autant que des réflexions théoriques sur le droit des personnes comme composante du droit des institutions sociales et médico-sociales ; c’est pourquoi il est destiné aux professionnels eux-mêmes, aux évaluateurs externes, fonctionnaires des corps de contrôle, étudiants, juristes, enseignants et formateurs mais aussi aux personnes elles-mêmes, à leurs proches, leur famille et leurs associations de défense ainsi qu’aux associations agréées de consommateurs.

 

Cet important travail (430 p.) a vocation à s'inscrire dans le prolongement des cinq éditions sucessives de la première monographie qui a été consacrée à ce sujet,  celle du professeur Jean-Marc Lhuillier qui joue un rôle précurseur dans l'étude de maints aspects du droit des institutions sociales et médico-sociales.

 

Le plan de ce manuel préfacé par Hervé RIHAL, professeur agrégé de droit public à l'Université d'Angers, directeur du Centre Jean-Bodin et délégué du GIAA en Pays-de-Loire, est le suivant :

 

Introduction

Section 1ère : la reconnaissance juridique de la notion de dignité de la personne humaine

Section 2 : la reconnaissance de la personne accueillie comme sujet de droit à part entière

 

Première partie : l’impératif de protection des personnes accueillies

 

Chapitre 1er : la maltraitance

Section 1ère : la polysémie du terme de maltraitance

Section 2 : la sanction de la maltraitance

 

Chapitre 2 : Le droit des usagers

Section 1ère : les droits et libertés de la personne accueillie

Section 2 : la sanction des droits et libertés de la personne accueillie

 

Seconde partie : Les dispositifs juridiques mobilisés dans la relation d’accueil

 

Chapitre 1er : la protection du droit des usagers par l’ordre public

Section 1ère : la formalisation de l’organisation et de la réalisation de la prise en charge

Section 2 : la participation à la vie de l’établissement

Section 3 : l’accès au droit

 

Chapitre 2 : la protection du droit des usagers par le contrat

 

Sous-chapitre 1er : les règles générales du contrat de séjour

Section 1ère : le contrat de séjour en droit privé

Sous-section 1ère : définition et nature du contrat

Sous-section 2 : formation et preuve du contrat

Sous-section 3 : les effets du contrat

Sous-section 4 : la fin du contrat

Section 2 : le contrat de séjour en droit public

 

Sous-chapitre 2 : les règles propres à certaines catégories d’intervention

Section 1ère : le recours à des dispositions spéciales

Section 2 : le recours à un modèle règlmentaire de contrat pour certaines catégories d'interventions

 

Conclusion : du droit des usagers au droit au parcours ?

Section 1ère : les éléments juridiques propices au déroulement du parcours

Section 2 : les éléments systémiques défavorables au droit au parcours

Par olivier.poinsot le 15/01/16

La loi n° 2015-1402 du 5 novembre 2015 tendant à clarifier la procédure de signalement de situations de maltraitance par les professionnels de santé (JO n° 258 du 6 novembre 2015, p. 20706) institue des modifications du Code pénal en matière de signalement des faits de maltraitance.

 

 

Cette loi complète les dispositions de l'article 226-14 du Code pénal relatif au secret professionnel :

- elle étend le regime du signalement avec accord du patient victime, jusqu'à présent réservé aux seuls médecins, à l'ensemble des professionnels de santé ;

- elle étend également ce régime aux signalements adressés, dans le domaine de la protection de l'enfance, à la cellule de recueil, de traitement et d'évaluation des informations préoccupantes relatives aux mineurs en danger ;

- elle proclame que l'auteur du signalement n'expose pas, sauf en cas de mauvaise foi, sa responsabilité civile, pénale ou disciplinaire du seul fait dudit signalement.

Par olivier.poinsot le 15/01/16

La loi n° 2015-1402 du 5 novembre 2015 tendant à clarifier la procédure de signalement de situations de maltraitance par les professionnels de santé (JO n° 258 du 6 novembre 2015, p. 20706) institue des modifications du Code pénal en matière de signalement des faits de maltraitance.

