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Médecin malgré lui d'un braqueur?

Articles publiés entre le 18 juin et le 1er juillet 2008 par Didier Specq et parus dans Nord Eclair

"18 juin 2008

Une jeune fille un peu fragile qui rend des services facilement. Un médecin qui soigne un blessé par balles coupable d'un braquage. Un ami qui se dévoue sans compter. Un étrange trio.

Bien que ce ne soit pas directement le sujet, le président Jacques Huart parle beaucoup du braquage loupé. L'attaque se déroule le jeudi 15 septembre 2005, vers 7 h, boulevard de l'Ouest à Villeneuve d'Ascq. Un fourgon de la société Sécuritas, parti distribuer de l'argent dans les billetteries, est bloqué à l'avant et percuté. Aussitôt, des braqueurs masqués surgissent et arrosent avec des rafales de Kalachnikov la tirelire à roulettes. Mais les convoyeurs, par les meurtrières, ripostent. Deux braqueurs sont atteints par balles. Des automobilistes échappent miraculeusement aux tirs croisés. Le fourgon blindé réussit à se dégager. Les braqueurs, avant de se replier, enflamment les voitures qui les ont amenées sur place. Évidemment, la sauvagerie de cette attaque explique les poursuites contre les trois prévenus.

«Si le fourgon était resté bloqué, ça se traduisait par la mort d'un ou des convoyeurs» estime le procureur Jean-Philippe Navarre. Les présumés braqueurs ont été arrêtés plus tard. Avec, selon l'accusation, de solides éléments matériels contre eux, ils vont passer prochainement aux assises. L'un, Mohamed Hafifi, 30 ans, avait été recueilli et soigné en Belgique. L'autre, Amaury Oueslati, 36ans, a été aidé par les trois prévenus de ce mardi.

Le médecin se sentait redevable

Une belle histoire d'amitié ? Pas du tout car, soustraire un criminel aux recherches, c'est strictement interdit. D'abord, une jeune femme, Emilie D., 26 ans, copine d'Ismaïl S., un Roubaisien âgé de 28 ans. La jeune femme, quand son ami l'appelle pour héberger un blessé, répond tout de suite «oui». Le procureur Navarre : «Elle le recueille, elle le veille après l'opération artisanale ! Et, ensuite, elle fuit les problèmes dans l'alcool et une sortie en discothèque». Bref, le procureur réclame 6 mois de sursis contre «cette jeune fille blonde et fragile» défendue par Me Sanjay Navy.

Les débats sont plus complexes autour du cas posé par un médecin roubaisien, le docteur Saddek F., 37 ans. Le médecin se sentait redevable, il l'admet, envers Ismaïl S., 28 ans, qui lui demande de soigner Oueslati qui, dit-il, «ne veut pas aller à l'hôpital car il a reçu une balle après une dispute entre deux familles». Or, le médecin, en difficultés financières après des investissements immobiliers calamiteux, avait été aidé par Ismaïl S., proche, par ailleurs d'un ami de Oueslati.

Un rendez-vous, le 15 dans la soirée, sur le parking d'une station-services du boulevard des Nations-Unies à Roubaix, une balle extraite de façon très artisanale dans la chambre de la jeune femme blonde, les premiers soins : tout ça, l'accusation l'admet en vertu du secret médical. En revanche, le médecin a pratiqué une entaille au scalpel sur l'épaule d'un proche du braqueur blessé afin de justifier une fausse ordonnance :«Ces manouvres de dissimulation n'entrent pas dans le domaine des soins normaux» assure le procureur Navarre qui réclame six mois de sursis.

Contre Ismaïl S. défendu par Me Caroline Lenain, le procureur sort l'artillerie lourde : 3ans de prison sont réclamés contre le prévenu qui a ensuite convoyé le braqueur blessé vers Gênes en Italie.

19 juin 2008

Dernier jour du procès, hier, des trois personnes qui, le 15 septembre 2005, avait recueilli et soigné un braqueur roubaisien. Au centre des débats, le cas du médecin roubaisien. Jugement le 30 juin.

On saiT qu'Amaury Oueslati, un Roubaisien âgé de 36 ans, sera bientôt jugé aux assises de Douai avec, dans le box, son copain Mohamed Hafidi, 30 ans, arrêté en Belgique. Les deux sont accusés (ils nient) d'avoir tenté de braquer, à Villeneuve d'Ascq, un fourgon blindé en l'arrosant de rafales de Kalachnikov. Raté! Mais les deux ont été blessés par balle. Oueslati avait donc été recueilli par une jeune fille (qui connaissait un ami d'un ami du blessé). Hier, elle était défendue par Me Sanjay Navy qui demande la relaxe. Saddek F., le médecin roubaisien, a extrait de façon artisanale la balle. C'est le secret médical. Mais, après l'opération, le médecin a fait une fausse blessure et des fausses ordonnances pour obtenir de puissants antiseptiques. «Des manouvres qui méritent six mois de sursis» selon le procureur. Me Blandine Lejeune proteste et demande la relaxe:: «Même en admettant que mon client sache tout du braquage, ce médecin n'a pas soigné ou protégé l'auteur d'un crime, comme dit la loi, puisque Oueslati est toujours présumé innocent, n'a pas été jugé et nie! Par ailleurs, l'accusé est défendu par Me Dupond-Moretti qui obtiendra sans doute l'acquittement». Quant à Me Caroline Lenain, elle demande également la relaxe pour Ismaïl S. qui a convoyé le fuyard vers Gênes.

1er juillet 2008

Il soigne un présumé braqueur : sursis

Un médecin roubaisien qui a soigné sans le dénoncer un homme blessé par balles et soupçonné d'avoir participé à une tentative de braquage en 2005, a été condamné à six mois avec sursis et 5 000 E d'amende hier.

Le 15 septembre 2005, une violente fusillade éclate entre des malfaiteurs et les convoyeurs de fond qu'ils tentent de braquer à Villeneuve d'Ascq. Blessés, les deux malfrats prennent la fuite. L'un d'eux, hébergé par une amie, parvient à contacter un médecin de Roubaix qui le soigne. Problème : il s'agit de recel de malfaiteur. Le docteur, la femme qui a hébergé le fuyard blessé et l'ami qui l'a mis en contact avec le médecin ont été jugés à Lille les 17 et 18 juin derniers. Le jugement est tombé hier : le médecin roubaisien est condamné à six mois de prison avec sursis, la femme qui avait hébergé le fuyard blessé à trois mois de prison avec sursis. L'ami qui avait contacté le médecin puis conduit le braqueur présumé en Italie a pour sa part été condamné à deux ans de prison, dont un avec sursis. Le jugement est « décevant, incompréhensible », a réagi l'avocate du praticien, Me Blandine Lejeune, qui avait demandé la relaxe. « Comment peut-on condamner un médecin qui n'a fait que son devoir ? Il avait l'obligation de soin et de secret médical. Il devait soigner et devait se taire », a-t-elle ajouté, soulignant que son client ferait appel".

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