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« Les droits de l'homme, ça reste un combat »

PROPOS RECUEILLIS PAR DIDIER SPECQ, article paru le 13 décembre 2008 dans Nord Eclair

Me Sanjay Navy, demain à partir de 15 h, participe, sur le Parvis des Droits de l'Homme place de la République à Lille, à la cérémonie officielle des soixante ans de la déclaration des Droits de l'Homme. Le jeune avocat estime que c'est une lutte toujours actuelle.

"Comment va se dérouler cette cérémonie ?

>> C'est une série d'interventions à laquelle participe une trentaine d'avocats. Fatima En-Nih, Anne Manessier, etc. C'est une sorte de relais. Il y aura des textes officiels mais aussi des chansons, des extraits de discours célèbres, des récits, des répliques de pièces de théâtre. L'important c'est de replacer cette déclaration des Droits de l'Homme dans son contexte, dans son évolution, dans les luttes... Évidemment, la déclaration des Droits de l'Homme, en 1789, n'est pas perçue de la même façon quand il apparaît évident que la citoyenneté ne concerne que les hommes et, aujourd'hui, où les luttes féminines ont pris toute leur ampleur. Même chose, évidemment, quand on parle des colonies. On ne perçoit pas du tout les choses de la même façon en 1789 et aujourd'hui.

Les avocats ont-ils toujours un rôle essentiel dans la défense des libertés ?

>> L'avocat défend une cause, l'individu, une victime, un coupable sur lequel la société s'acharne, un innocent, peu importe... Pour nous, la défense de la personne est toujours centrale, au centre de notre vocation. Notre point de vue n'est pas le seul. Mais nous nous situons en dehors de tous les groupes et de toutes les nécessités. L'important pour nous, c'est la défense de la personne même au milieu des pires difficultés. Le pire des criminels, il y aura toujours un avocat qui dira quelque chose de bien sûr lui, il y aura toujours un défenseur qui tentera de mettre en valeur la parcelle d'humanité qui reste en lui.

Les Droits de l'Homme, c'est toujours une revendication en France ?

>> Bien sûr! Certes, ça ne se pose pas de la même façon qu'au Quatar, qu'en Chine ou au Congo. Mais, on le voit bien par exemple dans la question des gardes à vue. Il reste encore beaucoup à faire pour que certaines pratiques vexatoires disparaissent. Même en admettant qu'en France la légalité est respectée scrupuleusement, on voit bien que mettre à nu plusieurs fois un suspect au cours d'une garde à vue pour une peccadille est attentatoire à sa dignité. Ne parlons pas de la surpopulation carcérale. De nouveaux problèmes peuvent se poser également avec les fichiers de plus en plus pointus, les renseignements sur la santé, les informations détenues par des banques de données à titre public ou privé. Les droits de l'être humain, ça reste un combat. La société risquera toujours, pour des raisons plus ou moins bonnes, d'étouffer la personne.

Le pire des criminels, il y aura toujours un avocat qui dira quelque chose de bien sûr lui, qui tentera de mettre en valeur la parcelle d'humanité qui reste en lui".

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