 

 

Cette loi complète les dispositions de l'article 226-14 du Code pénal relatif au secret professionnel :

- elle étend le regime du signalement avec accord du patient victime, jusqu'à présent réservé aux seuls médecins, à l'ensemble des professionnels de santé ;

- elle étend également ce régime aux signalements adressés, dans le domaine de la protection de l'enfance, à la cellule de recueil, de traitement et d'évaluation des informations préoccupantes relatives aux mineurs en danger ;

- elle proclame que l'auteur du signalement n'expose pas, sauf en cas de mauvaise foi, sa responsabilité civile, pénale ou disciplinaire du seul fait dudit signalement.

Par olivier.poinsot le 30/07/15

Par un arrêt du 19 mai 2015, la Chambre criminelle de la Cour de cassation a confirmé la condamnation pénale d'une aide médico-psychologique (AMP) pour violences aggravées sur des personnes vulnérables, suite au signalement opéré par le directeur général de l'Association gestionnaire, car l'intéressée se livrait habituellement à des actes de brimade, des gestes violents et des humiliations sur des enfants affectés de handicaps mentaux lourds. De surcroît, elle n'avait pas tenu compte des exhortations préalables de la direction à changer de comportement. A la clé, six mois d'emprisonnement avec sursis et une interdiction d'exercice professionnel de cinq ans, sans compter l'indemnisation du préjudice subi par les victimes.

 

Les faits, la procédure et la solution

De 2008 à 2011, une aide médico-psychologique employée dans un institut médico-éducatif (IME) se livre habituellement à des actes de brimade, des gestes violents et des humiliations sur des enfants affectés de handicaps mentaux lourds. Au cours de la première année, la direction de l'IME est intervenue auprès de la salariée pour lui faire observer qu'elle s'adresse mal aux enfants pour lui demander de modifier son comportement. En janvier 2012, le directeur général de l'Association gestionnaire adresse un signalement au Parquet ; il documente cette démarche par le témoignage écrit de deux monitrices-éducatrices en conflit avec l'intéressé s'agissant de ses pratiques, d'une éducatrice technique, d'une psychomotricienne et de trois élèves travailleurs sociaux en stage. Une enquête préliminaire est diligentée qui établit la matérialité des faits.

Le Tribunal correctionnel juge et condamne leur auteure qui interjette appel.

Devant la Cour, l'AMP mise en cause produit huit attestations de collègues et anciens stagiaires témoignant de ce qu'ils n'ont jamais constaté la moindre brimade ni le moindre geste de violence. Pour autant, au vu du dossier de l'enquête, le juge d'apel considère que les faits de violences sur personnes vulnérables sans incapacité sont établis ; il condamne leur auteure à six mios d'emprisonnement avec sursis assortis d'une interdiction professionnelle de cinq ans.

L'intéressée se pourvoit en critiquant l'arrêt d'appel sur deux points. D'une part, elle soutient que l'exercice par une personne chargée de l'encadrement d'enfants handicapés de son pouvoir disciplinaire dans un but éducatif peut justifier des actes de violences légères n'ayant entrainé aucune incapacité de travail. De ce point de vue, le juge d'appel aurait commis une erreur en déclarant la prévenue coupable sans avoir vérifié que, compte tenu de ses fonctions d'encadrement, ces faits avaient dépassé les limites acceptables d'une mesure éducative. D'autre part, elle reproche à la Cour d'appel de n'avoir pas cité les témoignages qu'elles a produits devant elle, ce qui s'assimile à un défaut de prise en compte de ses moyens à décharge et, donc, à une violation des droits de la défense.

La Chambre criminelle de la Cour de cassation considère d'abord que le premier argument, relatif à l'exercice d'une violence légitime à des fins éducatives, est irrecevable parce qu'il est présenté pour la première fois devant elle. Elle estime ensuite, plus largement, que le pourvoi de l'intéressée revient à contester l'appréciation souveraine des faits par les juges du fond. En effet, les témoignages à charge conconrdent et trois d'entre eux émanent de stagiaires qui n'avaient aucun intérêt à travestir la vérité. c'est pourquoi elle rejette purement et simplement le pourvoi, non sans avoir réévalué les dommages-intérêts de certaines parties civiles.

L'intérêt de l'arrêt

Cet arrêt souligne d'abord l'importance d'une documentation précise des signalements par les professionnels qui en sont les auteurs : il doit s'agir d'écrits datés et signés, qui se bornent à la relation la plus objective et la plus précise des circonstances de fait.

Il procure ensuite une petite part d'insatisfaction, en ce sens qu'il aurait été utile que la Haute juridiction statue sur l'argument tiré de l'exercice légitime de violences légères au nom d'une démarche éducative professionnelle. Pour autant, il est permis de penser qu'un tel argumet n'aurait pas été reçu, d'abord parce qu'il est communémet admis que l'exercice de la violence n'a pas de vertu éducative, d'autre part parce que les professionnels du secteur social  et médico-social tiennent de l'article L. 311-3 du Code de l'action sociale et des familles (CASF) et de la Charte des droits et libertés de la personne accueillie l'impérieuse obligation de préserver l'intégrité et la sécurité des usagers.

Par ailleurs, à aucun moment ni la Cour d'appel ni la Cour de cassation n'ont exprimé d'appréciation sur le caractèe éventuellement tardif du signalement opéré par le directeur général de l'Association gestionnaire, près de quatre ans après la première intervention de la direction de l'établissement, en application de l'article 434-3 du Code pénal. Pour autant, dans une telle situation, il ne faut que militer pour la réparation du retard pris, par une communication la plus immédiate possible, à l'autorité judiciaire, des faits qui n'avaient pas été préalablement portés à sa connaissance.

Enfin, cet arrêt illustre l'importance que l'enquête puisse établir la neutralité des témoins par rapport à la personne du salarié mis en cause, et il faut ici remarquer le statut particulier reconnu par les juges aux stagiaires, alors même qu'en pratique ces derniers sont parfois confrontés à un problème de conscience : doivent-ils signaler les faits de maltraitance qu'ils ont constatés sur leur terrain de stage ? La réponse est à l'évidence positive et la présence régulière de stagiaires dans les établissements et services pourrait même être organisée pour constituer, en tant que telle, une mesure de prévention de la maltraitance.

Cass., Crim., 19 mai 2015, n° 14-81625

Par olivier.poinsot le 30/07/15

Par un arrêt du 1er juillet 2015, la Chambre sociale de la Cour de cassation a dit pour droit que le contrôle de la réalité des faits de maltraitance, de leur qualification fautive et des circonstances de la procédure de licenciement pour faute grave de leur auteur relève de l'appréciation souveraine des juges du fond.

 

Les faits, la procédure et la solution

La directrice des établissements et services sociaux et médico-sociaux gérés par une Association départementale, en congé maladie depuis plusieurs mois, fait l'objet d'un licenciement pour faute grave. Il lui est ainsi reproché d'avoir gravement mis en danger la santé et la sécurité des personnes accueillies dans un foyer :

- en ayant laissé une partie des locaux dudit foyer dans un état d'insalubrité très avancé, occasionnant des risques sanitaires et médicaux pour les résidents et ayant occasionné des chutes de résidents à mobilité réduite ;

- en n'ayant pas pris les ordres nécessaires pour qu'une personne victime d'un accident soit soignée dans un délai raisonnable ;

- en ayant laissé perpétrer sans réagir des agressions physiques violentes au sein du foyer (strangulation, coups et blessures) sans avoir pris de mesures propres à empêcher ces violences ni avoir especté la procédure interne de signalement interne ;

- en ayant laissé perpétrer plusieurs agressions sexuelles au sein du foyer, sans avoir pris la moindre mesure préventive et notamment sans mesures protectrices des victimes ;

- en ayant forcé contre son gré une résidente en état de vulnérabilité à pratiquer une interruption volontaire de grossesse non souhaitée ;

- en ayant abusé de son autorité pour infliger aux résidents handicapés des sanctions collectives d'une sévérité anormale contraire aux règles d'éthique ;

- en s'étant ingérée de manière anormale dans la curatelle et la vie quotidienne d'une personne hébergée.

La salariée conteste son licenciement. L'arrêt de cassation ne prmet pas de connaître la tenur du débat ni le jugemet entrepris par le Conseil des prud'hommes.

La Cour d'appel, après avoir examiné les faits reprochés à l'intéressés et leur preuve par l'employeur, écarte la faute grave. Elle considère en effet certains d'entre eux étaient connus de l'employeur ; que ce dernier avait d'ailleurs connaissance depuis de longs mois de certains dysfonctionnements graves ; qu'en faisant traîner les choses et les procédures il a, de ce fait, considéré qu'il n'y avait pas urgence, d'autant que le licenciement a été prononcé cinq mois après l'absence de la salariée pour maladie. Enfin, le juge d'appel reproche à l'employeur de n'avoir pas procédé à un audit pour faire le point sur toutes les missions de la directrice. Il juge par conséquent, non seulement qu'il n'y a pas eu faute grave mais que le licenciement était même dépourvu de motif réel et sérieux.

L'employeur se pourvoit en cassation, soulevant quelques huit moyens qu'il consacre à souligner le caractère grave des fautes reprochées, à justifier le temps pris à engager la procédure disciplinaire par les circonstances de la prise de connaissance des faits au sens de l'article L. 1332-4 du Code du travail et, enfin, à contester l'absence de réalisation d'un audit faute de fondement juridique imposant une telle démarche comme formalité substantelle de la régularité du licenciement.

La Chambre sociale de la Cour de cassation considère que la Cour d'appel n'a pas dénaturé les faits dont elle a été saisi. Elle relève ensuite que la contestation de l'employeur ne tend qu'à remettre en cause l'appréciation souveraine du juge du fond s'agissant du délai restreint relatif à l'imputation d'une faute grave. Juge du droit et non du fait, elle rejette donc le pourvoi.

L'intérêt de la décision

Cet arrêt rappelle le principe classique en vertu duquel l'appréciation souveraine des faits relève des juges du fond.

Il souligne également l'importance que revêtent, dans cette appréciation judiciaire, la célérité de l'employeur à sanctionner des faits considérés comme constitutifs d'une faute grave ainsi que de la tolérance dont il a pu faire preuve dans le passé à l'égard de faits fautifs dont il avait connaissance.

Cass., Soc., 1er juillet 2015, n° 13-25976

Par olivier.poinsot le 13/03/15

Par un arrêt du 4 décembre 2014, la Cour administrative d'appel de Nancy a dit pour droit que le fait, pour un agent de service contractuel employé dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) public, de photographier des résidents constitue une atteinte sanctionnable à leur dignité.

 

 

Dans l'EHPAD public où elle exerce, un agent hospitalier contractuel photographie des résidents avec son téléphone portable. Ces faits, portés à la connaissance de la directrice, donnent lieu au prononcé d'une exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux mois. L'agent saisit le Tribunal administratif d'un recours pour excès de pouvoir et d'un référé-suspension. Le second est accueilli favorablement ; la directrice procède alors au retrait de sa sanction et édicte un nouvel acte équivalent. Quant au recours en annulation, au-delà des aspects de légalité externe développés préalablement, il conduit sur le fond à la confirmation, par le Tribunal, de la sanction édictée. L'intéressée interjette alors appel.

La Cour administrative d'appel, au vu des pièces du dossier, constate que les faits reprochés à l'agent sont avérés. Elle considère qu'en prenant une photographie, l'agent a porté atteinte à l'intimité de résidents et qu'elle a méconnu les droits à la dignité, à l'intégrité, à la vie privée et à l'intimité garantis aux personnes prises en charge par l'établissement. L'intéressée ayant soutenu qu'elle avait pris ces clichés pour opérer le signalement d'une situation de maltraitance, le juge du second degré examine cet aspect des faits pour relever qu'en l'espèce, tel n'était pas le cas. Enfin, s'agissant de la proportionnalité de la sanction à la gravité de la faute, il estime que deux mois d'exclusion temporaire de fonctions constituent une peine adéquate.

CAA Nancy, 4 décembre 2014, Maison de retraite Saint-Martin de Charmes, n° 13NC02261

 

Par olivier.poinsot le 12/03/15

Par un arrêt du 19 décembre 2014, la Cour administrative d'appel de Marseille a donné des indications précises sur l'objet du contrôle de proportionnalité, par le juge, de la sanction disciplinaire infligée par le directeur d'un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) public à un agent convaincu de faits de maltraitance.

 

Une aide soignante d'un EHPAD public est convaincue de faits de maltraitance ; la directrice de l'établissement prononce à son encontre une sanction d'exclusion temporaire de deux ans dont dix huit mois avec sursis. L'agent saisit le Tribunal administratif d'un recours pour excès de pouvoir afin de faire annuler cette sanction. Le Tribunal, au vu des faits et pièces de la procédure discimplinaire, confirme la décision attaquée. L'interessée interjette alors appel.

Sur le caractère avéré des faits, la Cour administrative d'appel, après avoir pris connaissance des éléments pris en compte par le juge du premier degré, se les approprie purement et simplement et confirme ainsi l'analyse des évènements. Puis elle procède au contrôle de la proportionnalité de la sanction à la gravité de la faute. Elle retient alors deux critères pour aboutir à la confirmation de l'appréciation de la directrice : il s'agit d'une part de la gravité des faits de maltraitance avérés mais aussi et d'autre part de celle des manquements aux obligations professionnelles qui étaient imputables à l'intéressée.

CAA de Marseille, 19 décembre 2014, EHPAD "Jeanne de Baroncelli", n° 13MA04688

 

 

Par olivier.poinsot le 11/03/15

Dans un arrêt inédit du 22 janvier 2014, la Cour de cassation a dit pour droit que le classement sans suite d'une enquête préliminaire n'interdit pas à l'employeur de licencier un salarié maltraitant pour faute grave.

 

 

Une auxiliaire de vie est licenciée pour faute grave, sur la foi de plusieurs témoignages indirects, au motif de la commission d'actes de maltraitance consistant dans le refus d'emmener une personne âgée aux toilettes. A la suite du signalement opéré sans doute, une enquête préliminaire est diligentée par le Parquet, qui aboutit à un classement sans suite. La salariée conteste son licenciement.

La Cour d'appel, au vu des éléments de preuve versés aux débats, reconnaît le bienfondé du licenciement pour faute grave.

En cassation, la salariée soutient que le juge d'appel ne pouvait admettre des témoignages qui n'étaient qu'indirects pour établir la véracité des faits fautifs reprochés. Par ailleurs, elle fait valoir que le classement sans suite, compte tenu de la sévérité habituelle des Parquets en matière de maltraitance, suffit à établir l'absence de faute.

La Haute juridiction n'accueille pas ces arguments et maintient que le licenciement pour faute grave est bien justifié, la Cour d'appel ayant souverainement retenu qu'il résultait des pièces du dossier que les mauvais traitements étaient avérés.

Cass., Soc., 22 janvier 2014, n° 13-10658

 

 

Par olivier.poinsot le 16/10/14

L'adoption d'un comportement brutal par une aide-soignante d'EHPAD est de nature à justifier sa condamnation pénale pour violences sur personne vulnérable.

 

La presse quotidienne régionale (PQR) relate la condamnation d'une aide-soignante d'EHPAD par un Tribunal correctionnel, le 15 octobre 2014, pour des faits de maltraitance. Pendant les toilettes, la professionnelle retournait « violemment » les résidants « dans leur lit », secouait « le fauteuil pour (les) réveiller », refusait de s'occuper de certains d'entre eux « pour ne pas les réveiller et qu'ils se taisent », leur criait dessus ou leur « tapait sur la main ». La juridiction répressive est entrée en voie de condamnation, suivant les réquisitions du Parquet, et a infligé à l'intéressée une peine d'emprisonnement avec sursis de six mois assortie d'une interdiction professionnelle de cinq années.